Hierophis viridiflavus

FamilleColubridae

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Texte © Dr. Carlo Zucchi

 

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Traduction en français par Michel Olivié

 

Hierophis viridiflavus, Coluber viridiflavus, Colubridae, couleuvre verte et jaune

Présent dans les régions chaudes de l’Europe la Couleuvre verte et jaune présente 2 phénotypes, le carbonarius représenté ici totalement noir sur la partie supérieure du corps et le viridiflavus qui a des motifs plutôt noirs verdâtres sur un fond clair et jaunâtre. Certains auteurs parlent à ce sujet de sous-espèces © Giuseppe Mazza

La couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus Lacépède, 1789) est un des serpents les plus caractéristiques et les plus répandus dans son aire de répartition.

Le nom du genre Hierophis est issu de la combinaison de deux termes grecs « hieros » = sacré » et « ophis » = serpent alors que le nom de l’espèce viridiflavus est la combinaison des adjectifs latins « viridis, e » = vert et « flavus, a, um » =  blond, jaune par référence à la coloration blanc-jaunâtre et noir-verdâtre de son corps.

Zoogéographie

Du point de vue taxonomique Hierophis viridiflavus serait pour certains une espèce monotypique. Pour d’autres il serait au contraire nécessaire de distinguer deux sous-espèces.

En se basant sur la livrée certains parlent en effet de la sous-espèce Hierophis viridiflavus viridiflavus caractérisée par sa coloration jaune et noire et ses tons verdâtres par opposition à la sous-espèce Hierophis viridiflavus carbonarius à laquelle ils assignent les nombreux individus dont le dos est noir.

Des études récentes à ce sujet semblent toutefois pencher en faveur de la thèse monotypique.

À l’exception des zones les plus froides ce reptile est présent dans une grande partie de l’Europe depuis l’extrémité Nord de l’Espagne au centre et au Sud de la France et à la Corse, dans le Sud de la Suisse, dans toute l’Italie y compris la Sicile, la Sardaigne et de petites îles, dans le Sud-Ouest de la Slovénie et en Croatie (la zone côtière et certaines îles).

La population de l’île grecque de Gyaros était autrefois considérée comme appartenant à une espèce endémique (Coluber gyarosensis) mais des analyses plus approfondies ont fait apparaître qu’il s’agit en réalité de l’ Hierophis viridiflavus qui a été introduit à une époque historique.

Écologie-Habitat

Hierophis viridiflavus est un reptile typique des habitats écotonaux, c’est-à-dire des zones de transition entre deux milieux, sa préférence allant aux milieux au climat sec et chaud.

Hierophis viridiflavus, Coluber viridiflavus, Colubridae, couleuvre verte et jaune

Elle lève la tête pour mieux observer le milieu en captant les odeurs avec sa langue © Giuseppe Mazza

On peut le trouver dans presque tous les milieux naturels et semi-naturels comme par exemple les lisières des bois, les clairières, les zones ouvertes y compris celles qui sont cultivées, les lieux où les buissons et les arbustes sont abondants, les friches, les pierrailles, les tas de bois, les murets de pierre sèche et même les zones proches des zones habitées.

C’est un serpent typiquement terricole bien qu’il soit en mesure, si c’est nécessaire, de grimper pour atteindre ses proies et de nager pour échapper à des prédateurs ou à des agressions.

Il peut atteindre parfois jusqu’à 1.500 à 2.000 m d’altitude selon ses caractéristiques locales physiques et biologiques.

Il est parfaitement capable de s’adapter et a des moeurs diurnes. Il se déplace rapidement et avec agilité. Quand il explore son territoire il soulève la partie antérieure de son corps afin d’avoir un champ de vision plus vaste et de mieux capter les odeurs dans l’air grâce à un mouvement continuel de sa langue fourchue qui transporte à l’organe olfactif de Jacobson les particules odorantes qui révèlent la présence de proies éventuelles ou de prédateurs.

On le voit souvent quand il se déplace à la recherche de nourriture ou d’un partenaire ou quand il se réchauffe au soleil dans des endroits qui ne sont pas toujours appropriés comme les routes goudronnées qui ont envahi son univers et où hélas, au lieu de la thermorégulation, il court très souvent le risque de se faire écraser.

S’il est acculé et dans l’incapacité de fuir il révèle son caractère vif et agressif en n’hésitant pas à mordre à plusieurs reprises.

Si l’on fait abstraction de la peur et d’infections éventuelles l’homme ne court aucun risque vu que ce n’est pas un serpent venimeux.

Suivant les habitats la densité de population de la couleuvre verte et jaune peut être élevée et aller jusqu’à 10 à 12 individus par hectare.

Chaque individu, pour utiliser son territoire, part d’une de ses « bases » ou de ses « sites-refuges préférés » et se déplace journellement d’environ 200 à 300 m (voire 3.000 m lors de la phase de reproduction) en explorant les zones environnantes.

Son cycle d’activité va de mars à octobre avec naturellement des variations en fonction des conditions locales.

Morphophysiologie

Hierophis viridiflavus est un serpent long de 100 à 150 cm  et au corps agile et élancé. Sa tête est oblongue et bien distincte du reste du corps. Ses yeux sont grands et ont une pupille ronde. Sa queue est très longue et effilée à son extrémité.

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Détail de la tête. La forme et les dimensions des écailles sont des éléments très importants pour l’identification © Giuseppe Mazza

Le dimorphisme sexuel de cette espèce est relativement faible.

Les mâles sont en général plus grands que les femelles et ont une tête plus volumineuse ce qui leur permet de les saisir fermement pendant l’accouplement.

Leur queue est plus longue mais leur tronc est plus court que celui de leurs compagnes.

Celles-ci, d’autre part, ont une coloration caractéristique qui comporte des tons plus « émoussés » que  ceux des mâles.

Ils ont 1 ou parfois 2 écailles pré-oculaires, 1 sub-oculaire, 2 post-oculaires (rarement 1 ou 3), 8 (une quatrième et une cinquième au contact de l’oeil) labiales supérieures, 10 labiales inférieures, 1 rostrale plus large que haute, une frontale plus longue  que large et plus large que les supra-oculaires, 1 loréale grande, des pariétales plus longues que la frontale, 187 à 227 ventrales, une écaille anale divisée, 95 à 124 sub-caudales et 17 à 19 rangées d’écailles lisses au milieu du corps.

La coloration viridiflavus est très caractéristique : alors que les parties inférieures sont d’un blanc jaunâtre on observe dans les parties supérieures une couleur de fond qui est elle aussi d’un blanc jaunâtre mais qui est recouverte d’une pigmentation verdâtre et noirâtre foncée qui forme des barres ou des entrecroisements de taches.

Vers la partie postérieure du corps les écailles deviennent plus régulières et finissent par former sur la queue des lignes jaunes disposées en pointillé sur un fond foncé.

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Typiquement terricole elle grimpe, si nécessaire, pour capturer ses proies qu’elle tue en les étouffant par constriction. En cas de danger elle peut aussi s’enfuir à la nage © Giuseppe Mazza

Les jeunes et les immatures présentent sur la tête une livrée semblable à celle des adultes alors que leur corps porte une élégante couleur olivâtre accompagnée de taches marron foncé. Le phénotype carbonarius, par contre, est en totalité de couleur noir charbon sur la partie supérieure du corps.

Éthologie-Biologie reproductive

Bien qu’il soit nettement agressif Hierophis viridiflavus est une espèce totalement inoffensive : en effet il n’est pas venimeux et tue ses proies par constriction. Le régime des adultes se compose principalement d’autres reptiles comme des lézards et des serpents, des amphibiens et, dans une moindre mesure, de petits mammifères et des oiseaux, y compris leurs oeufs.

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Acculée elle n’hésite pas à mordre l’intrus à plusieurs reprises, ici la botte d’un pêcheur. Elle n’est pas venimeuse et est totalement inoffensive pour l’homme © G. Mazza

Les jeunes, par contre, se nourrissent surtout, comme c’est le cas pour ceux de la Couleuvre d’Esculape  (Zamenis longissimus), de petits lézards et d’insectes.

Après la longue période d’inactivité hivernale qu’elle passe parfois dans les greniers des habitations rurales ou dans les caves la Couleuvre verte et jaune est de nouveau active en mars et vers avril-mai les parades nuptiales débutent. C’est la période où l’on peut fréquemment observer les combats rituels entre les mâles au cours desquels les deux individus enroulés l’un autour de l’autre cherchent mutuellement à se terrasser.

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Deux mâles du phénotype viridiflavus lors d’un combat rituel. Le plus fort terrasse son rival et conquiert le territoire et les femelles qu’il immobilise comme d’habitude d’une morsure au cou en vue de l’accouplement © Giuseppe Mazza

Lorsqu’il a reconnu la supériorité du vainqueur le perdant s’éloigne, dépité, en abandonnant le terrain et les femelles au champion du tournoi.

Le mâle, une fois qu’il a trouvé une femelle, s’enroule autour d’elle et après l’avoir immobilisée au moyen d’une morsure au cou procède tranquillement à l’accouplement.

La ponte des oeufs s’effectue vers juin-juillet dans des trous dans le sol, sous des tas de pierres ou simplement à l’abri de la végétation et parfois même dans des lieux fréquentés par l’homme comme des poulaillers et des caves.

Il s’agit en général de 10 à 20 oeufs oblongs larges de 2 centimètres et longs de 3.

Suivant les conditions d’incubation ils éclosent après environ un mois et demi à deux mois. Les petits mesurent de 20 à 25 cm.

Pendant cette période ils ressemblent beaucoup à ceux de la Couleuvre à collier (Natrix natrix).

Dans la partie Est de son aire les jeunes peuvent être confondus avec Hierophis gemonensis, une espèce qui partage une partie de son territoire , et dont ils distinguent seulement par les caractères lépidotiques (le nombre et la disposition des écailles) et de légères différences au niveau de la livrée.

Au cours de leurs premières semaines de vie les jeunes sont sujets à une forte mortalité causée par les prédateurs, non seulement des gros oiseaux y compris les volailles mais aussi des souris et même des adultes de la même espèce, ceux-ci étant notoirement cannibales.

Ils atteignent la maturité sexuelle à l’âge de quatre ans.

 

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