Amaryllidaceae : des plantes à bulbes insolites

Pour la plupart d’origine sud-africaine, faciles à cultiver sous les climats méditerranéens
 

jpg_amarilli1.jpg

jpg_amarilli2.jpg

jpg_amarilli3.jpg

jpg_amarilli4.jpg

PEPPINO.gif
Texte © Giuseppe Mazza

 

michel.gif
Traduction en français par Michel Olivié

 

Classer les plantes veut dire finalement en retracer l’histoire et raconter l’aventure de leur évolution.

Étant donné que les fleurs, les organes sexuels du monde végétal, évoluent plus lentement que les tiges, les feuilles ou les racines, les botanistes, pour les regrouper, se basent surtout sur leur structure.

C’est ainsi que naissent les concepts de genre, d’espèce et de famille, ces noms latins souvent difficiles à ingurgiter, qui servent aux savants et aux amateurs du monde entier à se comprendre et aux systématiciens à mettre de l’ordre.

Le grand Linné avait eu à ce propos le premier l’intuition de dénombrer les étamines et de regrouper les plantes en fonction de leur disposition et de leur nombre mais c’était seulement une approche imprécise, un peu comme de prétendre classer les gens d’après la forme et la longueur de leur nez.

Aujourd’hui, tout en s’en tenant fermement à cette méthode, on prend également en compte d’autres éléments comme l’architecture des corolles, leur position dans les inflorescences, les chromosomes et le « design » des pollens propres à chaque espèce.

Il peut par conséquent arriver, au grand désespoir des pépiniéristes en général très conservateurs, que les noms latins changent et qu’une plante ou un groupe de plantes passe, suivant les avis, d’une famille à une autre.

C’est le cas des Amaryllidaceae, un groupe très controversé de centaines d’espèces qui est plus ou moins vaste suivant que l’on s’en tient strictement à la définition de « lys à l’ovaire infère » ou que   l’on admette des exceptions à ce critère en prenant en compte d’autres éléments comme la structure en ombelle des inflorescences.

Ainsi, pour certains, les Allium et les Agapanthus n’auraient désormais plus leur place dans les Liliaceae et les agaves, autrefois d’incontestables Amaryllidaceae, auraient maintenant une famille qui leur serait entièrement dédiée, les Agavaceae.

Après avoir à ce stade constaté que sur le plan phylogénique les Amaryllidaceae dérivent des Liliaceae avec certains caractères des Iridaceae,  plutôt que de faire le point  nous nous bornerons, en écartant les plantes bien connues comme les narcisses, les perce-neige et les amaryllis, à parler des espèces insolites, principalement sud-africaines, qui sont affichées dans l’univers horticole sous l’étiquette de « plantes alternatives » ou « pour amateurs ».

Il s’agit toujours de plantes à bulbes ou apparentées : des plantes de « milieux difficiles » qui surmontent les longues périodes de sécheresse au moyen de structures souterraines conçues pour emmagasiner de l’eau et des nutriments grâce à des « performances » végétatives brèves mais intenses. Des plantes qui souvent disparaissent pendant des mois en perdant leurs feuilles  mais qui se contentent d’une poignée de sable dans un pot  et se dédommagent de leur attente patiente par des fleurs flamboyantes.

Suivant la saison des pluies dans leur contrée d’origine on peut les diviser en trois groupes : des espèces à croissance hivernale qui se réveillent chez nous en octobre-novembre, des espèces à croissance estivale qui démarrent en mars-avril et des espèces sempervirentes, comme les Clivia,  aux feuilles robustes et charnues qui durent longtemps.

Il est difficile, en culture, de savoir à quelle catégorie elles appartiennent mais en l’absence d’informations spécifiques sur la période à laquelle on doit les arroser la règle qui prévaut consiste à « laisser le choix aux plantes ».

Si, bien qu’ayant été  arrosées, les feuilles flétrissent cela veut dire que le moment est venu de réduire puis de cesser les arrosages. Si elles n’ont pas été arrosées et qu’elles n’ont pas un aspect satisfaisant cela veut dire qu’elles ont à nouveau besoin d’eau.

Voyons plus précisément les différentes espèces.

Un premier groupe, tout-à-fait surprenant, est celui des Haemanthus : 21 endémiques sud-africaines qui ont une zone de répartition très vaste qui va de la Namibie au Transvaal et à la région du Cap.

Elles ont d’épaisses inflorescences en ombelle constituées de petites fleurs étoilées aux longues étamines, souvent cachées par des bractées éclatantes, et en général seulement deux feuilles basilaires qui flétrissent chaque année et qui repartent, neuves, du bulbe après la période de repos.

Certaines plantes sempervirentes comme l’Haemanthus albiflos conservent cependant leurs anciennes feuilles et s’offrent le luxe d’en compter 4 ou 6.

Les inflorescences de cette espèce dont les bractées blanches contrastent avec le jaune des étamines ressemblent à des pinceaux à peine teintés d’ un vernis doré et se détachent comme des joyaux au milieu des ombres du sous-bois.

Les Haemanthus toutefois sont essentiellement des plantes de plein soleil conçues pour se chauffer tout l’été sans eau ni feuilles sur des terrasses et des balcons.

Le coccineus que l’on trouve souvent chez les pépiniéristes européens pousse l’hiver puis perd ses feuilles et ressort de terre en septembre-octobre avec des bractées éclatantes orange-vermillon et des inflorescences longues jusqu’à 8 cm.

L’idéal pour les chauds jardins méditerranéens aux longs étés secs où il peut se reposer tranquillement au sec dans l’attente des pluies automnales.

Des exigences analogues se retrouvent chez l’Haemanthus crispus, une espèce aux curieuses bractées flamboyantes qui enveloppent presque entièrement ses petites fleurs à la façon des emballages de bouquets des fleuristes.

Les Scadoxus, qui sont très proches des Haemanthus, comptent 9 espèces rhizomateuses.

La plus connue, à croissance estivale, est le puniceus mais la plus belle, qui doit être placée totalement à l’ombre, est sans aucun doute le Scadoxus multiflorus katharinae aux feuilles sempervirentes et aux inflorescences rouges larges de presque 20 cm.

Sont également spectaculaires en raison de leur grand diamètre les ombelles des Brunsvigia (environ 20 espèces) qui dépassent 40 cm chez les josephinae et rappellent, chez les espèces plus petites,  les Nerine.

Ces dernières comptent  de nombreux cultivars et environ 30 espèces endémiques sud-africaines.

Elles aiment le soleil,  peuvent être sempervirentes ou caduques et sont principalement à croissance estivale.

Pendant la période végétative elles nécessitent des arrosages fréquents et des engrais mais ensuite elles ont besoin d’une longue période de repos sans une goutte d’eau.

Les espèces les plus rustiques sont la bowdenii, qui est habituée aux gelées, et l’angustifolia qui  supportent seulement celles qui ont une courte durée.

Un autre groupe de petites merveilles sud-africaines peu connues en Europe est constitué par les Cyrthantus : 51 espèces qui, à part des exceptions comme le sanguineus, ont des fleurs tubulaires regroupées en ombelles pendantes et très décoratives.

Elles aiment la mi-ombre et les sempervirentes comme le brachyscyphus et le herrei sont en général très faciles à cultiver.

Le breviflorus aux lumineuses fleurs jaunes et le lys de feu (Cyrthantus falcatus) à croissance estivale peuvent également être conseillés mais il ne manque pas de « plantes difficiles » comme la spiralis qui ont besoin de sols particuliers ou même d’un incendie pour fleurir.

Le genre Clivia ne compte que 4 espèces rhizomateuses et sempervirentes.

Outre la variété jaune de la miniata, encore inconnue en Europe, la nobilis aux gracieuses clochettes rouge-orange et  à l’apex  vert qui ressortent souvent en automne après l’abondante floraison de mai mériterait une plus grande diffusion horticole.

Les Crinum aux grandes corolles blanches, roses, pourpres ou variant avec le temps comptent environ 130 espèces, pour la plupart africaines mais répandues aussi en Asie et en Amérique.

Elles ont en général besoin d’une exposition en plein soleil, d’arrosages abondants et d’apports d’engrais adaptés à leur taille pendant la période végétative.

Les espèces qui poussent pendant des mois dans des terrains inondés supportent sans problème l’eau  stagnante.

Ce phénomène, qui contraste totalement avec le concept même de plante à bulbe, s’expliquerait par un brusque changement climatique des milieux arides où elles vivent et qui n’aurait pas encore été suivi en raison des temps beaucoup plus longs de l’évolution biologique par une décroissance du bulbe.

Cela confirmerait ce que les pépiniéristes constatent sans cesse en culture : l’extrême « élasticité » des plantes à bulbes qui sont capables de supporter beaucoup plus que d’autres plantes des conditions souvent très différentes de celles de leur milieu d’origine.

Du Mexique provient, pour la plus grande joie des collectionneurs, une autre espèce étrange, le lys de St-Jacques (Sprekelia formosissima) qui a des fleurs rouges caractéristiques en forme « d’oiseaux » de 10 cm de diamètre qui éclosent en avril-mai avant les feuilles.

Dans l’aire méditerranéenne où les températures ne descendent jamais longtemps au-dessous de 7 à 10 °C elle peut hiverner tranquillement à l’extérieur.

Le genre Alstroemeria, bien connu des amateurs de bouquets,  compte une cinquantaine d’espèces sud-américaines qui proviennent principalement du Chili et sont à l’origine de nombreux hybrides horticoles.

Ils poussent bien en pleine terre dans des endroits abrités et ombragés mais craignent souvent le gel.

Leur floraison printanière et estivale est très abondante. Les fleurs tombent en automne au moment où la plante trouve refuge dans une sorte de tubercule.

On peut dire de même de la Bomarea multiflora, une Amaryllidaceae grimpante de grande taille qui repart de zéro chaque année et atteint 2 à 3 m de haut.

Sud-américaine et apparentée au genre Alstroemeria elle a besoin de fortes doses d’engrais pendant son intense période végétative.

Les Zephyranthes qui ressemblent à de gros Crocus constituent un groupe de plus de 65 espèces américaines répandues du Texas à l’Argentine et assez fréquentes chez les pépiniéristes.

Elles poussent comme des champignons et se prêtent bien à une utilisation sous forme de taches de couleur sur les tapis de gazon.

Toutes ces Amaryllidaceae vivent bien dans des pots.

Un mode de culture qui , en plus de limiter les risques d’infection, permet de les mettre à l’abri, en fonction des climats, de la pluie ou du froid.

Les espèces à croissance hivernale exigent un drainage parfait qui s’obtient au moyen de morceaux de tessons disposés sur le fond, puis d’une poignée de gravier, d’un composé léger et d’une couche de sable quartzeux aux grains d’environ 0,5 mm qui diffusent la lumière du soleil et augmentent en même temps l’évaporation.

Les bulbes doivent être enterrés dans cette dernière zone, généralement plus sèche, qui est aussitôt traversée par les racines à la recherche de nutriments.

La plupart des Amaryllidaceae sont d’une frugalité légendaire mais, naturellement, les espèces à croissance rapide et de grande taille présentent un certain « appétit ».

Il faut être prudent avec l’azote. Généralement il suffit de quelques doses de poudre d’os ou de sang séché.

Il est en général difficile de dire à quelle profondeur on doit enterrer les bulbes.

Chaque espèce a ses exigences mais la plupart aiment rester près de la surface, souvent à fleur de terre.

Si l’on dispose de plantes-mères la reproduction des Amaryllidaceae est très simple : il suffit pendant la période de repos végétatif de détacher les nouveaux bulbes qui poussent près des anciens.

À défaut et pour mettre sur pied une collection il faut partir des graines provenant d’associations et de jardins botaniques réceptifs aux exigences des amateurs comme le célèbre jardin sud-africain de Kirstenbosch.

Les plantes obtenues par ce procédé sont en général plus robustes et s’adaptent mieux à leur nouveau milieu mais les graines de nombreuses espèces, quand elles ne germent pas déjà sur l’inflorescence, ont souvent une vie très courte, de 3 à 4 semaines seulement.

Elles doivent, dès leur réception, être éparpillées sur du sable et mouillées par des pulvérisations ou par capillarité.

Ensuite, quand les feuilles des plants flétrissent, on arrête les arrosages jusqu’au moment où les petits bulbes repartent d’eux-mêmes pendant la saison végétative.

Les premières fleurs, suivant les espèces, éclosent au bout de 3 à 8 ans.

Celui qui a la chance de récolter des bulbes dans l’hémisphère Sud  a le choix entre deux solutions : abréger leur sommeil ou le prolonger jusqu’à la saison suivante.

La première est préférable parce qu’au delà d’un certain temps de repos on risque de les perdre et ils peuvent toujours se réveiller hors saison suivant leur « horloge interne », ce qui aurait des résultats catastrophiques.

L’idéal est de les prélever dans l’hémisphère Sud quand ils dorment depuis 2 à 3 mois et de les contraindre aussitôt à germer, même si c’est un peu en retard, en accord avec les nouvelles saisons.

 

GARDENIA  – 1990

 

→ Pour apprécier la biodiversité au sein de la famille des AMARYLLIDACEAE cliquez ici.