Struthio camelus

Famille : Struthionidae

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Texte © Dr. Gianni Olivo

 

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Traduction en français par Catherine Collin

 

Struthio camelus, Autruche d'Afrique

Spectaculaire parade nuptiale de Struthio camelus © Giuseppe Mazza

L’Autruche d’Afrique (Struthio camelus Linnaeus 1758 est l’unique représentant de l’ordre des struthioniformes, c’est aussi le plus grand oiseau existant sur terre à l’heure actuelle.

Bien que dépassée dans le passé, en ce qui concerne la taille, par certains oiseaux ne volant pas tel le Moa, l’Autruche d’Afrique, présente exclusivement sur le continent africain, est sans aucun doute un animal d’une taille et d’un poids remarquables, non seulement pour le monde aviaire mais aussi si on la compare à de nombreux mammifères.

Un grand mâle autruche peut atteindre, avec la tête, 280 cm de haut, même si la moyenne se situe autour de 220 cm, et peut peser jusqu’à 150 kg alors que les femelles mesurent en général de 180 cm à 200 cm pour un poids de 100 ou 110 kg.

Les zoologistes ne sont pas tous d’accord mais certains distinguent trois sous-espèces de Struthio camelus, principalement en référence au fait que la peau nue du très long cou, peut prendre chez les mâles en période de reproduction, une couleur brillante différente selon l’aire géographique.

L’Autruche Massaï ou Autruche d’Afrique de l’Est (Struthio camelus massaicus) tend habituellement à montrer, lors de la parade nuptiale, une coloration rose-orangé brillant de la peau du cou, alors que la sous-espèce Autruche de Somalie (Struthio camelus molybdophanes), présente en Somalie mais aussi au Nord du Kenya, montre généralement une coloration bleutée ou gris-bleu.

Struthio camelus, Autruche d'Afrique

Un mâle, avec sa favorite, à côté du nid © Giuseppe Mazza

Enfin, la sous-espèce méridionale (Struthio camelus australis) courtise la femelle en exhibant une coloration rouge plus ou moins vive. Pour ma part, j’ai déjà vu des individus dont la coloration sort de ces schémas, mais même fort de cette expérience, je ne me sens pas en mesure de mettre en doute quelque classification ou subdivision que ce soit.

Il existe un dimorphisme sexuel aisément remarquable à part la différence de taille : le mâle présente un plumage noir, avec les ailes et la queue blanches alors que la femelle montre une coloration tendant vers le marron ou le gris et le blanc des ailes et de la queue est moins pur… comme sali.

L’Autruche a des plumes très soyeuses et privées de la structure rigide typique des plumes comme chez les autres espèces d’oiseaux. Puisque cet oiseau est incapable de voler cette structure ne lui est pas nécessaire. Les plumes de certaines zones du corps sont d’une telle taille et d’une telle longueur qu’elles sont utilisées dans différents domaines et, surtout dans le passé, elles ont représenté un ornement très recherché dans la mode féminine.

Les membres (inférieurs, bien sûr, mais les ailes peuvent être considérées comme des membres modifiés) sont longs et nus, sans aucune plume, les cuisses sont extrêmement fortes, pourvues de muscles puissants et les pattes sont terminées par un pied à l’aspect unique parmi les oiseaux, doté seulement de deux doigts (le doigt intérieur étant le plus développé) armés de robustes ongles qui facilitent la prise sur les sols poussiéreux et sans consistance, aidant l’animal dans la course et les sprints.

L’inventivité humaine a conduit l’homme à profiter de la force et de la vitesse de l’autruche pour organiser des courses de vitesse, lors desquelles de téméraires jockeys montent des autruches “pur-sang de course” dans des… autruchodromes.

Comme chez d’autres oiseaux qui ne volent pas, la cage thoracique de ces animaux ne montre pas un sternum pourvu de la caractéristique conformation carénée, qui fournit une attache solide aux robustes muscles pectoraux nécessaires pour voler, mais un sternum aplati. Cela ne signifie pas pour autant que ses ailes sont faibles, elles sont mobiles et robustes et l’Autruche d’Afrique les utilisent pour de nombreuses fins, de la parade amoureuse à l’intimidation, pour garder son équilibre et enfin comme “ombrelles”.

Struthio camelus, Autruche d'Afrique

Pour ne pas se faire remarquer des prédateurs la femelle couve aplatie au sol © Giuseppe Mazza

Quand la température ambiante atteint un niveau excessif, l’oiseau ouvre ses ailes et canalise ainsi le moindre souffle de vent le long de ses cuisses dont la peau est nue et le long de la partie inférieure du corps, abaissant ainsi sa température corporelle et favorisant la dispersion de la chaleur en excès.

La tête est nue elle aussi mais montre un ras duvet qui, surtout sur le sommet, peut être plus long et qui, chez certains individus, fait penser à une bizarre coupe de cheveux “à la marine”.

Son œil est très grand, pouvant mesurer jusqu’à 5 cm de diamètre, sûrement le plus grand chez les oiseaux, mais fait aussi concurrence à celui d’animaux de taille bien supérieure, ce qui montre l’excellente vue des autruches : une rétine très large peut capter plus de lumière et un plus grand nombre de particules lumineuses.

La grande taille du globe oculaire, son attitude lorsqu’elle court, son habitat, souvent formé de zones avec des arbres et des buissons épineux, auraient pu mettre son œil en danger mais il n’en est rien car la nature l’a dotée d’une membrane nictitante, une sorte de paupière transparente pour protéger son œil.

L’Autruche d’Afrique, présente sur une bonne partie du continent africain, montre une prédilection pour les zones ouvertes de plaines. Elle est absente des forêts mais ne dédaigne pas les aires subdésertiques et arides, étant bien équipée pour y survivre.

Struthio camelus, Autruche d'Afrique

Le mâle couve la nuit, son plumage noir est mimétique et il affronte mieux les prédateurs© Giuseppe Mazza

Avec le chameau et le dromadaire, l’Autruche est le seul animal à sang chaud qui n’élimine pas d’humidité en respirant, à la différence de tous les autres mammifères et oiseaux, ceci étant une stratégie afin de limiter la perte de liquides. Le très long cou et les narines caverneuses permettent un bon rafraîchissement de l’air expiré des poumons, ce qui réduit l’émission de vapeur d’eau émise lors de la respiration et, en conséquence, la perte de liquide, la protégeant ainsi de la déshydratation, danger toujours présent dans certains habitats caractérisés par de hautes températures et une grande aridité.

Un autre moyen pour lutter contre la chaleur est cette sorte de “palpitation” de la gorge que l’on remarque souvent en observant une autruche. La zone sous le bec présente une peau élastique et richement pourvue en capillaires, que l’oiseau étire comme un goitre, la contractant et décontractant en tenant le bec à demi ouvert: ceci correspond au phénomène du “halètement” que chacun peut observer chez son chien, un système se substituant à la transpiration pour évacuer la chaleur.

Animal montrant une espérance de vie importante, atteignant facilement 40 ans, l’autruche est un oiseau à tendances grégaires et on en observe souvent des “hardes” formées de nombreux individus. Ces groupes peuvent d’ailleurs se transformer en regroupements plus importants, mais rarement stables. Il n’est pas rare d’en voir des groupes associés, au moins temporairement, à des zèbres, des gnous ou à d’autres ongulés, vraisemblablement dans le but d’en tirer un avantage quant à la sécurité, de par la difficulté pour d’éventuels prédateurs, de s’approcher sans se faire remarquer par tous ces yeux et toutes ces oreilles.

Struthio camelus, Autruche d'Afrique

Les poussins doivent briser une coquille de 2 mm qui peut supporter le poids d’un homme © Giuseppe Mazza

Sa principale défense lors de confrontations avec des prédateurs est sûrement sa rapidité à la course : en moyenne 50 km à l’heure, pouvant être tenus pendant au moins une demi-heure, avec des pointes, si nécessaire, à 75 km à l’heure, avec une foulée digne des bottes de sept lieues. Alors que je préparais un livre sur les traces des animaux africains, je mesurai un écart de 350 cm entre deux empreintes laissées par un mâle en pleine course.

La fuite n’est pas la seule arme à sa disposition. Ses longues et puissantes pattes, sa masse et son agilité peuvent faire choisir l’attaque à une autruche acculée. Dans ce cas ses puissants ongles, surtout celui du doigt médian (intérieur), sont des armes terribles et potentiellement létales, même pour des animaux de taille importante, comme en témoigne les cas, pas si rares que cela, d’attaques envers l’homme, avec parfois un résultat funeste.

Cela est plus fréquent dans les fermes d’élevage d’autruches mais aussi dans les parcs et les réserves naturelles où ces oiseaux ne craignent pas l’homme.

Ces attaques se produisent le plus souvent lorsque l’on s’approche, volontairement ou non des œufs, alors que d’habitude dans d’autres zones, la femelle essaye de détourner l’attention de l’intrus en l’attirant plus loin, souvent en laissant trainer une aile pour faire semblant d’être blessée.

Il existe pourtant des cas bien documentés d’attaques sans motif apparent.

Non loin de ma réserve, dans le parc naturel Ben Lavin, un touriste a été attaqué alors qu’il marchait sur un sentier : un gros mâle l’a jeté à terre en sautant puis a commencé à s’acharner sur le corps étendu au sol, le piétinant de toutes ses forces avec ses pattes. L’homme réussit à se sauver en se glissant sous un buisson d’épines, fut sérieusement blessé mais eut néanmoins la vie sauve.

Struthio camelus, Autruche d'Afrique

Les poussins avec leurs plumes pointues semblent sortis de la préhistoire © Giuseppe Mazza

Lorsqu’une autruche attaque elle effectue un saut vers le haut et en direction de l’ennemi, puis tend ses longues pattes et frappe violemment en fauchant vers le bas comme si elle brandissait des pics et de tels coups peuvent facilement éventrer un homme adulte ou lui briser la colonne vertébrale.

En cas d’attaque, s’il n’est pas possible de trouver un abri comme le randonneur ci-dessus, la seule possibilité de défense si l’on n’est pas armé, c’est de s’allonger au sol face contre terre, en se protégeant le cou et la tête avec les mains et prier pour que l’agresseur se lasse ou que quelqu’un lui tire dessus, sinon cela peut très mal se terminer.

Le mâle, très territorial, a souvent un harem qui comprend une… favorite et une ou plusieurs concubines secondaires, et il n’est pas rare que plusieurs femelles pondent leurs œufs dans le même “nid”.

La parade nuptiale est spectaculaire: en plus de montrer de vives couleurs sur le cou et le bec, les mâles sont très occupés à se poursuivre les uns les autres en une frénétique sarabande, puis le plus fort exécute une véritable danse pour attirer l’attention de la femelle, l’approchant d’un pas “exagéré” et sauté, de danseur consommé, étendant et balançant ses ailes, tordant son cou comme un tire bouchon et pour finir, tombant littéralement à genou devant la dame choisie, comme un soupirant énamouré d’il y a 200 ans.

Le système de reproduction aussi est pratiquement unique parmi les oiseaux, c’est pourquoi les autruches sont souvent définies comme “communal breeders”: le mâle est polygame par excellence, comme nous l’avons vu, mais il n’y a qu’une seule favorite dans le harem et c’est celle-ci qui couvera les œufs, dans un creux en forme de bol peu profond sur le sol, de deux mètres de diamètre, en alternance avec le mâle, qui bien qu’étant un polygame invétéré ne peut être accusé d’être un mauvais père.

Aux œufs de la première femelle (en moyenne 5 à 10), les autres femelles ajouteront les leurs, jusqu’à atteindre 30 ou 40 œufs au total. En général ceux de la favorite sont au centre, alors que les autres sont disposés sur les bords, mais dans tous les cas, la Pompadour de service couvera au moins une vingtaine d’œufs. Les œufs en trop peuvent être écartés et roulés hors du “nid” finissant comme repas pour les hyènes ou d’autres animaux opportunistes.

Struthio camelus, Autruche d'Afrique

Mâle Struthio camelus australis avec un petit © Giuseppe Mazza

Assez étrangement, pour des œufs d’animaux nichant au sol, ceux-ci sont blancs (en général les oiseaux nichant au sol pondent des œufs mimétiques afin que les prédateurs les repèrent plus difficilement), d’un autre côté il serait assez difficile de ne pas remarquer des œufs de Pâques d’un kilo et demi, même s’ils étaient d’une couleur cryptique.

Les œufs, qui présentent souvent une coquille de 2 millimètres et qui sont assez robustes pour supporter le poids d’une personne (prouvé et photographié personnellement), pèsent de 750 à 1 600 grammes mais, bien qu’étant les œufs d’oiseaux les plus volumineux, ne représentent que 1 à 2 % du poids de la femelle les ayant pondus et sont donc, en rapport à la masse, assez petits (par exemple, à l’opposé le kiwi pond des œufs représentant un quart du poids de l’oiseau).

La formation d’un tel œuf dans le corps de la femelle, demande environ deux jours, surtout pour l’épaisseur de la coquille alors que pour la plupart des oiseaux la formation ne requiert qu’un jour ou même moins.

Dans la nature des faits paraissant fortuits ou uniquement attribuables au dimorphisme sexuel à but rituel ou pour courtiser la femelle, sans parler de certaines croyances ont finalement une explication simple et rationnelle, et nous pouvons citer l’autruche en exemple si l’on parle de la durée d’incubation.

La femelle, de couleur marron ou grise, panachée, couve durant la journée, s’aplatissant en “peau de lion” sur le trou qui lui sert de nid, cette position servant à couver les œufs mais aussi à les camoufler : aplatie à terre, au milieu des herbes, son long cou tendu parallèle au sol afin qu’il ne ressorte pas comme un drapeau hissé, la mère peut ainsi être confondue avec une grosse touffe d’herbe ou un rocher (mimétisme diurne).

Struthio camelus, Autruche d'Afrique

Même une autruche domestiquée n’est pas facile à capturer © Giuseppe Mazza

Le cou qui disparaît dans l’herbe pourrait être à l’origine de la légende selon laquelle l’autruche cache sa tête sous terre. La nuit, le mâle remplace la femelle sur le nid et sa couleur noire le camoufle parfaitement dans l’obscurité.

L’incubation n’a pas seulement pour but de transmettre de la chaleur aux œufs mais aussi, lors des heures caniculaires, de les protéger de la chaleur excessive, tout aussi dangereuse. Il y a de toute façon des moments ou les deux parents quittent le nid et alors la couleur blanche de l’œuf reflète la chaleur et annihile ainsi le risque de réchauffement excessif sous les rayons du soleil. L’éclosion est un processus long et la sortie de l’œuf est la première tâche, laborieuse et fatigante, qui attend les poussins, une véritable lutte qui pourtant a un but précis.

Lors de cet effort, le poussin “aspire” littéralement dans son corps, le sac vitellin (jaune d’œuf) qui constituera pour ses premières 24 heures de vie, son unique source d’alimentation et d’énergie.

J’assistai une fois à l’éclosion d’œufs d’autruche, non dans une ferme d’autruche, mais en pleine savane, et je m’arrêtai pour l’observer et photographier. La mère chercha à m’attirer ainsi que mon pisteur loin de la couvée (quelques poussins étaient déjà sortis de la coquille), feignant d’être blessée et laissant pendre une aile. Je dû arrêter mon pisteur qui s’apprêtait à aider un poussin qui semblait avoir des difficultés à briser sa coquille. Toucher l’œuf aurait condamné le poussin à une mort certaine.

Struthio camelus, Autruche d'Afrique

Course d’autruche, avec jockeys en Afrique du Sud © Giuseppe Mazza

Autant les œufs sont blancs et bien visibles, autant les poussins sont cryptiques : leur livrée marron ou ocre tachée de noir sur le dos et sur le cou, qui n’est pas encore nu comme celui des adultes, les camoufle dans les hautes herbes où ils sont extrêmement exposés aux prédateurs, surtout les caracals, les servals, les serpents, les varans, les chacals et les hyènes.

Un autre danger important vient des rapaces, surtout l’Aigle martial.

Les deux parents interviennent souvent agressivement lors d’attaques perpétrées par des prédateurs de petite taille, mais la mortalité infantile est assez élevée.

Lorsqu’ils commencent à s’alimenter les poussins sont pratiquement omnivores et leur régime comprend des végétaux, des invertébrés, des petits reptiles et des cailloux (gastrolithes), nécessaires à la digestion puisqu’ils servent de broyeurs et comme appareil masticateur interne. Cette habitude alimentaire est aussi montrée par les adultes et est à l’origine de l’expression “estomac d’autruche”.

 

Pour des informations générales sur les STRUTHIONIFORMES voir ici.

→ Reportages sur les AUTRUCHES

 

  

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