Actinia equina

Famille : Actiniidae

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Texte © D. Sc. Giuliano Russini – Biologiste Zoologiste

 

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Traduction française par Jean-Claude Aciman

 

Avec ses tentacules déployés, Actinia equina ressemble à une fleur de mer, ce que pensèrent les premiers biologistes. En réalité, c'est un animal carnivore qui se nourri de petites crevettes, poissons et mollusques © Giuseppe Mazza

Avec ses tentacules déployés, Actinia equina ressemble à une fleur de mer, ce que pensèrent les premiers biologistes. En réalité, c’est un animal carnivore qui se nourri de petites crevettes, poissons et mollusques © Giuseppe Mazza

La Tomate de mer (Actinia equina Linnaeus, 1758) est une espèce superbe d’anémone de mer, que l’on appelle “actinie” dans nos eaux.

Le nom “anémone” vient du grec “ánemos”, vent, la fleur du vent. Dans la mythologie grecque, c’était la nymphe qui, poursuivie par le vent, se transformait en fleur. C’est le cas de ces organismes qui, bien que faisant partie du monde animal, ressemblent à des fleurs.

Pendant longtemps, au XVIIIème siècle, cette ressemblance a rendu les biologistes perplexes, et ils étaient convaincus qu’il s’agissait des fleurs de plantes marines, ce qui plus tard s’est avéré faux.

Cet invertébré marin, comme les nombreuses espèces d’actinies, ou anémones de mer, appartient à l’embranchement des cnidaires (Cnidaria), classe des anthozoaires (Anthozoa), sous-classe des hexacoralliaires (Hexacorallia), ordre des actiniaires (Actiniari), famille des actinidés (Actinidae).

Zoogéographie

Actinia equina est dénommée “tomate de mer” à cause de la pigmentation rouge de son corps et de ses tentacules, lesquels, lorsqu’ils sont rétractés, donnent à l’animal la forme de cette solanacée bien connue qu’est la tomate.

On la trouve dans toute la mer Méditerranée et en mer du Nord. Les autres espèces d’anémones de mer sont réparties dans des eaux dont la température n’est pas trop froide. Elles aiment les substrats rocheux.

Par contre, lors de la digestion, avec ses tentacules rétractés, elle ressemble à une tomate © G. Mazza

Par contre, lors de la digestion, avec ses tentacules rétractés, elle ressemble à une tomate © G. Mazza

Écologie-habitât

La tomate de mer vit dans les régions côtières, dans des eaux peu profondes où les côtes sont rocheuses et indentées.

Cette anémone, comme la plupart des autres espèces d’anémones, vit isolée. Jusqu’à présent, les biologistes n’ont identifié qu’une seule espèce menant une vie coloniale. Elle peut survivre hors de l’eau, à marée basse, en rétractant ses tentacules et en durcissant son corps dans une forme arrondie.

Ces invertébrés se nourrissent de petits poissons et mollusques qu’ils capturent avec leurs “aconties” et leurs tentacules, les digérant lentement après les avoir paralysés avec leurs organes urticants.

Morphologie-physiologie

La morphologie générale de l’actinie présente un corps cylindrique se terminant, dans sa partie supérieure, par un “disque buccal” entouré d’une couronne de tentacules mobiles.

Un disque basal permet à l’animal de se fixer au substrat, la roche en l’occurrence. Les tentacules en nombre multiple de six se ramifient vers l’extérieur et sont nettement pigmentés.

La symétrie bilatérale d’origine devient alors hexagonale ou octogonale, en raison d’une complication supplémentaire dans la structure interne du corps de l’animal, avec l’ajout de formations particulières.

Elle peut se déplacer, mais une fois le bon endroit trouvé, elle ne le quittera plus, même à marée basse © Giuseppe Mazza

Elle peut se déplacer, mais une fois le bon endroit trouvé, elle ne le quittera plus, même à marée basse © Giuseppe Mazza

En fait, la “cavité gastrovasculaire” ou “cœlenteron” est divisée en six secteurs par autant de parois de nature mésentérique.

Au niveau du disque buccal, se trouve la bouche ou “stomodeum”, constitué par une courbure interne du tissu ectodermique.

Dans le stomodeum deux sillons ciliés, appelés “siphonoglyphes”, se creusent et régulent l’arrivée de l’eau dans la cavité gastrovasculaire.

Les septa mésentériques peuvent se rejoindre dans la partie au-dessus du stomodeum et forment dans ce cas un septum dit complet, même si dans la partie inférieure, plus étroite, ils restent libres.

Cependant, il y a encore, intercalés dans le septum complet, quelques extensions libres, appelées septa incomplets.

Dans les parois du septum complet se trouvent quelques ouvertures, les “ostia” qui permettent aux diverses cavités de communiquer entre elles.

Des fibres musculaires courent le long des parois du corps et du septum, qui, par leur contraction permettent au corps de se rapetisser et aux tentacules de se rétracter.

Une musculature circulaire autour de la bouche permet de recourber les tentacules en totalité vers l’intérieur. Dans ce cas, le corps prend l’apparence d’un petit sac gonflé ou, plus exactement, celle d’une tomate.

Les bords des septa incomplets et les parties libres du septum complet paraissent épaissis par la présence de cellules urticantes ou “cnidoblastes”, de cellules en charge d’une fonction digestive extracellulaire primitive et des gonades.

Les sexes sont séparés et la fécondation se fait à l’aide des courants © Giuseppe Mazza

Les sexes sont séparés et la fécondation se fait à l’aide des courants © Giuseppe Mazza

Dans la cavité gastrovasculaire sont situés les “aconties”, filaments urticants qui peuvent être projetés à l’extérieur pour se défendre, soit par la bouche, soit par les nombreux trous et les “cinclides” répartis sur les parois du corps.

Les cinclides sont utiles pour l’élimination des résidus alimentaires. Les cellules urticantes sont réparties le long des tentacules formant la “couronne péri-orale”.

Le système nerveux est rudimentaire et est constitué d’un réseau de cellules nerveuses distribué sur tout le corps de l’animal, particulièrement épais à la jonction de la bouche et des tentacules. Ces animaux ne comportent pas d’organe sensoriel spécifique. En conséquence, dans la tomate de mer, il n’y a que des cellules sensorielles éparpillées.

Comme indiqué précédemment, les actinies sont des animaux carnivores qui se nourrissent de petites crevettes, poissons et mollusques. Le plancton fait également partie de leur nourriture et comme il est introduit dans la bouche en même temps que l’eau, il passe par les siphonoglyphes.

Les plus grosses proies sont, à l’inverse, capturées à l’aide des tentacules et des aconties, puis paralysées par le liquide narcoleptique des cellules urticantes, et enfin introduites dans la cavité gastrique où elles sont digérées.

Les cils placés autour de la bouche, dotés de motilité, peuvent inverser leur mouvement afin de faciliter l’introduction de la nourriture et l’expulsion des déchets. Il n’y a pas de système excréteur. Il n’existe pas de dimorphisme sexuel entre les deux sexes ; les dimensions varient de 3 à 9 cm.

Il existe de très rares cas de reproduction asexuée par scission © Giuseppe Mazza

Il existe de très rares cas de reproduction asexuée par scission © Giuseppe Mazza

Éthologie-Biologie reproductive

Bien qu’étant des animaux stationnaires (dont le cycle vital entier se déroule en étant fixé sur un substrat), les tomates de mer et les actinies ont en général une reproduction gonochorique, c.-à-d. que chaque individu n’a qu’un seul sexe.

Les ovules situés dans la cavité gastrovasculaire des individus ayant des gonades femelles sont fécondés par le sperme émis par les individus possédant des gonades mâles, lequel est transporté passivement par l’eau.

Les larves restent un certain temps dans la cavité gastrovasculaire de la mère. Lorsqu’un stade de maturité plus avancée est atteint, elles la quittent et passent quelques temps à flotter dans l’eau avant de se fixer et de générer leurs tentacules.

Il convient également de noter que, même si la règle générale reste la reproduction gonochorique, il peut y avoir, dans des circonstances particulières, de rares cas de reproduction asexuée par scission.

Le principal ennemi des actinies, et donc aussi de Actinia equina est un mollusque du genre Acolis, contre lequel ni l’action paralysante du liquide urticant, ni l’immobilisation par les aconties et les tentacules n’ont d’effet. Le seul moyen pour une actinie de se défendre alors est de se recroqueviller totalement en rétractant ses tentacules vers l’intérieur et contractant tous les muscles de son corps afin d’adopter cette apparence arrondie, espérant ainsi tromper l’ennemi et en tous cas lui présenter la plus petite surface possible de son corps.

L’UICN accorde actuellement un statut commun pour cette espèce d’anémone de mer, qui, toutefois, pourrait rapidement s’orienter vers celui d’espèce en voie de disparition, car sa survie est étroitement liée, ainsi que celle de tous les autres organismes marins, animaux et végétaux, à l’état de santé des mers.

Synonymes

Actinia equina mediterranea Schmidt, 1971.

 

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