Aspidelaps scutatus

Famille : Elapidae

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Texte © Dr. Gianni Olivo

 

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Traduction en français par Michel Olivié

 

Cet élapidé (Elapidae) africain appartient au genre Aspidelaps qui comprend aussi le Serpent corail africain (Aspidelaps lubricus) et qui sont tous deux des espèces endémiques du Sud de l’Afrique.

C’est un petit serpent au corps trapu et robuste qui est long au maximum de 75 cm chez sa sous-espèce de l’Est (Aspidelaps scutatus fulafula) qui a une coloration plus vive et 23 rangées d’écailles dans sa partie médiane à la différence de sa sous-espèce de l’Ouest (Aspidelaps scutatus scutatus) qui dépasse rarement 50 cm et possède 21 rangées d’écailles. La troisième sous-espèce, qui est répandue dans la région centrale ( Aspidelaps scutatus intermedius), est plus petite ( moins de 50 cm) et possède 21 rangées d’écailles dans sa partie médiane.

Son aire de répartition comprend le Nord de l’Afrique du Sud. Il est absent au Sud de Johannesburg et fréquent dans le secteur de Musina, dans la province du Limpopo et également au Sud du Zimbabwe. On rencontre en outre cette espèce dans la partie septentrionale de la Namibie (Aspidelaps scutatus scutatus) et dans un secteur du Mozambique (Aspidelaps scutatus fulafula). Son habitat préféré se situe à proximité des points d’eau, des fleuves et des marais où vivent de nombreux  batraciens qu’il chasse la nuit. Son régime alimentaire cependant inclut aussi de petits mammifères et des lézards.

C’est une espèce ovipare. La femelle pond en été de 4 à 10 oeufs longs d’environ 3 cm. Les nouveau-nés mesurent à l’éclosion, 15 cm. C’est un animal irascible qui, lorsqu’on s’en approche, redresse la partie antérieure de son corps, comme un cobra, siffle rageusement et n’hésite pas à mordre, ce qui fait que certaines populations l’appellent iphimphi (cobra).

Son venin, qui a été peu étudié, est produit en faible quantité mais il est puissant et pour cela, comme il s’agit d’un venin neurotoxique, il doit être considéré comme potentiellement mortel bien que la plupart des rares cas de morsure aient eu pour conséquence des symptômes qui n’étaient pas très graves.

Aspidelaps scutatus, Elapidae

Petit, irascible et venimeux l’Aspidelaps scutatus est un élapidé fouisseur © Giuseppe Mazza

Dans deux cas en particulier qui ont été rapportés il n’y a pas eu de symptômes affectant le système nerveux mais seulement une tuméfaction, un oedème et une douleur, la guérison survenant au bout de quelques jours, alors que dans d’autres cas les symptômes locaux ont été absents et ce qui a prédominé a été une symptomatologie neurologique avec une ptôse palpébrale (chute de la paupière due à à la paralysie des muscles releveurs), une parésie des autres nerfs crâniens (parésie faciale) et une faiblesse généralisée due à l’action du venin sur les muscles striés de différentes parties du corps.

Aucune anomalie au niveau de la coagulation n’a été rapportée. Un cas mortel a concerné par contre un enfant de 4 ans mordu en fait par un serpent “immature”. Cet enfant a aussitôt souffert d’une hypersalivation et d’une dyspnée et est entré dans le coma 2 heures après. Malgré la respiration assistée il est mort 15 heures après la morsure du fait de l’apparition de complications cardiaques.

À la lumière de ce qui précède on peut conclure que le venin est puissant et dangereux et que les divers symptômes et la gravité des différents cas peuvent dépendre de plusieurs facteurs : une éventuelle morsure “sèche” avec une faible inoculation de venin et des différences nettes dans la composition du venin des différentes sous-espèces ou aussi dans le milieu de la même sous-espèce mais il reste le fait que les dimensions modestes de ce serpent et la rareté des cas graves ne doivent pas conduire à le traiter avec désinvolture. Le sérum polyvalent ne semble pas efficace pour le traitement de la morsure de l’Aspidelaps scutatus.

Sa principale caractéristique consiste dans la conformation de son museau qui présente à son extrémité une écaille rostrale saillante modifiée intentionnellement en forme de bouclier ou plus exactement de pelle qui lui sert à creuser vu qu’il s’agit d’un reptile typiquement fouisseur. Une autre particularité étrange est la différence que présente la forme des écailles qui sont lisses dans la partie antérieure du corps mais deviennent fortement carénées à la hauteur de la queue, ce qui donne à l’animal un aspect insolite, lisse mais avec une queue rugueuse.

Chez la plupart des individus la couleur de fond est gris cendré ou bien marron clair mais elle tend parfois vers le beige et d’autres fois vers une couleur saumon. Il m’est arrivé une fois de voir un individu qui avait une couleur que je pourrais définir comme étant presque rose pâle comme la peau d’un cochon. Les écailles présentent souvent un bord foncé qui donne au corps un aspect réticulé ou tacheté.

La tête et le cou sont noirs chez l’adulte alors que les jeunes présentent souvent au niveau du cou un ou deux motifs en forme de V (que les anglo-saxons appellent non sans raison “chevron-like”, autrement dit ressemblant à un pneu de véhicule tout-terrain).

L’Aspelapis scutatus passe le jour dans une galerie creusée par des rongeurs, dans un trou ou sous une pierre ou bien sous ou à l’intérieur d’un tronc d’arbre tombé à terre et pourrissant mais il est capable de creuser lui-même ses propres galeries en se servant de son museau robuste et de son écaille rostrale.

Il peut attraper des proies dans les galeries souterraines mais souvent il sort la nuit, surtout après une averse, pour chasser des batraciens. Après de fortes pluies il n’est pas rare de le rencontrer à l’extérieur, même le jour, en particulier si le temps est couvert et à condition que la température soit douce.

Noms vulgaires : Shield-nosed snake (anglais), Iphimphi yenghuba (Inghuba = bouclier, serpent au bouclier) (IsiZulu).

 

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