Luscinia svecica

Famille : Muscicapidae

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Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

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Traduction en français par Catherine Collin

 

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

Mesurant 14 cm pour 20 g à peine, la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica) est un sympathique passeriforme coloré appartenant à la famille Muscicapidae qui regroupe des oiseaux spécialisés dans la capture de petits insectes volants © Gianfranco Colombo

Cela ne se produit que rarement mais il arrive que dans l’aire méditerranéenne on signale avoir vu, dans le jardin devant la maison, un Rougegorge familier (Erithacus rubecula) montrant une gorge bleue plutôt que rougeâtre comme il est habituel chez notre ami.

On parle aussi d’un Rougequeue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus), pour les rectrices rougeâtres typiques de cet oiseau, créant encore plus de confusion entre ces deux espèces pour les profanes en la matière.

Ces non-initiés sont prompts à donner une interprétation à ces faits, invoquant une malformation du plumage de l’individu rencontré ou encore une fantaisiste souillure due aux produits ou aux colorants chimiques dont nous sommes désormais entourés, allant jusqu’à proposer de supposées expertises génétiques tirées de programmes télévisés didactiques parlant d’albinisme, de mélanisme, de leucisme, de flavisme et pourquoi pas non plus d’un hypothétique et macaronique bleuisme!

Il faut dire que la Gorgebleue à miroir, cet oiseau méconnu, se déplace comme un Rougegorge familier ou un Rougequeue à front blanc, montre les même comportements, fait preuve de la même familiarité, parfois éhontée, envers l’être humain mais est également réservée et discrète comme ces deux oiseaux, sauf qu’elle montre sur la poitrine cette étrange bavette d’un beau bleu azur.

Si ce n’était pour ces caractéristiques, elle passerait sûrement inaperçue.

Que dire aussi des confusions qui pourraient exister dans certaines localités asiatiques où cohabitent les quatre espèces montrant une poitrine colorée, ayant la même taille, présentant les mêmes comportements et partageant les mêmes territoires!

Le Rossignol Calliope (Luscinia calliope) à la poitrine cramoisie, le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) avec sa poitrine rouge-orangé, la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica) montrant une poitrine bleue et le Gobemouche nain (Ficedula parva) dont la poitrine est rougeâtre.

Tout cela sans même parler des sous-espèces et de leurs éventuels croisements.

Grande est la difficulté rencontrée par le profane quant à l’identification de cet oiseau alors qu’un bon expert ornithologue le reconnaitra aisément, même s’il n’est pas très commun et assez intrigant, en ce qui concerne la femelle, pour l’évident dimorphisme sexuel: un désir de rencontre tant espéré mais rarement comblé autour du bassin méditerranéen.

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

La principale caractéristique morphologique de cet oiseau est la tache bleue que seul le mâle arbore, bien en évidence, sur la poitrine © Luigi Sebastiani

La Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica Linnaeus, 1758) est un sympathique petit oiseau qui appartient à l’ordre Passeriformes et à la famille Muscicapidae, un groupe d’oiseaux spécialisés dans la capture de petits insectes volants.

Comme nous le verrons plus loin, la Gorgebleue à miroir est une grande migratrice, c’est pourquoi elle n’est que de passage en Italie, ce qui fait que le mâle n’y est  qu’occasionnellement observé dans sa livrée nuptiale, arborant ce bleu brillant sur sa poitrine. Néanmoins, même si le sujet a déjà totalement mué, quelques traces, plus ou moins accentuées, demeurent visibles.

L’étymologie du nom scientifique montre pour le genre,  Luscinia une origine venant du terme latin homonyme  “luscinia” = rossignol alors que le nom d’espèce, svecica = de la Suède, a des racines bien plus vastes et anecdotiques.

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

C’est une espèce que l’on pourrait dire sibérienne, occupant la taïga et des milieux alpins humides et frais dans la partie sud de son aire. Quand elle migre vers l’Afrique on peut aussi la rencontrer dans le milieu méditerranéen © José Campos

Linné, lui-même suédois, fut directement impliqué lors de la classification de ce petit oiseau, peut-être parce que cet oiseau était bien connu et plutôt commun dans son pays, peut-être aussi pour un engagement patriotique qui le poussa à interpréter au mieux certaines indications données par son mentor Olof Rudbeck le Jeune, qui l’avait identifié  scientifiquement le premier une soixantaine d’années plus tôt, durant le règne, absolutiste et discuté, du roi Charles XI.

Rudbeck, lors d’une mission naturaliste en Laponie, commanditée par la maison royale suédoise, parmi diverses découvertes, ramena la Gorgebleue à miroir, oiseau sur la poitrine duquel on pouvait voir, bien évidentes, les couleurs du drapeau suédois de l’époque. Il se sentit naturellement obligé de dédier sa découverte à son Roi, despote sur le trône à ce moment: il le nomma Avis carolina = oiseau de Charles.

Quelques décennies plus tard, Linné, alors qu’il préparait les textes de son Systema Naturae, dans une période désormais plus progressiste où le pouvoir royal était fortement réduit, décida que pour l’officialisation taxonomique de cet oiseau bien connu, le nom scientifique le plus approprié devait faire référence à la nation toute entière et non plus à un roi représentant un pouvoir déchu.

C’est ainsi qu’il choisit le nom svecica non dans le sens de Suède mais pour honorer son drapeau.

Quelques années plus tard, Linné, fort de sa formation en botanique et fidèle élève de Rudbeck, lui dédia un genre de fleur très connue, Rudbeckia, honorant ainsi son  professionnalisme et son savoir scientifique.

Dans les dialectes régionaux européens et en particulier dans l’aire méditerranéenne centrale, il n’existe pas de nom particulier pour cette espèce, ce qui montre qu’il y est peu connu, difficilement reconnaissable et rarement observé en ces lieux.

Certains dialectes méditerranéens l’indiquent comme Roscignêu, Rossignol, Ruiseñor, Rozinjol ikhal, Rossinyol, Ruscignolu, Resegnuolo, le confondant clairement, dans l’incapacité de le reconnaître, avec le commun Rossignol philomèle.

Ses noms communs internationaux sont: en anglais Bluethroat, en allemand Blaukehlchen, en espagnol Ruiseñor Pechiazul, en italien Pettazzuro et en portugais Pisco de peito azul.

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

La voici, de passage. Les vives couleurs de la livrée nuptiale disparaissent avec la mue mais un peu de bleu reste toujours visible sur la poitrine © José Campos

Zoogéographie

Que ce soit dû à l’argument galvaudé du réchauffement climatique ou bien plus simplement à une surveillance plus régulière et assidue d’aires montagneuses potentiellement appropriées et délaissées jusqu’alors ou encore à la réserve et à la discrétion typiques de cet oiseau, le fait est que de plus en plus souvent on assiste à la découverte de nouveaux sites de nidification de la Gorgebleue à miroir dans les Alpes italiennes.

Des quelques cas relevés dans les années 80 et considérés comme accidentels, on est passé à un nombre constant qui confirme la volonté de réappropriation d’une aire qui peut-être durant les millénaires précédents faisait partie des territoires habituellement occupés.

Cet oiseau n’est toujours pas commun en ces lieux mais les données récentes confirment une expansion plus large que ce que l’on pouvait imaginer il y a encore quelques années.

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

Il existe un important dimorphisme sexuel. Les femelles, tout comme les juvéniles, ne montrent pas de bleu sur la gorge, sauf occasionnellement et à peine marqué mais en aucun cas de façon ostentatoire comme il est habituel chez les mâles. Lors des dernières années on a noté quelques cas de nidification dans les Alpes © Luigi Sebastiani

On pourrait définir la Gorgebleue à miroir comme un oiseau typiquement sibérien, habitant des zones froides de la taïga et des milieux alpins humides et frais dans la partie méridionale de son aire de répartition, où l’altitude reproduit les conditions atmosphériques des plaines situées plus au Nord.

Les Alpes et les chaînes montagneuses européennes recréent en partie les conditions que cet oiseau trouve dans les forêts de plaines des aires continentales, aussi bien asiatiques qu’européennes et, montant graduellement en altitude, ce qu’ils perdent en latitude est récupéré avec l’augmentation de la hauteur. Un équilibre précaire et indéterminé que les animaux réussissent aisément à percevoir.

A l’inverse, certaines niches de plaine du nord de l’Europe, par exemple aux Pays-Bas et en Pologne ont connu une baisse peut-être plus due à l’intervention humaine qu’à celle de la nature.

La Gorgebleue à miroir occupe une vaste aire qui partant de la Scandinavie va jusqu’aux confins extrême-orientaux de la Sibérie et plus loin encore, traversant le détroit de Béring et établissant des populations au nord-ouest de l’Alaska.

L’Europe n’est pas son continent de prédilection, mais des populations isolées s’y maintiennent, fluctuant en temps et en nombre, en certains endroits particuliers tels les Pays-Bas, certains corridors de la péninsule ibérique, dans les Alpes, le long du Danube, en Pologne et dans les pays Baltes ainsi qu’en Russie cisouralique.

Elle est assez répandue dans la péninsule scandinave, presque exclusivement dans les Alpes scandinaves et le long des collines de la péninsule mais beaucoup plus rare dans les plaines environnantes.

Elle est présente dans toute l’Asie centrale, où elle trouve les conditions environnementales adaptées à ses besoins.

La Gorgebleue à miroir est une espèce migratrice à longue distance et les populations hivernent soit en Afrique subsaharienne, soit en Asie tropicale. Occasionnellement, elle peut hiverner dans l’aire méditerranéenne, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

Elle bâtit très souvent son nid au sol, appuyé à un arbuste ou à une solide tige herbacée. Ce nid est bâti par la femelle avec des herbes et des feuilles. Elle pond de 4 à 6 œufs © Museo Civico di Lentate sul Seveso

Ecologie et Habitat

Les milieux choisis par la Gorgebleue à miroir pour la nidification se composent de maquis de bas arbustes, bordés de roseaux, de bords de roselières, de lisières de bosquets en milieux humides, souvent marécageux, en général dépourvus de haute végétation. Ces milieux peuvent aussi être des bordures de terrains tourbeux parcourus de ruisseaux et parsemés d’étangs entourés de saules et d’aulnes, recouverts de hautes herbes et entrecoupés de larges espaces découverts et clairs ou des toundras alpines avec présence de rochers affleurant entourés d’orties et de bas rhododendrons.

Dans les quartiers d’hiver et dans les territoires où elle transite durant la migration, on peut la rencontrer dans des milieux non conformes à ses habitudes, tels que des jardins et des roselières, des petits boqueteaux ripicoles, des aires cultivées abandonnées et assez souvent, en particulier au Moyen-Orient, dans des zones arides comme des oueds asséchés, dans le Néguev israélien et sur les côtes.

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

Les petits sont nourris par les deux parents pendant 2 semaines. Ici un individu de ssp. svecica, avec le dessous de la gorge noisette © Museo Civico di Lentate sul Seveso

Morpho-physiologie

La caractéristique morphologique de cet oiseau est sans aucun doute la bavette bleue que le mâle arbore, bien en évidence, sur la poitrine.

Ce motif particulier peut présenter diverses tonalités et différentes combinaisons de couleurs, selon la sous-espèce et la livrée saisonnière.

Le bleu couvre entièrement la gorge et la partie avant du cou, formant une bavette au centre de laquelle on distingue une petite demi-lune qui peut être blanche, noisette ou parfois bleue. Sous cette bavette court une bande noire en croissant elle aussi, et juste en dessous on voit une dernière bande, plus large et allongée, couleur noisette descendant jusqu’à toucher les flancs.

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

Oisillon s’aventurant courageusement, mais avec une bonne dose d’imprudence, hors de la maison © Museo Civico di Lentate sul Seveso

Comme l’avait effectivement remarqué Linné, la Gorgebleue à miroir est drapée dans une bannière multicolore.

Le reste du plumage est celui d’un muscicapidé type, montrant une livrée relativement quelconque sur le dos, apparaissant comme totalement brunâtre et présentant un ventre blanchâtre. En revanche, la queue est bicolore avec des rectrices également partagées entre noirâtre et noisette, cette dernière couleur étant à la base.

En ce qui concerne cet oiseau, de nombreuses sous-espèces ont été classifiées. Les plus importantes et les plus caractéristiques sont Luscinia svecica svecica, typique des populations septentrionales du paléarctique et qui présente le croissant couleur noisette-rougeâtre à la base de la gorge et Luscinia svecica cyanecula de l’aire méridionale et centrale de l’Europe qui montre un croissant blanc plutôt que noisette.

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

Oiseau réservé et discret, il montre parfois une familiarité éhontée envers l’homme, s’approchant avec curiosité © Luigi Sebastiani

Les femelles et les juvéniles ne montrent pas de bleu sur la gorge sauf occasionnellement et à peine marqué, mais en aucun cas de façon ostentatoire comme chez le mâle.

La Gorgebleue à miroir présente habituellement sur le cou un croissant blanchâtre et des rayures plus ou moins étendues, ainsi que des nuances noisette à peine marquées. Chez les deux sexes les pattes et le bec sont noirâtres à tous les âges.

C’est un oiseau assez petit: 14 cm de long pour un poids de 20 g et une envergure d’environ 23 cm.

Si l’on exclut Luscinia svecica namnetum propre à l’ouest de la France, les autres sous-espèces sont uniquement asiatiques. Elles indiquent des espèces montrant dans le plumage des nuances plus ou moins différentes et accentuées par rapport à l’holotype qui sont reléguées dans des chaînes montagneuses ou des aires bien délimitées.

Luscinia svecica volgae

Luscinia svecica pallidogularis

Luscinia svecica abbotti

Luscinia svecica przewalskji

Luscinia svecica kobdensis

Luscinia svecica luristanica

Il n’est pas facile de les différencier car là où les aires se superposent on rencontre aussi des croisements.

Éthologie-Biologie reproductive  

Le nid est habituellement installé au sol, bien caché dans un creux du terrain, appuyé à un arbuste ou à une robuste tige herbacée. Il est construit par la femelle avec des herbes et des feuilles sèches, en forme de coupe bien marquée et garnit à l’intérieur de petites racines moelleuses, de fibres végétales et de poils d’animaux.

La femelle y pond de 4 à 6 œufs de couleur crème-bleuté finement tachetés de rougeâtre qu’elle couve pendant deux semaines environ. Les deux parents prennent soin des oisillons jusqu’à l’envol et l’indépendance quasi immédiate qui s’ensuit. Deux couvées ont habituellement lieu à chaque saison de reproduction et les couples sont monogames pour une seule saison.

La Gorgebleue à miroir est un oiseau insectivore. Elle capture habituellement ses proies en vol en s’élançant du haut d’une petite élévation du terrain ou de la cime d’un arbuste duquel elle contrôle et gouverne toute la zone environnante.

Naturellement, elle mange aussi les larves de ces insectes ainsi que des araignées, des vers et de petits escargots.

Luscinia svecica, Muscicapidae, Pettazzurro

Il fut aisé pour le naturaliste suédois Linné, d’identifier dans les couleurs présentes sur la poitrine d’un oiseau commun dans ce pays, celles du drapeau suédois de l’époque © José Campos

Pendant la période pré-migratoire mais parfois aussi durant le reste de l’année, elle ne dédaigne pas manger des baies et des fruits riches en sucre qui lui permettent d’accumuler la graisse nécessaire pour entreprendre la longue migration à venir.

Synonymes

Motacilla svecica Linneo, 1758; Cyanecula svecica Brehm 1828.

La Gorgebleue à miroir est aussi connue comme Cyanecula suecica, Luscinia svecicus, Erithacus svecius, Erithacus svecicus, Cyanosylvia suecica.

 

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