Haliaeetus albicilla

Famille : Accipitridae

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Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

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Traduction en français par Catherine Collin

 

Avec sa pupille très noire et son iris jaune ou nacré, Haliaeetus albicilla montre un regard terrifiant. Il n'a aucun ennemi et son bec énorme peut déchiqueter n'importe quelle proie.

Avec sa pupille noire avec iris jaune ou nacré, Haliaeetus albicilla montre un regard terrifiant. Il n’a aucun ennemi et son bec énorme peut déchiqueter n’importe quelle proie © Wolfgang Bettighofer

Parmi les nombreux noms communs donnés à cet aigle immense et puissant, il en est un à la fois fascinant et romantique: Roi des brumes.

En effet, voir ce grand aigle surgir soudainement de la brume, avec son vol spectaculaire, lourd et vigoureux, et son bec disproportionné, habituellement grand ouvert comme s’il était prêt à attaquer quiconque se trouve sur son passage, est une image qui a peut-être inspiré ceux qui lui ont donné ce surnom.

Cependant, l’origine de ce surnom n’a rien de poétique ni d’étrange; il est simplement dû au milieu fréquenté par cet oiseau, un environnement continental froid et humide, avec des cours d’eau pérennes et de vastes lacs où le brouillard et la brume sont omniprésents.

Le Pygargue à queue blanche, également appelé Grand aigle de mer, Aigle barbu, Orfraie ou encore Haliète albicille (Haliaeetus albicilla Linnaeus, 1758), appartient à l’ordre Accipitriformes et à la famille Accipitridae. Il est considéré comme le plus grand aigle d’Europe.

Légèrement plus grand que l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), plus élégant et plus connu, il est dépassé dans la région paléarctique par le Pygargue de Steller (Haliaeetus pelagicus) et égalé dans la région néarctique par le Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus), les plus lourds membres de cette famille.

Pour vivre, Haliaeetus albicilla a besoin d'au moins 500 grammes de viande par jour et, là où la nourriture est abondante, il peut atteindre un poids de 7 kg et une envergure de 240 cm.

Pour vivre, il a besoin d’au moins 500 grammes de viande par jour et, là où la nourriture est abondante, il peut atteindre un poids de 7 kg et une envergure de 240 cm © Mikhail Ezdakov

Au cours des siècles passés, on l’appelait généralement Pygargue, du latin «pygargus» dérivé du grec «pugargos», combinaison des mots «puge», signifiant fesse, et «argos», blanc, brillant », un nom qui a subsisté dans certains noms communs européens.

L’étymologie du binôme scientifique lui-même vient de termes grecs et latins.

Le genre Haliaeetus vient du grec «hali», mer, et «aetos», aigle, tandis que le nom d’espèce albicilla vient du latin «albi», blanc, et «cilla», queue.

Comme le savent bien les ornithologues les plus érudits, il est souvent difficile de se souvenir rapidement des noms scientifiques des espèces présentes dans notre monde, surtout face à une multitude de variétés que l’on n’a pas l’opportunité de rencontrer souvent. Dans la nomenclature ornithologique, l’ordre Accipitriformes ne représente pas un ordre très vaste, mais ses trois familles regroupent 72 genres et 250 espèces d’oiseaux.

Parmi ceux-ci figurent les aigles traditionnels (Aquila spp.) et de nombreux autres genres pour la taxonomie desquels a été adopté le terme grec «aetos-aetus», signifiant aigle, même s’ils incluent des espèces qui ne sont pas strictement considérées comme des aigles.

Une curiosité taxonomique qui aide généralement les ornithologues à classer rapidement et avec assurance un aigle dans le bon genre consiste à baser leur classification sur les habitudes ou la morphologie de l’espèce analysée.

Haliaeetus albicilla se nourrit d'oiseaux, de mammifères, de reptiles, de charognes, mais surtout de poissons capturés en surface, étant un expert de la pêche en vol.

Il se nourrit d’oiseaux, de mammifères, de reptiles, de charognes, mais surtout de poissons capturés en surface, étant un expert de la pêche en vol © Jacob Spinks

Ainsi, si un aigle possède une crête, il est généralement classé dans le genre Lophaetus, comme Lophaetus occipitalis; s’il est couronné, c’est un Stephanoaetus; s’il est élancé, comme un grand faucon, c’est un Hieraaetus, par exemple l’Aigle de Bonelli (Hieraeetus fasciatus); s’il est apparenté à un épervier, c’est un Nisaetus; à un faucon, c’est un Spizaetus; s’il se nourrit principalement de poissons, c’est un Ichtinaetus; s’il est puissant et belliqueux, c’est un Polemaetus, comme Polemaetus bellicosus; et s’il fréquente la mer, c’est un Haliaeetus, comme le Pygargue vocifer (Haliaeetus vocifer) et notre Roi des brumes, même si, à vrai dire, la mer n’occupe qu’une petite partie de son habitat.

En Europe, on le nomme White-tailed Eagle en anglais, Seeadler en allemand, Pigargo Europeo en espagnol, Aquila di mare en italien et Águia-rabalva en portugais.

Zoogéographie

Haliaeetus albicilla n’appartient pas à l’avifaune d’Italie, et encore moins à celle du sud-ouest de l’Europe, sauf pour quelques rares observations espacées au fil du temps.

Il est totalement absent d’Afrique et de la région méditerranéenne. Il niche dans tout le Paléarctique, de la péninsule scandinave jusqu’aux côtes du Pacifique, occupant toute la Sibérie et la partie centre-nord de l’Asie dans une large bande qui, ne touchant que partiellement les côtes de l’océan Arctique, s’étend en moyenne jusqu’au 45ème parallèle.

Le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) est un concurrent sérieux pour la pêche au vol et des conflits territoriaux surviennent fréquemment.

Le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) est un concurrent sérieux pour la pêche au vol et des conflits territoriaux surviennent fréquemment © Tobias S. Radmer

De petites colonies sont également présentes en Islande, au Groenland, dans la région de la Baltique, dans les plaines autour de la mer Caspienne et de manière isolée dans certaines régions des Balkans, bien que, quantitativement, ces dernières ne représentent qu’un faible pourcentage de la population mondiale.

Vivant dans des environnements très hostiles, une grande partie des populations les plus septentrionales hivernent durant l’hiver arctique à des latitudes plus tempérées, atteignant les côtes européennes de la mer du Nord, le golfe Persique, le bassin de l’Indus, les rivages de l’océan Indien et, à l’extrême Sud-Est de l’Asie, les côtes orientales de la Chine jusqu’au golfe du Tonkin et le Japon.

Au bord de l’extinction il y a quelques décennies, les populations de cet aigle se sont rétablies sur l’ensemble de son aire de répartition, consolidant leurs anciennes positions et, dans certains cas, conquérant de nouveaux territoires.

Dans certaines régions d’Extrême-Orient, il coexiste avec le Pygargue de Steller, une espèce gigantesque facilement reconnaissable à sa tête, son cou et une grande partie de son corps entièrement blancs.

Haliaeetus albicilla est considéré comme une espèce monotypique, mais certains considèrent les populations du Groenland comme une sous-espèce distincte, les classant comme Haliaeetus albicilla groenlandicus.

Ici, Haliaeetus albicilla a attrapé une Bernache nonnette (Branta leucopsis), mais ce n'est qu'un amuse-gueule. En pratique, la chasse se poursuit toute la journée.

Ici, il a attrapé une Bernache nonnette (Branta leucopsis), mais ce n’est qu’un amuse-gueule. En pratique, la chasse se poursuit toute la journée © MrStaggerLee

Écologie-habitat

Bien qu’on l’appelle aussi Grand aigle de mer, son habitat principal n’est pas la mer, mais plutôt les lacs, les vastes marais, les grands fleuves, les estuaires, les lagunes et les vallées couvertes de forêts, même denses mais dotées de grandes clairières où il peut se déplacer librement.

L’expression la plus extrême de ces habitats est sans doute la Puszta hongroise, une immense steppe plate et dégagée, aux horizons infinis, parsemée de bosquets de chênes ou de rares peupliers, endroits qu’il choisira pour nicher. Toutes les populations asiatiques vivent également sur des territoires éloignés de toute mer.

Néanmoins, dans les zones côtières, il devient effectivement un aigle marin avec une activité principalement pélagique, qui le voit survoler sans cesse les côtes rocheuses et sauvages, les îles boisées et les falaises maritimes, à la recherche de proies et pour défendre son territoire.

La majeure partie des populations n’a souvent jamais vu la mer et ne connait donc pas cet habitat

Morphophysiologie

Haliaeetus albicilla est facile à reconnaître.

Un chevreuil en difficulté dans l'eau peut sembler une proie trop grosse mais en déployant ses serres acérées, qui peuvent atteindre 4 cm, Haliaeetus albicilla tente le coup.

Un chevreuil en difficulté dans l’eau peut sembler une proie trop grosse mais en déployant ses serres acérées, qui peuvent atteindre 4 cm, Haliaeetus albicilla tente le coup © mari4971

Il présente une envergure qui chez les individus adultes dépasse généralement deux mètres et peut atteindre jusqu’à 240 cm, avec des ailes particulièrement larges sur toute leur longueur, à tel point que certains l’ont comparé, en vol, à un «tapis volant» ou, comme le disent avec imagination les ornithologues anglais, à une «porte de grange».

Le battement de ses ailes est lourd et puissant, peut-être même un peu gauche.

Le bec jaune est disproportionné, très prononcé, presque anormal par rapport à la tête, accentué par une large cire de la même couleur qui renforce encore sa taille exceptionnelle. La hauteur du bec est presque égale à celle du crâne, et sa longueur est encore plus importante.

C’est un bec très crochu, avec un rostre de trois centimètres qui descend comme un poignard perpendiculairement à la mâchoire supérieure, une arme capable de déchiqueter n’importe quelle proie.

À cette terrible menace s’ajoute un regard terrifiant, glaçant, avec de grands yeux aux iris jaunes, parfois nacrés, et des pupilles si noires et marquées qu’on peut les voir de loin. À cela s’ajoute l’habitude de voler, lorsqu’il chasse, le bec entrouvert, voire complètement béant, comme pour donner plus de détermination à son allure imposante.

Il est bien plus facile de voler de la nourriture à ces Corneilles mantelées (Corvus cornix) occupées à se nourrir.

Il est bien plus facile de voler de la nourriture à ces Corneilles mantelées (Corvus cornix) occupées à se nourrir © Ulf Teghammar

Même tactique avec le Grand Corbeau (Corvus corax), mais ceux-ci sont en plus grand nombre et particulièrement pénibles.

Même tactique avec le Grand Corbeau (Corvus corax), mais ceux-ci sont en plus grand nombre et particulièrement pénibles © Gianfranco Colombo

Les pattes et les doigts, également jaunes, sont puissants et munis de grandes serres effilées pouvant dépasser quatre centimètres de long, très crochues et acérées, instruments typiques des rapaces pêcheurs.

La livrée de cet aigle n’est pas particulièrement impressionnante et il est certainement le moins élégant parmi tous ses congénères, qui eux présentent une tête, un corps ou des ailes ornés de larges bandes blanches.

Haliaeetus albicilla montre un plumage uniforme gris-brun sur tout le corps, parsemé de plumes grisâtre plus clair, notamment sur la tête et le cou, accompagné, lorsque la maturité est atteinte, d’une queue blanche, d’où le nom scientifique de l’espèce.

Les rectrices, bien que dépassant 30 cm, ne sont pas aussi allongées que celles de ses congénères. La queue contribue donc moins à la longueur totale de cette espèce, même si elle est globalement bien plus grande que celle de ses congénères.

Cette queue a une forme cunéiforme bien prononcée, caractéristique qui le rend immédiatement reconnaissable en vol.

Il mesure de 70 à 90 cm de long et pèse de 3 à 7 kg, selon la nourriture disponible. La femelle est légèrement plus grande que le mâle.

Il vaut donc mieux s'emparer du butin et s'envoler afin de le déguster tranquillement ailleurs.

Il vaut donc mieux s’emparer du butin et s’envoler afin de le déguster tranquillement ailleurs © Gianfranco Colombo

Il n’existe pas de dimorphisme sexuel au niveau du plumage, et seuls les juvéniles présentent des mouchetures marquées sur les ailes et les flancs, ce qui les fait vaguement ressembler aux deux aigles du genre Clanga avec lesquels il cohabite souvent, bien que plus petits et dotés d’un bec sensiblement différent.

Durant leurs premières années, les juvéniles présentent un bec et des pattes sombres qui deviendront jaunes à l’âge adulte, vers quatre ans.

Éthologie-Biologie reproductive

Un corps aussi robuste et massif nécessite environ 500 grammes de nourriture par jour. Cet aigle doit donc consacrer un temps considérable à la recherche de nourriture.

Il se nourrit donc de toutes les proies qu’il intercepte lors de la chasse, passant aisément de la pêche en vol, avec la fierté d’un véritable aigle de mer, par des vols planés et des piqués éblouissants au-dessus de l’eau pour capturer de gros poissons, ou des mammifères y compris de grande taille, des reptiles et des oiseaux.

Il se nourrit également de charognes tout au long de l’année. Cet aliment constitue souvent la majeure partie de son alimentation.

A la saison propice, les couples de Haliaeetus albicilla se reforment et occupent les mêmes territoires que les années précédentes. La parade nuptiale, ponctuée de cris, consiste en des pirouettes au dessus de leur territoire et des démonstrations spectaculaires, incluant des chutes libres des deux partenaires, accrochés par leurs serres, dans d'audacieuses vrilles.

A la saison propice, les couples se reforment et occupent les mêmes territoires que les années précédentes. La parade nuptiale, ponctuée de cris, consiste en des pirouettes au dessus de leur territoire et des démonstrations spectaculaires, incluant des chutes libres des deux partenaires, accrochés par leurs serres, dans d’audacieuses vrilles © Вячеслав

Sa taille lui permet d’affronter et de repousser de nombreux carnivores charognards, utilisant sa force et sa témérité. En effet, seuls les loups et les ours peuvent rivaliser avec lui au combat. Cependant, il est très timide et hésitant lorsqu’il doit disputer une carcasse, surtout face aux omniprésents corbeaux.

Malgré sa position dominante pour accéder à la nourriture, se frayant un chemin parmi tous ses concurrents, cet aigle supporte difficilement le harcèlement constant et les petits subterfuges que ces oiseaux, pourtant insignifiants par la taille, emploient bravement pour le distraire de sa proie.

Ils se tiennent à proximité en l’encerclant, tendant le cou pour picorer quelques morceaux restant, à quelques centimètres de son bec redoutable. Ils volent tout près de son corps, mais surtout, ils s’amusent à lui tirer sans répit les plumes de la queue, l’irritant au point de souvent le pousser à fuir avec un simple morceau de la carcasse conquise.

Même les grues, lorsqu’elles sont déjà présentes sur leur potentiel territoire de nidification, n’hésitent pas à l’affronter en groupe et à le faire fuir.

Le couple est monogame et l’union est indissoluble jusqu’à la mort de l’un des partenaires, auquel cas un nouveau couple se forme.

Il semble que même pendant la mauvaise saison, les partenaires ne se perdent pas de vue et rejoignent les mêmes quartiers d’hiver, bien que montrant une séparation partielle et l’aggressivité intraspécifique hivernale nécessaire à leur survie.

Un couple de Haliaeetus albicilla sur le nid, placé sur des rochers surplombant la mer ou de grands arbres. Étoffé de nouvelles branches, il s'agrandit chaque année, parfois jusqu'à s'effondre.

Un couple sur le nid, placé sur des rochers surplombant la mer ou de grands arbres. Étoffé de nouvelles branches, il s’agrandit chaque année, parfois jusqu’à s’effondrer © Alexis Tinker-Tsavalas

Durant la saison favorable, qui varie selon les latitudes, les couples se reforment et occupent les mêmes aires que les années précédentes. Ces territoires sont vastes et variables, en fonction de la disponibilité de nourriture, et peuvent englober des vallées entières, des zones marécageuses ou des portions de littoral.

La parade nuptiale est typique de certains aigles et autres rapaces. Elle consiste en de nombreuses pirouettes au dessus de leur territoire et en exhibitions spectaculaires, notamment des chutes libres des deux partenaires accrochés l’un à l’autre par leurs serres, effectuant des figures audacieuses et prolongées.

La parade nuptiale s’accompagne de nombreux cris audibles à de grandes distances.

Lorsque le nid est construit sur la côte, il est installé sur des corniches rocheuses surplombant la mer, et à l’intérieur des terres, dans de grands arbres, généralement à une hauteur considérable. Cependant, dans certaines régions où les arbres n’atteignent pas la hauteur requise, il n’hésite pas à le placer sur des branches basses, à quelques mètres du sol. Par ailleurs, il n’a pratiquement aucun prédateur, n’importe où dans le monde.

Ce nid est un amas de grosses branches entassées année après année jusqu’à atteindre des hauteurs impressionnantes pouvant s’effondrer sur lui-même ou briser les branches sur lesquelles il est installé.

Le fait d’être un oiseau très fidèle à son territoire et ayant une espérance de vie d’au moins deux décennies combiné à l’habitude des nouveaux couples d’exploiter les nids construits précédemment par d’autres explique la taille impressionnante de ces constructions.

La femelle de Haliaeetus albicilla pond jusqu'à trois œufs, couvés à tour de rôle par les deux parents pendant environ six semaines. À gauche un nid avec trois aiglons et à droite un aiglon affamé en pleine croissance.

La femelle pond jusqu’à 3 œufs, couvés à tour de rôle par les deux parents pendant environ six semaines. À gauche un nid avec trois poussins et à droite un aiglon affamé © Владимир Тарасов (à gauche) – © Юрий Янкевич (à droite)

La femelle pond jusqu’à trois œufs blanc crème, couvés pendant environ six semaines par les deux parents.

Contrairement à certaines espèces d’aigles, cet aigle ne présente pas le caïnisme habituel chez les oisillons; ainsi, tous les aiglons prennent généralement leur envol, sauf si d’autres difficultés surviennent.

Les aiglons restent longtemps au nid, n’éprouvant pas le besoin de quitter un abri souvent dangereux pour d’autres espèces. Ce n’est qu’après 70 à 80 jours environ qu’ils sont capables de voler.

Les jeunes aiglons continuent d’être surveillés par leurs parents pendant longtemps encore, jusqu’à ce qu’ils soient prêts à affronter seuls les dangers de leur vie.

Haliaeetus albicilla a traversé une période extrêmement difficile au cours du siècle dernier.

Bien qu’occupant le sommet de la chaîne alimentaire et ne comptant pratiquement aucun ennemi naturel, il a disparu de nombreuses zones qu’il occupait historiquement et a connu un déclin inquiétant et généralisé de ses populations, notamment dans certaines zones périphériques de son aire européenne.

Sa position privilégiée ne l’a probablement pas mis à l’abri des pesticides et des empoisonnements, pas plus que du braconnage des oisillons et de la chasse implacable pratiquée par les éleveurs et les chasseurs de trophées.

L’Irlande, la Norvège, l’Écosse, les Pays-Bas et le sud de l’Europe ont été progressivement abandonnés, et les populations, déjà réduites, ont disparu en quelques décennies. Des programmes de réintroduction ont donc été lancés afin de tenter de restaurer ces populations historiques, et dans certains cas, ces efforts ont porté leurs fruits.

Ces deux juvéniles de Haliaeetus albicilla sont sur le point de quitter le nid. Haliaeetus albicilla s'adapte bien à la vie en captivité et n'est actuellement pas considéré comme une espèce menacée.

Ces deux juvéniles sont sur le point de quitter le nid. Haliaeetus albicilla s’adapte bien à la vie en captivité et n’est actuellement pas considéré comme une espèce menacée © Ilya Burylov

Ainsi, l’Irlande voit de nouveau prospérer son «Lolar mara», aigle de mer, et l’Écosse son «Lolair suile na greine», aigle aux yeux illuminés par le soleil. En revanche, l’Europe du Sud n’est pas parvenue à reconstituer les populations clairsemées préexistantes, et ce n’ est que dans les Balkans que des groupes autonomes se sont formés.

Cet aigle demeure fortement menacé dans certaines zones périphériques de son vaste territoire et au sein des colonies isolées, mais il paraît bien implanté dans le reste de son aire de répartition. Haliaeetus albicilla s’acclimate facilement en captivité, et de nombreux zoos et parcs abritent des individus domestiqués.

Comme beaucoup d’oiseaux à la morphologie particulière ou au comportement distnct, le Pygargue à queue blanche a été utilisé en héraldique et comme symbole de nombreux pays. Il figure sur les armoiries de la Pologne et de la Serbie. Il est également fréquemment mentionné dans les légendes et traditions celtiques.

En ces temps lointains, on disait que ces oiseaux se nourrissaient des cadavres de soldats après les batailles. D’autres récits évoquent l’utilisation de la graisse de cet aigle comme remède universel. Il est clair qu’au cours des siècles passés, les humains, toujours incapables de trouver des remèdes à leurs maux, se sont tournés vers la nature pour trouver des solutions aussi improbables que fantaisistes à leurs problèmes insolubles d’amour, de santé ou de force.

Haliaeetus albicilla est considéré comme une espèce vulnérable, même si, depuis 2021, il est classé comme “LC, Least Concern”, c’est-à-dire “Préoccupation mineure” sur la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN.

Synonymes

Falco albicilla Linnaeus, 1759.

 

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