Agrimonia eupatoria

Famille : Rosaceae

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Texte © Eugenio Zanotti

 

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Traduction en français par Marie Malo

 

L’aigremoine eupatoire pousse dans les régions tempérées de l’hémisphère nord © G. Mazza

L’aigremoine eupatoire pousse dans les régions tempérées de l’hémisphère nord © G. Mazza

Selon différents auteurs, le genre Agrimonia comprend 12 à 15 espèces d’herbacées vivaces ; l’aigremoine ou thé des bois (Agrimonia eupatoria L. 1753) a une distribution sous-cosmopolite. Elle occupe les régions tempérées de l’hémisphère nord, avec en plus une espèce en Afrique.

Certains auteurs trouvent l’origine du nom du genre Agrimonia dans le grec “agros” = champ, et “monos” = solitaire, c’est-à-dire les endroits sauvages et solitaires, lié à l’habitat de l’espèce; pour d’autres cependant, le nom viendrait du terme “argemonia” du grec arghemon, membrane albuginée ou taie de l’œil, car on croyait que la plante pouvait guérir la cataracte des yeux ; pour d’autres encore, il fait référence à une espèce de pavot (probablement Papaver argemone).

Le nom de l’espèce choisi par Linné rend honneur au physicien herboriste renommé Mitridate VI Eupatore, roi de Ponto (132-63 av. JC) qui, ditons, a été le premier à découvrir les propriétés thérapeutiques de la plante et les a fait découvrir aux physiciens de la Grèce Antique qui l’utilisèrent ensuite pour soigner les affections du foie et de la rate.

Il existe aussi probablement une relation avec les termes grecs “hépar”, “hépatos” et l’utilisation médicale de la plante par le passé pour soigner les maladies chroniques du foie.

L’aigremoine eupatoire, aussi appelée “eupatoire des anciens” ou “thé des bois”, est une herbacée vivace au port élégant, haute en moyenne de 30 à 70 cm (<130 cm), avec une tige cylindrique, souvent rougeâtre, couverte de longs poils mélangés à des poils courts et glanduleux, poussant à partir d’un rhizome oblique, court, noueux et épais.

Elle a des feuilles alternes, avec à la base deux stipules incisées entourant la tige, et un limbe imparipenné, en général plus court que les entre-nœuds ; les feuilles basales très serrées et épaisses ressemblent à une rosette.

Les feuilles ont des contours oblancéolés (6-8 x 10-15 cm) et un limbe penné irrégulièrement avec 4-5 paires de segments principaux (jusqu’à 2.5 x 5 cm) et des segments courts (5-15 mm) intercalés, avec des bords irréguliers.

Le dessus des feuilles est vert et le dessous d’un gris-velouté pâle, avec des glandes sous-sessiles non odorantes. La floraison peut débuter en avril et durer jusqu’en octobre mais elle se concentre principalement en juin et juillet. Les fruits contiennent deux graines ; rarement une; dans sa partie supérieur le fruit possède un anneau d’épines crochetées favorisant la dissémination zoophile (transport des fruits et des graines par les animaux). Outre l’espèce nominale (subsp. eupatoria) il existe aussi en Europe les sous-espèces suivantes : subsp. grandis et subsp. asiatica.

L’aigremoine pousse dans des endroits herbeux, des bois secs, des prés arides, des pâturages, et dans les lieux incultes, près des rocailles, le long des routes et sur les bords des fossés, de la plaine à 1000 (<1500m) d’altitude. Les fruits de l’aigremoine ont été trouvés en grandes quantités dans des gisements d’emplacements néolithiques mais leur utilisation reste inconnue.

L’inflorescence est un racème spiciforme long de 10-30 cm © Giuseppe Mazza

L’inflorescence est un racème spiciforme long de 10-30 cm © Giuseppe Mazza

C’est une espèce récoltée dans ses stations naturelles mais elle est aussi cultivée et exportée dans certains pays européens tels que la Bulgarie, la Hongrie et des parties de l’ancienne Yougoslavie.

Les principaux composés des feuilles et des sommités florales (récoltées durant la floraison et séchées à l’ombre dans des endroits ventilés) sont l’acide ursolique (ou urson) qui a une activité similaire à la cortisone et est aussi trouvé dans les myrtilles, les raisins d’ours (Symphoricarpos uva-ursi) et également dans la couche cireuse du raisin, des prunes et d’autres fruits, et d’autres triterpènes (1,5% dans les feuilles), la glucoside eupatorìna, les tanins catéchines (jusqu’à 5%), les phytostérols, alpha-amirina, les flavonoïdes (quercétine, kaempférol), les caoutchoucs, l’acide silicique (jusqu’à 12%), les acides citrique, malique, nicotinique, ascorbique, les vitamines K et B1.

Ont été confirmées pour cette plante (Agrimoniae herba), les propriétés suivantes : cholérétique et cholagogue, anti-inflammatoire pour les rhumatismes et les muscles, antiprurigineux, décongestionnante, antiallergique, hypoglycémique, anti-diarrhéique, antiseptique et cicatrisante et elle est donc utilisée en phytothérapie pour la gastro-entérite, les maladies inflammatoires de l’intestin, la prostatite et l’hypertrophie bénigne de la prostate, les maladies de la vésicule biliaire, utile en cas d’insuffisance hépatique, anticoagulante, anti-inflammatoire (pharyngite, amygdalite, inflammation des gencives et des saignements, stomatite), la rhinite allergique et les démangeaisons associées à une dermatite, et la conjonctivite.

Pour usage externe elle est efficace dans la guérison des plaies et ulcères variqueux. Il y a des siècles de cela, cette plante était connue parmi les soldats comme médicament pour les plaies et elle était utilisée pour préparer la fameuse “eau” : l’eau d’arquebusade.
Pour produire (par ordre du roi François Ier au XVIe siècle= cette ancienne “eau” , 75 espèces de plantes aromatiques et médicinales étaient utilisées ; elle a rapidement gagné la réputation d’un remède pour diverses maladies et infections de la peau et elle est encore produite en France.

Les sommités fleuries de l’aigremoine, jusqu’à la moitié des années 800, étaient recherchées par les teinturiers pour teindre les tissus en blanc ou jaune-crème et par les chanteurs qui l’utilisaient pour préparer des infusions pour se gargariser avant les concerts afin de conserver longtemps une belle voix.

Préparations

Infusion pour soigner la colite, les maladies inflammatoires de l’intestin, et comme adjuvant de l’hypertrophie de la prostate

Faites bouillir une tasse d’eau, retirer du feu, ajouter une cuillère à café de feuilles et de sommités fleuries sèches d’aigremoine et laisser infuser un quart d’heure. Consommer deux fois par jour en dehors des repas.

Décoctions pour gargarisme en cas d’aphtes

Feuilles et fleurs, autrefois utilisées pour teindre les tissus, sont utilisées en phytothérapie © Giuseppe Mazza

Feuilles et fleurs, autrefois utilisées pour teindre les tissus, sont utilisées en phytothérapie © Giuseppe Mazza

Placez 90 g de sommités fleuries séchées dans un litre d’eau froide, porter à ébullition pendant trois minutes et laisser refroidir ; filtrer et presser le résidu; stocker au réfrigérateur dans un flacon en verre scellé. Faire un gargarisme toutes les trois heures. La même décoction peut également être utilisée comme un rince-bouche ordinaire.

Synonymes : Agrimonia eupatoria var. glabra W.P.C. Barton (1815); Agrimonia eupatoria L. var. hirsuta W.P.C.Barton (1815); Agrimonia eupatoria var. hirsuta Torr. (1824); Agrimonia eupatoria L. var. parviflora Hook. (1832); Agrimonia eupatoria var. mollis Torr. & A.Gray (1840); Agrimonia eupatoria subsp. procera (Wallr.) Arrh. ex Fr. (1842); Agrimonia eupatoria L. var. suaveolens Kuntze (1891); Agrimonia eupatoria subsp. odorata Bonnier & Layens (1894); Agrimonia eupatoria proles odorata sensu Rouy (1900); Agrimonia eupatoria var. grandis Andrz. ex Asch. & Graebn. (1902); Agrimonia eupatoria subsp. officinalis Gams (1923); Agrimonia eupatoria L. f. rosulata Skalický (1973); Agrimonia eupatoria subsp. grandis (Andrz. ex Asch. & Graebn.) Bornm. (1940).

Autres : Agrimonia acutifolia, Agrimonia aitchisonii, Agrimonia americana, Agrimonia asiatica, Agrimonia bracteata, Agrimonia conopsea, Agrimonia convergens, Agrimonia coreana, Agrimonia dahurica, Agrimonia davurica, Agrimonia elata, Agrimonia glabrata, Agrimonia glandulosa, Agrimonia godetiana, Agrimonia gorovoi, Agrimonia gotectiana, Agrimonia graeca, Agrimonia grandis, Agrimonia granulosa, Agrimonia japonica, Agrimonia lanata, Agrimonia leroyi, Agrimonia microcarpa, Agrimonia nepalensis, Agrimonia nipponica, Agrimonia x nipponopilosa, Agrimonia obtusifolia, Agrimonia odorata, Agrimonia parvi flora, Agrimonia pilosa, Agrimonia patycarpa, Agrimonia polyphylla, Agrimonia procera, Agrimonia pumila, Agrimonia repens, Agrimonia robusta, Agrimonia rostellata, Agrimonia serrifolia, Agrimonia sororia, Agrimonia striata, Agrimonia suaveolens, Agrimonia suffrutescens, Agrimonia tokiatensis, Agrimonia velutina, Agrimonia viscidula, Agrimonia x wirtgenii, Agrimonia zeylandica.

 

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