Gonepteryx cleopatra

Famille : Pieridae

GIANFRANCO.gif
Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

michel.gif
Traduction en français par Michel Olivié

 

Gonepteryx cleopatra, Pieridae

Les mâles de la Gonepteryx cleopatra se distinguent facilement de ceux de la Gonepteryx rhamni par les deux zones orange des ailes antérieures. Les femelles de ces deux espèces sont par contre très similaires © Gianfranco Colombo

Le Citron de Provence (Gonepteryx cleopatra Linnaeus, 1767) appartient à l’ordre des Lepidoptera et à la famille des Pieridae, un groupe très vaste qui renferme environ 1500 espèces de papillons de diverses tailles et de différentes couleurs présents sur tous les continents. En Europe cette famille comprend celles que l’on appelle les “blanches”, à savoir les piérides du chou, de la rave, des navets et des moutardes.

Avec son congénère, le Citron ou Piéride du nerprun (Gonepteryx rhamni), les Colias et les Anthocharis ce sont les seules piérides européennes à porter sur leurs ailes des couleurs autres que le blanc.

Le Citron de Provence est l’équivalent méridional du Citron. Outre qu’il se superpose à cette espèce dans de vastes zones de contact, il prend en fait le dessus sur celle-ci dans la partie Sud de leur aire de répartition.

Il est lui aussi un papillon qui annonce le printemps car il est un des premiers lépidoptères à apparaître à l’approche de la belle saison.

Cela est facilité par le fait que le Citron de Provence hiverne à l’état d’imago et qu’il est donc prêt à prendre son envol dès que commencent les premières tiédeurs printanières. De fait sa localisation dans la partie la plus au Sud de l’aire qu’il partage avec la Gonepteryx rhamni fait souvent qu’il la précède lors de l’envol printanier. C’est un papillon très similaire au Citron tout spécialement lorsque, alors qu’il est posé les ailes repliées, il déploie celles-ci pour s’envoler et dévoile alors nettement la grande tache orange située sur le dessus de ses ailes antérieures. Il ressemble tout-à-fait à son congénère en ce qui concerne le vol et les habitudes alimentaires, mais aussi la forme des ailes qui comportent cet angle caractéristique qui est à l’origine du nom scientifique donné à leur “genus” d’appartenance.

L’étymologie du nom scientifique reproduit précisément cette particularité. Gonepteryx vient du grec “gonia” = angle et “pteryx” = aile, ce qui correspond littéralement à la description de la forme anguleuse caractéristique des ailes. L’interprétation de l’étymologie de cleopatra est, quant à elle, controversée. Même si la référence à la reine d’Égypte bien connue de tout le monde pour ses vicissitudes amoureuses et historiques et aussi pour sa beauté et son charme semble immédiatement répondre à la question il faut cependant prendre en considération le fait que Linné a toujours pris le parti de relier les noms scientifiques qu’il choisissait à des références mythologiques et non pas historiques. Cléopâtre c’est de l’histoire et non de la mythologie ! En réalité la Cléopâtre à laquelle il s’est référé était l’épouse de Méléagre, celui qui a réussi à tuer le monstrueux sanglier gigantesque envoyé comme punition par Artémis dans le pays de Calydon. La confirmation en est fournie par les appellations données par Linné à différents papillons en lien avec cette histoire : atalanta,la jeune fille convoitée par Méléagre, plexippus, piritoo, idas, anceo, ses compagnons au cours de la battue au sanglier et Meleager lui-même = Méléagre.

Gonepteryx cleopatra, Pieridae

En regardant attentivement on remarquera que le profil du Citron de Provence est moins anguleux © G. Colombo

Les noms vulgaires donné en Europe à ce papillon reprennent dans la totalité des cas le même nom scientifique, cleopatra, à la seule exception des Français qui ont emprunté le nom d’une des régions peu nombreuses de leur pays où il est possible de le rencontrer, la Provence.

Zoogéographie

Ce papillon se trouve  dans des zones circonscrites mais il est largement répandu et toujours présent en grand nombre dans ses aires de distribution.

Il vit dans la partie méridionale de l’Europe, dans le Nord-Ouest de l’Afrique et jusqu’à la Turquie continentale. Il est peu répandu et assez rare au Moyen-Orient.

Il est totalement absent dans les zones situées au Nord d’une ligne longitudinale imaginaire qui va des Pyrénées au Caucase.

Dans les plaines du Nord de l’Italie il est également pratiquement absent bien qu’il puisse  soudainement être commun et abondant le long des côtes ligures.

On a répertorié de nombreuses sous-espèces, en particulier en ce concerne les individus qui vivent dans des endroits isolés (îles Canaries, Madère, Rhodes, Crète et Baléares) ou dans des zones dont les habitats sont particuliers ( Libye, Jordanie, Sud de la Grèce).

Écologie-Habitat

On le rencontre souvent dans le maquis méditerranéen qui semble être le milieu qui convient le mieux à ce papillon. Il vit dans les broussailles, de préférence clairsemées et avec de grands espaces ouverts. Il aime les endroits ensoleillés et relativement secs. On le rencontre jusqu’à 1600/1700 m d’altitude mais comme c’est un papillon qui se déplace sans cesse et dont le vol est vigoureux on peut accidentellement le trouver aussi à des altitudes bien supérieures. Des observations ont été faites jusqu’à 3000 m.

Morphologie

Le Citron de Provence est un papillon d’assez grande taille dont l’envergure alaire peut atteindre 65 mm. Chez le mâle le dessus des ailes a une belle couleur jaune soufre et comporte une grande tache de couleur orange vif qui recouvre presque en totalité l’aile antérieure alors que l’aile postérieure porte une petite tache ronde et claire de la même teinte. Sur le verso de l’aile antérieure la couleur orange n’est pas visible sauf à contre-jour. Le mâle porte sur les deux ailes,en partie centrale, deux taches toujours de couleur orange. La partie supérieure des ailes de la femelle est, quant à elle, de couleur jaune blanchâtre. La partie basale de son aile inférieure comporte une bande très peu marquée et aux contours imprécis alors que la partie centrale des deux ailes porte un petit point émoussé de couleur orange.

Gonepteryx cleopatra, Pieridae

Les ailes repliées c’est la transparence qui indique le sexe et donc l’espèce si c’est un mâle © Gianfranco Colombo

Le verso des ailes est de la même couleur que celle du dessus avec une teinte verdâtre diffuse plus marquée sur toutes les surfaces.

Les ailes du Citron de Provence comportent des angles à leurs extrémités inférieures et ces échancrures créent une petite ébauche de queue. Le tout est beaucoup moins marqué que ce que l’on observe chez la Gonepteryx rhamni.

La nervure forte et saillante que ce papillon présente sur le dos des ailes ressemble beaucoup à celle des feuilles sur lesquelles il se pose quand il est au repos ou en période de diapause. On suppose donc que cela s’explique par une stratégie mimétique naturelle.

Le corps est chez les deux sexes de couleur noirâtre et recouvert d’une épaisse pilosité de couleur jaune verdâtre. Les antennes, de couleur foncée, sont relativement courtes, très robustes et clavées à leur extrémité.

Biologie reproductive

Le Citron de Provence est un papillon monovoltin dans la partie de son aire de distribution située le plus au Nord alors qu’il est habituellement bivoltin dans les régions les plus chaudes.

Comme cela a été dit il hiverne à l’état d’imago et se met à l’abri pendant la mauvaise saison dans les arbustes sempervirents accolés aux arbres ou aux rochers, dans les crevasses et les trous mais aussi dans les feuilles sèches tombées au sol. Ses chances de survie à l’hiver sont bonnes en raison également du fait qu’il vit dans un zone plus méridionale que son congénère, le Citron.

Il pond ses œufs quelques jours après l’envol printanier en général sur les feuilles d’alaterne ou d’autres plantes-hôtes. Il pond généralement un seul œuf à chaque endroit mais parfois aussi des grappes d’œufs, celles-ci n’étant toutefois jamais très nombreuses. Les œufs, de couleur blanche, sont pointus, tournés vers le haut  et disposés perpendiculairement  à la feuille. La génération de l’été, quand elle se produit, survient au mois de juillet et se traduit par un envol tardif au mois de septembre. La chenille, lorsqu’elle est petite, reste cachée sur la face inférieure de la feuille et mange seulement la couche cutanée sans laisser de trace de sa présence sur la face supérieure alors que, quand elle est adulte, elle se place bien en évidence sur la feuille le long de la nervure principale, la tête légèrement cambrée vers le haut. Elle est de couleur verdâtre et porte une bande plus claire de chaque côté. Elle atteint la maturité au bout d’environ 4 semaines.

La chrysalide, d’abord verte puis jaunâtre, est reliée solidement par un fil de soie aux rameaux de la plante-hôte ou accrochée sous une feuille. Quelques jours avant l’éclosion on devine aisément à travers la cuticule desséchée la couleur orange des ailes antérieures qui seront au moment de l’envol, la caractéristique spécifique du papillon. La chrysalide s’ouvre au bout d’environ trois semaines. Les plantes-hôtes appartiennent au genre Rhamnus.

Synonymes

Gonepteryx europea Verity, 1913.

 

→ Pour des notions générales sur les Lepidoptera voir ici.

→ Pour apprécier la biodiversité des PAPILLONS cliquez ici.

error: Content is protected !!