Anastomus oscitans

Famille : Ciconiidae

GIANFRANCO.gif
Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

catherine_collin.gif
Traduction en français par Catherine Collin

 

Anastomus oscitans

Vu de profil Anastomus oscitans montre un bec insolite à cause du creux qui facilite la prise, le maniement et l’extraction de la coquille des escargots d’eau dont il se nourrit, intégrant aussi à son régime grenouilles, poissons, invertébrés, lézards et petits serpents © Giuseppe Mazza

En observant pour la première fois cet oiseau on éprouve probablement la même sensation que les premiers européens ressentirent en le rencontrant dans les landes indiennes en remarquant l’étrange forme de son bec.

Peut-être Marco Polo dans son “Livre des merveilles” y a-t-il fait allusion mais comme on le sait ce personnage a parlé de tant de choses étranges et en a oublié, avec une grande facilité, tant d’autres très importantes et caractéristiques de ces lieux si lointains. Le brouillard de la vérité et les mystifications de l’époque, surtout côté naturalistique, nous ont bien porté à croire à l’existence des dragons incendiant avec leur haleine fétide et méphitique tout ce qu’ils rencontraient.

Toutefois il faut bien noter que cet oiseau a vraiment un bec étrange. Le Bec-ouvert indien (Anastomus oscitans Boddaert, 1783) appartient à l’ordre Ciconiiformes et à la famille Ciconiidae.

Cette cigogne asiatique et le Bec-ouvert africain (Anastomus lamelligerus) sont les seuls oiseaux à montrer ce caractéristique bec dont les deux mandibules, sur plus de la moitié de la longueur, ne se touchent pas, ne se rejoignant qu’à la pointe. Une conformation qui, vue de profil, laisse voir un large espace entre les deux parties du bec.

Ceci n’existe que chez les adultes, les jeunes ayant initialement un bec normal bien que de forme assez étrange.

De loin, à cause de la couleur montrée par les adultes durant la nidification, on peut le confondre avec la Cigogne blanche (Ciconia ciconia) et la Cigogne orientale (Ciconia boyciana). Au contraire, dès que l’on entrevoit son bec il est impossible de le confondre avec quelque autre oiseau.

Dans ce cas aussi c’est l’évolution qui a conduit à la forme de cet outil si important chez les oiseaux, jusqu’à l’amener au maximum de sa capacité fonctionnelle pour le but attendu.  Se nourrissant principalement d’escargots d’eau il semble que la forme de ce bec en facilite la prise, la manipulation ainsi que l’extraction de la coquille. Quels que soient les noms donnés à cet oiseau, scientifique ou vulgaires, tous font référence à cette étrange caractéristique.

Le nom de genre Anastomus vient du grec “anastomoo” = bouche ouverte et le nom d’espèce oscitans du latin “oscitare” = bailler, pour l’impression que l’on a quand on voit son bec.

Anastomus oscitans, Ciconiidae

Quasiment sédentaire, est une espèce uniquement asiatique qui vit et se reproduit en colonies importantes dans le sous-continent indien, des rives de l’Indus au delta du Mékong, Indonésie exclue © Giuseppe Mazza

Ses noms vulgaires européens sont de la même veine.

En anglais cet oiseau est appelé Asian Openbill, en allemand  Silberklaffschnabel, en espagnol Picotenaza Asiático, en  italien Anastomo asiatico mais aussi Cicogna becco-aperto ou Cicogna dal becco aperto.

Zoogéographie

C’est une espèce uniquement asiatique et pratiquement sédentaire, elle vit dans le sous-continent indien des rives de l’Indus au Pakistan jusqu’au sud-est asiatique comprenant la partie méridionale de la péninsule indochinoise jusqu’au delta du Mékong. Elle est absente d’Indonésie.

Bien que cet oiseau soit considéré comme sédentaire, on a relevé des erratismes pouvant aller jusqu’à quelques centaines de kilomètres, surtout effectués par des juvéniles mais aussi par des adultes selon les différentes conditions saisonnières mais il n’a pas été relevé de déplacements plus lointains.

C’est un oiseau très commun, se réunissant souvent en grands groupes dans ses aires habituelles, on peut donc aisément remarquer sa présence ainsi que sa coexistence avec les populations locales.

Il est assez sociable donc et ne craint pas le contact avec l’homme et ses activités.

Habitat

La présence du Bec-ouvert indien est étroitement liée à l’eau, cette cigogne fréquente donc des plaines inondées, des rizières, des marais et des estuaires où l’eau est basse ce qui lui permet de pratiquer son sport préféré: marcher dans l’eau à la recherche de sa nourriture de prédilection. Il n’apprécie  pas l’eau d’une profondeur supérieure à 50 cm, hauteur maximum même pour ses longues jambes.

Anastomus oscitans, Ciconiidae

C’est une espèce liée aux plaines inondées, rizières, marais et estuaires mais dont la profondeur n’excède pas 50 cm © Giuseppe Mazza

Cette nécessité le porte à effectuer de courts trajets à la recherche de nouveaux lieux inondés, chaque fois que les conditions météo deviennent défavorables, afin de vérifier l’état de sécheresse de ses aires habituelles. C’est un oiseau de plaines ouvertes et il monte rarement au-delà de 1 000 m d’altitude.

Morpho-physiologie

Le Bec-ouvert indien est une grosse cigogne mesurant environ 80 cm pour un poids variant de 2 à 6 kg et une envergure d’environ 150 cm.

L’adulte montre la livrée noir et blanc typique de nos cigognes, avec un corps blanc et gris clair et les ailes, le croupion et la queue noirs.

La couleur blanche montrée en période nuptiale devient ensuite grisâtre le reste de l’année.

Il a de longues jambes d’un rose tendant vers le rouge.

Le bec montre des mandibules très robustes, larges et peu pointues, d’environ 25 cm, toujours de couleur jaune-verdâtre chez les adultes et grisâtre chez les juvéniles.

Il n’y a pas de dimorphisme sexuel et les jeunes sont plutôt grisâtre-ambré aussi bien sur la tête que sur la poitrine. Il a un corps robuste et pesant et, comme tous les ciconiidés, lorsqu’il vole il tient son corps complètement allongé.

Anastomus oscitans, Ciconiidae

Une approche en vue de l’accouplement, au milieu du raffut provoqué par des centaines de becs claquant sans cesse, peut-être de joie ou pour décourager les prédateurs © Giuseppe Mazza

Durant la journée, aux heures les plus chaudes, il aime tournoyer haut dans le ciel sur les courants thermiques, en compagnie d’autres oiseaux planeurs et de là-haut il a probablement une parfaite vision du territoire en dessous et des zones inondées où il vit. Il profite aussi de ces courants thermiques lors de ses brefs déplacements à la recherche de nourriture.

Le Bec-ouvert indien, comme toutes les cigognes est pratiquement silencieux toute l’année, sauf pendant la période de reproduction quand il émet des grognements brefs et gutturaux accompagnés de sonores et secs claquements de bec. En fait, ses cordes vocales ne disposent pas de muscles.

Cette cigogne est monotypique, aucune sous-espèce n’ayant été classée.

Biologie reproductive  

Le Bec-ouvert indien est très sociable et niche en colonies denses installées sur de grands arbres, souvent partagés avec des ardéidés et d’autres ciconiidés réunis par un commun besoin de défense. Ces arbres sont souvent en partie immergés et situés au milieu de marais ou de zones marécageuses.

On ne le voit que rarement nicher seul, isolé, car cela signifierait un risque accru de prédation de la part de gros aigles ou d’autres rapaces. Les agressions les plus communes sont le fait de groupes de corbeaux indiens mais aussi des varans qui souvent pillent la colonie.

La réunion au même endroit de tous ces couples et l’incessant claquement de becs est le meilleur moyen de dissuader n’importe quel prédateur.

Cette cigogne occupe toujours la partie supérieure de la colonie et le nid est construit sur la couronne supérieure d’un arbre, appuyé aux plus grosses banches et rénové années après années jusqu’à former un grand amas de branches et de broussailles.

Le nid mesure environ 100 cm de large et une trentaine de cm de profondeur. Les nids sont installés entre 5 et 20 mètres de haut. C’est une espèce monogame, même si des cas de polygynie ont été certifiés, et le couple se forme après que le mâle ait construit ou rénové le nid choisi par la femelle.

Anastomus oscitans, Ciconiidae

« Enfin, tu as réussi », semble dire le couple de droite, alors qu’à gauche on construit encore le nid © G. Mazza

Il niche ordinairement pendant la saison des pluies ayant ainsi à disposition, à proximité de l’aire choisie, les marécages nécessaires pour trouver sa nourriture. La femelle pond de 2 à 5 œufs blanchâtres couvés par les deux parents pendant environ 30 jours.

Les juvéniles sont assez précoces et prennent leur envol relativement vite, ne restant au nid que pendant environ 6 semaines même si l’indépendance totale n’advient que de nombreuses semaines plus tard.

Cette précocité semble confirmée par le fait que les juvéniles soient en mesure de se reproduire la saison même de leur naissance.

L’espérance de vie, particulièrement pour les individus en captivité, est assez importante et peut facilement dépasser les quinze ans.

Son régime alimentaire se compose principalement d’escargots d’eau (genres Pila et Pomacea), de grenouilles, de poissons et de petits invertébrés aquatiques. Il mange aussi sans problème des lézards et des petits serpents.

Comme nous l’avons dit, la conformation de son bec facilite la capture de ces proies qu’il coince solidement entre les mandibules sans que l’eau, la vase ou d’éventuelles algues n’entrave le bec et ne fasse obstacle à la prise.

Anastomus oscitans, Ciconiidae

Les œufs sont couvés par les deux parents et celui qui n’est pas de garde sur le nid va chasser des escargots à offrir gentiment, déjà sortis de la coquille, au conjoint resté sur le nid. L’espèce n’est pas considérée en danger © Giuseppe Mazza

L’escargot capturé est ensuite décortiqué par des coups du bec pointu et ingurgité sans coquille.

Souvent, spécialement chez les juvéniles, les escargots sont avalés entiers sans aucune précaution.

Il semble aussi que les deux mandibules puissent fonctionner comme un casse-noix.

L’escargot du genre Pomacea est considéré espèce nuisible des rizières et des zones tropicales marécageuses et comme l’une des plus invasives de la planète.

Il chasse en solitaire mais il n’est pas rare de voir de nombreux oiseaux se livrer ensemble à cette activité quand il y a abondance de nourriture dans le milieu fréquenté.

Comme cela se produit souvent chez les oiseaux de grande taille, le Bec-ouvert indien est lui aussi victime du braconnage.

Sa viande est considérée comme étant très gouteuse et les œufs sont l’objet de prélèvements illégaux de la part des populations locales.

Cet oiseaux est pourtant très commun et réussit à surmonter facilement cette prédation.

Anastomus oscitans, Ciconiidae

Les oisillons prennent leur envol à 6 semaines même si l’indépendance totale n’advient que plus tard. Leur bec ne montre pas encore le trou caractéristique des adultes © Gianfranco Colombo

Synonyme

Ardea oscitans Boddaert, 1783.

 

→ Pour apprécier la biodiversité au sein des CICONIIFORMES cliquez ici.

error: Content is protected !!