Dacelo leachii

Famille : Alcedinidae

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Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

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Traduction en français par Catherine Collin

 

Dacelo leachii, Alcedinidae, Martin-chasseur à ailes bleues, Kookaburra à ailes bleues

Le Martin-chasseur à ailes bleues (Dacelo leachii) compte différentes sous-espèces mais se distingue facilement du Martin-chasseur géant par son iris nacrée © G. Mazza

Le Martin-chasseur à ailes bleues ou Kookaburra à ailes bleues (Dacelo leachii Vigors & Hornsfield, 1827) appartient à l’ordre Coraciiformes et à la famille Alcedinidae, famille dans laquelle ont été classifiées différentes espèces de martins-pêcheurs. Très semblable à son congénère Martin-chasseur géant (Dacelo novaeguineae) avec lequel il partage une bonne partie de son aire de répartition, c’est un des oiseaux les plus connus et aimés d’Australie, son pays d’origine et d’appartenance.

Son nom vulgaire dérive de l’ancienne langue des aborigènes qui l’appelaient guuguubarra dans une imitation de l’onomatopée de son puissant et retentissant cri d’appel, un nom qui a été transformé par les premiers habitants anglais en kookaburra, prononcé cucabarra. Il n’est pas difficile de noter sa présence où que vous vous trouviez. Ce cri tonitruant, encore plus strident chez cette espèce que chez le Martin-chasseur géant, est audible de très loin et lui-même l’entonne à peine approche-t-on de son territoire.

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Il vit dans le Nord de l’Australie et sur les côtes Sud de la Nouvelle-Guinée © Giuseppe Mazza

Ce croassement est émis régulièrement y compris dans la journée, en particulier à l’aube et à la tombée de la nuit, aussi bien par des individus seuls que par des familles entières, provoquant un tapage tel que même l’habitant le plus inattentif ou indifférent ne peut le manquer.

Il est donc devenu très populaire, comme tant de ces animaux étranges qui vivent sur ce continent, et indubitablement reconnu par tous.

De plus, il a développé une grande sociabilité envers l’homme, jusqu’à pouvoir être élevé en captivité mais également accepté en liberté aux alentours de la maison comme s’il s’agissait d’un animal domestique. Il n’hésite pas à s’approcher de l’homme jusqu’à prendre la nourriture qui lui est offerte, assez souvent même directement de la main de l’homme, comme s’il était la volaille de la maison.

Le fait qu’il montre une telle sociabilité envers l’homme ne signifie pas qu’il réserve le même traitement à ses semblables. Il se montre très territorial et ne supporte pas la présence d’intrus de quelque genre ou sorte, que ce soient des kookaburras d’autres familles ou des prédateurs même de grande taille.

L’étymologie du genre Dacelo est assez étrange et démontre encore cette fantaisie taxonomique, ou mieux encore cet arrivisme scientifique, qui a porté certains savants des siècles passés, à inventer de toutes pièces une nomenclature qui rappellerait leurs noms aux générations futures.

Il n’y a pas d’autre formulation possible pour cette analyse, en tenant compte du fait que de telles déformations linguistiques étaient une façon puérile, déjà en vogue au début du Moyen-Age, de fabriquer des néologismes. En conséquence, le terme « Dacelo », sans aucune signification compréhensible, n’est autre que l’anagramme du nom latin Alcedo = Martin-pêcheur, comme le sont encore Lacedo et Cedola eux aussi noms de genres d’alcédinidés, tous issus de ce canular linguistique.

Le nom de genre leachii honore la mémoire de W.E. Leach, zoologiste anglais de la fin du XVIIIème siècle auquel les deux auteurs Vigors et Hornsfield en 1827, ont dédié cet oiseau.

Les divers noms qui lui sont donnés en Europe sont : en anglais Blue-winged Kookaburra, en allemand Haubenliest, en espagnol Cucaburra Aliazul, en italien Kookaburra ali azzure et en japonais un sympathique et pour nous imprononçable Aobanewaraikawasemi. Ce kookaburra est aussi connu sous divers noms vernaculaires tels que « barking jackass » = âne qui aboie, « howling jackass » = âne hululant ou simplement kookaburra de Leach.

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Une femelle montrant la caractéristique queue rougeâtre à bandes bleues, alors que chez le mâle adulte elle est d’une splendide couleur bleu brillant avec une élégante bordure blanche en bas © Giuseppe Mazza

Zoogéographie

Le Kookaburra à ailes bleues vit au Nord de l’Australie et sur les côtes Sud de la Nouvelle-Guinée.

Il occupe une large bande de l’Ouest de l’Australie, du territoire du Nord et du Queensland qui, partant de la côte s’étend vers l’intérieur sur quelques centaines de kilomètres sans jamais toucher la partie désertique au centre du continent.

C’est une espèce sédentaire qui habite son territoire sans jamais l’abandonner même pendant la période de nidification.

De brefs déplacements se produisent parfois, toujours à l’intérieur de son territoire, si la disponibilité en nourriture augmente dans d’autres endroits.

Ces oiseaux sont tellement liés à leur territoire que les juvéniles demeurent sur leur lieu de naissance jusqu’à leur maturité, le partageant avec leurs parents et les aidant souvent à prendre soin des générations suivantes.

Quelques sous-espèces ont été identifiées parmi lesquelles quatre sont officiellement reconnues. Elles se différencient sensiblement par des couleurs plus accentuées ou par les aires qu’elles occupent.

Il semble que les individus qui vivent dans des zones côtières plus humides aient des couleurs plus vives.

Dacelo leachii leachii, Dacelo leachii cervina, Dacelo leachii cliftoni, toutes trois espèces continentales et Dacelo leachii intermedia, propre à la Nouvelle-Guinée.

Ecologie-Habitat

Nous pensons d’habitude que les Martin-pêcheurs sont des oiseaux liés à l’eau de laquelle ils tirent leur subsistance alors que la réalité montre que différentes espèces d’oiseaux appartenant à ce groupe, ont des comportements et des habitats très divers. Les Martin-chasseurs en général sont de ceux-là. Ils occupent indifféremment des lieux secs ou humides, les forêts primaires et côtières, les fourrés denses ou les bois d’eucalyptus, les aires cultivées ou les savanes inhabitées, les parcs publics et même les lieux habités. Peu leur importe, l’essentiel étant que sur leur territoire il y ait suffisamment de nourriture ainsi que des gros arbres avec des cavités adaptées à la nidification.

Etant une espèce résidente il accepte, et s’y adapte facilement, les variations saisonnières de son habitat, lequel peut devenir extrêmement aride lors de la saison sèche tropicale ou inondé durant les mois de la mousson.

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Il se nourrit en général de sauterelles, de petits serpents, d’amphibiens, de rongeurs et de gros insectes, mais aussi d’oisillons. Il les avale habituellement entiers mais si besoin est, il n’hésite pas à d’abord les découper en petits morceaux avec son puissant bec © Giuseppe Mazza

Morpho-physiologie

La caractéristique première qui frappe en l’observant c’est la taille démesurée de son bec. Un engin puissant, robuste et hors de proportions par sa taille mais en même temps sympathique pour la forme maniérée donnée par la pointe légèrement recourbée vers le haut, une particularité très appréciée du genre humain qui identifie ce signe comme étant un indice de sympathie et de cordialité.

La livrée de cet oiseau se caractérise par le bleu ciel des couvertures alaires et des plumes du dos, toutefois visible à distance rapprochée et quand le soleil se reflète dessus ou bien quand il vole.

Ailes déployées il montre une grande tache alaire blanche qui contraste notablement avec le brun noirâtre des épaules et des rémiges. La queue est d’une belle couleur noisette intense qui rehausse encore une livrée qui lorsqu’il est perché peut sembler insignifiante.

Le corps et la tête sont entièrement blancs ou légèrement saupoudrés de gris-marron. Chez certaines sous-espèces la queue est elle aussi bleu ciel comme le dos, donnant l’impression d’un oiseau presque totalement bleu ciel avec la tête délicatement parcourue de petites raies grisâtres.

Les pattes sont très courtes, insignifiantes et de couleur blanc jaunâtre.

La femelle est plus grande que le mâle, mesure environ 40 cm de long et pèse 350 g pour une envergure de plus de 55 cm. Les juvéniles montrent un coloris plus terne et moins défini, avec la poitrine et la tête tachées de marron de manière diffuse.

Ethologie-Biologie reproductive

Bien qu’étant un martin-pêcheur ou mieux un martin-chasseur, comme on le nomme en français, ce kookaburra ne présente pas les habitudes de nidification typiques de ses congénères.

Bien que doté d’un puissant rostre, il ne creuse pas de galeries ni de tunnels pour installer son nid mais choisit des cavités naturelles dans les arbres où parfois il se limite à élargir la niche existante en creusant dans le bois trempé l’espace nécessaire pour installer son nid. Une grande cavité, large et confortable puisqu’elle devra accueillir pendant plusieurs semaines un grand nombre d’individus. Cette espèce, plus que toute autre de son genre, creuse occasionnellement sa tanière dans des termitières les confondant peut-être avec des arbres faits d’un autre matériau !!

La femelle y pond en moyenne deux ou trois œufs couvés indifféremment par toute une équipe composée du père, de la mère et de « helpers » externes, généralement enfants de précédentes nichées, qui suivront la croissance des jeunes même après l’envol. Une véritable armée utile pour la défense commune du territoire.

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Un sympathique mâle. Le Dacelo leachii a de bons rapports avec l’homme et vit souvent dans les jardins, nourri à la main par les propriétaires comme un animal domestique © Giuseppe Mazza

L’incubation dure environ 25 jours mais les petits restent au nid jusqu’à 7 semaines. Le lieu de nidification est facilement repérable puisque le sol, à la base de l’arbre sur lequel le nid est situé, devient rapidement une véritable latrine d’excréments et de boulettes régurgitées par les petits. La maturité sexuelle et la dispersion territoriale qui s’ensuit se produit vers deux ans pour les femelles et quatre ans pour les mâles et jusqu’à ce moment tous demeurent liés à leur territoire de naissance.

Le Martin-chasseur à ailes bleues mange de grandes quantités de sauterelles ainsi que des amphibiens et des petits serpents, des petits rongeurs, des petits oiseaux et des gros insectes. Il pille souvent les nids d’autres oiseaux, massacrant les oisillons. Il les avale habituellement en entier mais n’hésite pas non plus à les sectionner en petits morceaux avec son bec puissant avant de les ingurgiter. Pour tuer les proies capturées vivantes il les frappe violemment sur le sol, sur des pierres ou sur ses perchoirs habituels. Si l’on considère la grande diffusion et la bonne consistance des populations présentes dans l’aire de répartition, le Martin-chasseur à ailes bleues n’est pas considéré comme espèce à risque.

 

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