Caranx ruber

Famille : Carangidae

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Texte © Giuseppe Mazza

 

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Traduction en français par Michel Olivié

 

Long en général de 40 cm Caranx ruber est présent dans les eaux tropicales et subtropicales de l'Ouest de l'Atlantique.

Long en général de 40 cm Caranx ruber est présent dans les eaux tropicales et subtropicales de l’Ouest de l’Atlantique © François Libert

Caranx ruber (Bloch, 1793), appelé Carangue bleue ou Carangue franche, appartient à la classe des Actinopterygii, les poissons aux nageoires rayonnées, à l’ordre des Perciformes et à la famille des Carangidae qui compte environ 30 genres et 150 espèces. Ce sont des poissons de mer dont le corps est en général comprimé sur les côtés. Ces prédateurs à la nage rapide sont fréquents dans les eaux tropicales et également présents en Méditerranée.

Le nom du genre Caranx vient de “carangue” qui est le nom que les Français des Antilles ont donné à ces poissons alors que le nom de l’espèce ruber, rouge, n’ a pas de rapport avec la véritable couleur de ce poisson mais provient probablement de celle de l’exemplaire naturalisé que l’auteur a utilisé pour décrire cette espèce.

Caranx ruber est une espèce bentho-pélagique qui se déplace surtout dans des bancs morcelés en petits groupes entre deux eaux ou sur les fonds.

C’est une espèce bentho-pélagique qui se déplace surtout dans des bancs morcelés en petits groupes entre deux eaux ou sur les fonds © Kevin Bryant

Zoogéographie

Caranx ruber est présent dans les eaux tropicales et subtropicales de l’Ouest de l’Atlantique, des Bermudes et du New Jersey au golfe du Mexique, au Venezuela et au Nord du Brésil. Très commun dans les Caraïbes et aux Antilles il semblerait qu’il ait été aperçu au large de l’île de Sainte-Hélène et le long des rivages de Rio de Janeiro qui marqueraient la limite Sud de cette espèce.

On dit aussi qu’on l’aurait observé aux Açores. Les juvéniles, qui sont pélagiques, grandissent en fait sous les touffes de sargasses à la dérive ce qui pourrait expliquer la présence de cette espèce dans des régions lointaines.

On note ici toutes les caractéristiques de Caranx ruber : la longue barre dorsale noire qui traverse le pédoncule et le lobe inférieur de la nageoire caudale flanquée d'une barre bleu électrique, la caudale et les pectorales fourchues pour des évolutions rapides, la bouche protractile, les 2 minuscules épines ventrales et la première nageoire dorsale.

On note ici toutes les caractéristiques de l’espèce : la longue barre dorsale noire qui traverse le pédoncule et le lobe inférieur de la nageoire caudale flanquée d’une barre bleu électrique, la caudale et les pectorales fourchues pour des évolutions rapides, la bouche protractile, les 2 minuscules épines ventrales et la première nageoire dorsale © Kevin Bryant

Écologie-Habitat

C’est un poisson qui vit essentiellement au sein de bancs souvent morcelés en petits groupes dans les eaux limpides des îles ou des barrières coralliennes peu profondes au large des côtes continentales. Il ne descend pas en général au-delà de 22 de profondeur.

Il nage surtout sur les fonds ou entre deux eaux où se trouvent ses proies, dans les zones sableuses, les formations madréporiques et les prairies sous-marines de phanérogames.

Caranx ruber est un poisson rusé qui suit divers virtuoses de la chasse à qui, comme à ce Calamus penna, il vole ce qu'ils ont découvert sur les fonds.

Caranx ruber est un poisson rusé qui suit divers virtuoses de la chasse à qui, comme à ce Calamus penna, il vole ce qu’ils ont découvert sur les fonds © Kevin Bryant

Morphophysiologie

Caranx ruber peut atteindre 73 cm et un poids de 8,2 kg mais dépasse rarement 50 cm. Son corps, moyennement comprimé, présente un profil allongé parfaitement symétrique, en amande, et se termine par un fin pédoncule caudal qui possède des nageoires falciformes, tout comme les nageoires pectorales, ce qui permet une nage rapide.

La bouche, protractile, est armée d’étroites rangées de dents villiformes auxquelles s’ajoutent en parie haute des canines recourbées et espacées qui servent à retenir les proies. La ligne latérale qui a la forme courbe caractéristique des Carangidés comporte dans sa partie rectiligne finale 23 à 29 écussons osseux et épineux situés sur le pédoncule.

Ici il suit à son avantage un rouget des Caraïbes, Pseudupeneus maculatus, qui chasse de petits crustacés, des mollusques et de petits vers.

Ici il suit à son avantage un rouget des Caraïbes, Pseudupeneus maculatus, qui chasse de petits crustacés, des mollusques et de petits vers © Allison & Carlos Estape

Il existe deux nageoires dorsales : la première, qui est repliée pendant la nage, comporte 8 rayons épineux alors que la seconde a une épine suivie de 26 à 30 rayons mous. La nageoire anale a 2 épines et après une petite interruption on trouve un rayon épineux suivi de 23 à 26 rayons mous. Après les nageoires pelviennes, avant l’anus, on observe deux petites épines tournées vers la queue. À la différence de Caranx hippos la poitrine est entièrement recouverte d’écailles.

La livrée, argentée et gris bleuâtre sur le dos, tend à devenir blanche au niveau du ventre. Un élément caractéristique est constitué par la barre dorsale noire qui, en se poursuivant sur le pédoncule, traverse le lobe inférieur de la nageoire caudale qui est bordée d’une barre voyante de couleur bleu électrique. Entre les deux, sur le dos, on observe également une mince bande jaune.

Un Sparisoma chrysopterum semble lui sourire car il ne mange que des algues et des madrépores mais cette leçon a servi vu qu'à Cuba Caranx ruber se nourrit aussi d'algues.

Un Sparisoma chrysopterum semble lui sourire car il ne mange que des algues et des madrépores mais aussi cette leçon a servi vu qu’à Cuba il se nourrit aussi d’algues © Kevin Bryant

Comme cela arrive souvent dans le monde des poissons la livrée varie aussi suivant l’humeur du poisson et les exigences du mimétisme. C’est ainsi que quand il chasse sur le fond son corps prend une couleur bronze noirâtre alors que les teintes d’un bleu argenté prédominent s’il chasse des poissons pélagiques.

Quand ils ont environ 2 cm les juvéniles présentent 6 bandes verticales mimétiques foncées qui disparaissent dès qu’ils atteignent 6 cm pour réapparaître quand ils ont adultes sous la forme de fines lignes claires plus ou moins continues lorsque le poisson est particulièrement stressé comme quand les adeptes de la pêche sportive le détache de l’hameçon.

Éthologie-Biologie reproductive

Ici il est avec un Bodianus rufus, un Labridé qui se nourrit en dénichant sur les fonds des gastéropodes, des bivalves et des crustacés.

Ici il est avec un Bodianus rufus, un Labridé qui se nourrit en dénichant sur les fonds des gastéropodes, des bivalves et des crustacés © Kevin Bryant

Caranx ruber est un prédateur diurne qui chasse à vue de petits poissons tels que des blennies, des gobies, des poissons-papillons et des Labridés mais aussi des céphalopodes, des crevettes et d’autres espèces benthiques.

Il a aussi le vice de voler comme un pique-assiette et à la vitesse de l’éclair les proies dénichées par d’autres espèces en découvrant en plus leurs techniques de chasse et de nouvelles expériences alimentaires.

Il suit ainsi les poissons-perroquets comme Sparisoma chrysopterum, des Sparidés comme Calamus penna ou des Labridés comme Bodianus rufus qui cherchent des crabes et des petits vers ou le grand Lachnolaimus maximus qui remue le sable des fonds au moyen de puissants jets d’eau qu’il émet par la bouche.

Lachnolaimus maximus qui débusque ses proies avec des jets d'eau sur le sable est un expert. Caranx ruber imite sa couleur pour être bien accepté.

Lachnolaimus maximus qui débusque ses proies avec des jets d’eau sur le sable est un expert. Caranx ruber imite sa couleur pour être bien accepté © Kevin Bryant

Des turbots tels que Bothus lunatus et des rougets comme Pseudupeneus maculatus font aussi partie de ses victimes et souvent à cause de sa voracité il finit par avaler des fragments de madrépores et de coquilles.

Caranx ruber n’hésite même pas à suivre avec prudence le grand Barracuda ( Sphyraena barracuda) pour fondre rapidement sur des petits poissons qui s’échappent terrorisés à la vue de ce pirate.

Parmi ses principaux prédateurs, en revanche, figurent les grands Carangidés, le Coryphène (Coryphaena hippurus), le Marlin bleu (Makaira nigricans), la Sériole couronnée (Seriola dumerili), le Thazard barré (Scomberomorus cavalla), les gros mérous, les dauphins et divers oiseaux de mer.

Le voilà avec Bothus lunatus, un turbot friand de mollusques, crustacés et petits vers. Sur les fonds Caranx ruber revêt souvent une tenue de couleur bronze presque noire.

Le revoilà avec Bothus lunatus, un turbot friand de mollusques, crustacés et petits vers. Sur les fonds Caranx ruber revêt souvent une tenue de couleur bronze presque noire © Allison & Carlos Estape

La reproduction de Caranx ruber peut s’effectuer toute l’année avec des pics en mars-avril et en juin-juillet.

À cette occasion, dans certaines zones, on observe de grands rassemblements de centaines d’individus mais le frai ne s’effectue pas en masse : il se forme des couples qui se séparent momentanément des bancs pour pondre et féconder des milliers d’œufs qui sont confiés aux courants. Les larves qui lors de l’éclosion mesurent 2 mm sont elles aussi pélagiques.

Les juvéniles grandissent en se nourrissant de plancton qu’ils avalent sans arrêt à la surface, toutes les 5 à 7 secondes, tant qu’il fait jour.

Même le grand Barracuda (Sphyraena barracuda) peut être utile car à sa vue les petits poissons fuient terrorisés et Caranx ruber les attrape.

Même le grand Barracuda (Sphyraena barracuda) peut être utile car à sa vue les petits poissons fuient terrorisés et Caranx ruber les attrape © Kevin Bryant

Quand ils atteignent la maturité sexuelle, les mâles à environ 26 cm de long et les femelles à 31 cm, ils changent de régime alimentaire et attrapent de petits poissons et des crustacés alors que les individus âgés se nourrissent presque exclusivement de poissons.

Caranx ruber est très pêché dans les Caraïbes avec des sennes et des chaluts de fond : on cite le chiffre de 15 tonnes par an.

La qualité de sa chair est médiocre. Elle n’est très bonne que pour les adeptes de la pêche sportive qui doivent cependant faire attention, quand ils capturent des individus de grande taille, à un risque possible bien que faible de ciguatera, une grave intoxication alimentaire qui peut survenir quand ces poissons capturent des espèces qui accumulent dans leur régime la toxine produite par le dinoflagellé Gambierdiscus toxicus.

La reproduction de Caranx ruber peut s'effectuer presque toute l'année avec des pics en mars-avril et en juin-juillet. Bien que très pêchée ce n'est pas une espèce menacée.

La reproduction de Caranx ruber peut s’effectuer presque toute l’année avec des pics en mars-avril et en juin-juillet. Bien que très pêchée ce n’est pas une espèce menacée © Kevin Bryant

La résilience de cette espèce est médiocre, le doublement de ses populations n’étant possible qu’au bout de1,4 à 4,4 ans. Sa vulnérabilité à la pêche est élevée et s’établit à 57 sur une échelle de 100.

Caranx ruber figure encore cependant dans la Liste Rouge de l’UICN des espèces menacées en tant que “Least Concern”, c’est-à-dire “Préoccupation mineure”.

Synonymes

Scomber ruber Bloch, 1793; Carangoides ruber (Bloch, 1793).

 

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