Ourebia ourebi

Famille : Bovidae

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Texte © Dr. Gianni Olivo

 

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Traduction en français par Michel Olivié

 

Le nom “Ourébi” vient probablement d’un mot de la langue des Hottentots qui veut dire antilope naine, sans doute parce que les premières descriptions de cette petite antilope qui est également présente en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest ont été effectuées dans la région du Cap.

L’Ourébi (Ourebia ourebi Zimmermann, 1783, famille des Bovidae) appartient au groupe d’espèces, toutes de petites dimensions, qui est désigné sous le nom de “tribu” des Néotraginés, et qui comprend, en plus des Néotragues ou antilopes pygmées ( Neotragus pygmaeus ou antilope royale,  Neotragus moschatus ou Suni et Neotragus batesi ou antilope pygmée de Bates), les trois espèces de Raciphères ou Grysboks, le Klipspringer (Oreotragus oreotragus), le Beira (Dorcatragus megalotis) et enfin les différents Dik-diks (Madoqua).

Morphophysiologie

De toutes les espèces citées ci-dessus l’Ourébi est, ainsi que le Klipspringer, celle qui ressemble le plus à première vue à une “gazelle” en raison de son allure très gracieuse et bien proportionnée, de ses longues pattes et de la minceur de sa silhouette qui laissent deviner son agilité et sa rapidité. En effet si l’on établit un parallèle entre son poids modeste ( de 10 à 20 kg pour le mâle et de 7 à 14 kg pour la femelle) et sa taille (jusqu’à près de 70 cm pour le mâle et 60 cm pour la femelle) celui-ci laisse nettement entrevoir l’agilité de cet animal. Son corps, bien qu’il s’agisse d’une antilope des espaces ouverts qui par conséquent se fie souvent à la course pour se soustraire à un danger, présente quelque analogie avec certaines antilopes “penchées” (céphalophes, bushbucks, etc…) ou avec notre chevreuil avec son arrière-train légèrement plus développé que son avant-train. Le profil du dos, de plus, est légèrement plus haut côté arrière. Les pattes sont longues et minces. Il en est de même du cou tandis que la queue est relativement courte mais”potelée”. Les oreilles sont grandes mais pas autant que celles du steenbock,  moins arrondies et ont tendance à former une sorte d’ellipse allongée. La tête du mâle est ornée de deux cornes droites et pointues, longues de 7 à 20 cm et annelées en général seulement à leur base.

Sa couleur présente des variations importantes suivant la zone géographique. En général elle tend vers une teinte rougeâtre ou le marron clair, voire une teinte jaunâtre. Les régions du ventre et l’intérieur des cuisses et des pattes sont blancs. Le miroir anal est blanc également, ce qui  contraste avec la couleur noire de la queue. Il existe d’autre part une fine ligne blanche sur l’oeil. Le menton est lui aussi d’un blanc pur. Un élément utile de reconnaissance est constitué par la tache foncée caractéristique et très nette qui est située sous l’oreille et qui saute tout de suite aux yeux de l’observateur. La couleur rouge des narines est parfois aussi bien visible. La queue, comme on l’a indiqué, est noire et contraste fortement avec la couleur blanche du miroir anal. Cela étant elle peut servir de signal signifiant “suis-moi” à l’intention surtout du petit ou du mâle dans le cas d’un couple. En cas de fuite, en effet, la femelle part en général devant et le mâle la suit.

Il existe chez les mâles de grandes glandes opérationnelles pré-orbitales alors qu’elles sont peu visibles chez les femelles où elles peuvent subsister à l’état de vestige. À la hauteur des taches foncées présentes à la base des oreilles il y a des glandes qui peuvent répandre dans l’air des particules odorantes tandis que d’autres glandes sont situées au niveau du pied (glandes carpiennes) et des plis de l’aine.

Zoogéographie

L’Ourébi est présent en Afrique subsaharienne dans une large bande qui va du Sénégal à la partie Sud du Soudan et à une partie de l’Éthiopie en passant par la République centrafricaine et le Cameroun mais en excluant la Corne de l’Afrique. On le trouve ensuite en Tanzanie, en Zambie, au Zimbabwe, dans une partie du Mozambique, en Angola et en Afrique du Sud.

Habitat-Écologie

Son habitat caractéristique est la savane herbeuse ouverte mais de préférence en mosaïque avec des zones de broussailles épaisses qui offrent un abri en cas de danger. Il évite les prairies aux herbes hautes qui réduiraient son champ de vision. À la saison sèche il est le premier herbivore à faire son apparition à un endroit où se sont produits des feux de savane. Ceux-ci s’avèrent être un phénomène naturel très utile parce qu’aussitôt après le passage du feu une herbe très verte et extrêmement nourrissante naît depuis les cendres.

L’Ourébi en profite largement quand les “repousses” d’herbe sont encore trop petites pour suffire aux grandes antilopes “grazers” et aux buffles. Au sujet des “grazers”, c’est-à-dire des herbivores qui broutent l’herbe, par opposition aux “browsers” qui prélèvent les feuilles, les fruits, les baies et les rameaux sur les plantes et les buissons, il est intéressant de noter que l’Ourébi est le seul néotraginé qui soit essentiellement un “grazer”. J’ai dit “essentiellement” à dessein parce qu’en effet l’Ourébi peut lui aussi passer au “browsing” surtout à la saison sèche où il tire parti des feuilles sempervirentes de broussailles et de plantes basses en plus de l’herbe générée par le passage des feux de savane.

Quand c’est possible cette antilope privilégie les zones très humides où elle peut trouver de l’herbe verte même pendant les périodes les plus sèches. C’est une antilope qui n’est relativement pas dépendante de l’eau, vu qu’elle peut l’extraire de sa nourriture, mais qui boit bien évidemment. Elle colonise souvent également les prairies de montagne car elles aussi présentent souvent une mosaïque d’étendues herbeuses entrecoupées de buissons et de ravins qui offrent de la nourriture et un abri.

Ourebia ourebi, Bovidae, Ourébi

L’Ourebia ourebi est une petite antilope qui rappelle les gazelles © Giuseppe Mazza

La densité de population atteint son maximum là où se trouvent de grandes concentrations de grands herbivores, tels que des buffles, des hippopotames, des zèbres et aussi du bétail domestique, qui contribuent à maintenir le niveau de l’herbe suffisamment bas pour assurer la sécurité et la visibilité aux ourébis, sans compter le fait qu’ils peuvent tirer profit des signaux d’alerte qui sont propagés par de nombreux autres herbivores au cas où un prédateur s’approcherait. Le petit, en revanche, se fie à l’immobilité et à son invisibilité parmi les herbes ou dans un buisson.

La défense contre les prédateurs consiste en général en une fuite rapide accompagnée de brusques écarts visant à désorienter le poursuivant et de bonds à une grande hauteur destinés à mieux voir ce qui se cache dans l’herbe. Elle est  souvent précédée d’un sifflement d’alerte. La vitesse atteinte est importante et de l’ordre de 50 km/h.

D’ordinaire, après 200 ou 250 m, l’animal s’arrête et se retourne pour effectuer un contrôle des lieux. Au besoin il se remet à courir s’il se rend compte que son ennemi n’a pas renoncé.

L’Ourébi est un animal territorial. Les mâles ont tendance à s’approprier un territoire qu’ils partagent  avec une, deux ou trois femelles et qui est souvent très vaste en comparaison de la taille modeste de cette antilope et peut même atteindre plus d’un kilomètre carré. Une caractéristique que l’on peut observer surtout après les feux de savane est sa tendance à constituer des groupes, toutefois très instables et sans aucun lien. Les feux de brousse présentent pour l’Ourébi des aspects positifs (par exemple les herbes tendres) mais aussi négatifs ( les buissons épais qu’il utilise pour se cacher sont dépouillés de leurs feuilles et brûlés). Aussi, dans ces cas-là, comme cette antilope est un animal qui peut compter sur une fuite rapide, sa distance de fuite augmente fortement et, de plus, le fait d’être associé à d’autres commensaux veut dire plus d’yeux et plus d’oreilles et garantit donc une plus grande sécurité. Toutefois la fragilité de cette supposée association apparaît nettement quand un danger survient : chacun pour soi et Dieu pour tous, comme dit le proverbe, et on verra alors les différents individus s’élancer dans toutes les directions.

Le comportement sexuel semble presque être le maillon constituant le lien entre la monogamie et la polygynie. Le lien du couple est moins étroit que celui que l’on observe chez le Klipspringer ou les dik-diks mais un peu plus que celui du Steenbock (Racipherus campestris). Au cours de toutes mes observations des Klipspringers le mâle et la femelle ont tendance à rester très proches alors que dans le cas de l’Ourébi les deux conjoints sont relativement éloignés l’un de l’autre mais cela pourrait aussi être dû à un autre facteur : l’extension du territoire et donc le temps consacré à le contrôler et à le défendre et aussi le soin avec lequel le mâle inspecte sa propriété en marquant chaque endroit où il passe pour signifier qu’il est extrêmement occupé, un peu comme ces maris que leurs femmes ne voient jamais parce qu’ils effectuent toujours des déplacements professionnels.

Néanmoins le couple ( ou …le ménage à trois s’il y a deux femelles) reste en contact grâce à la surabondance de marqueurs odorants dont il dispose,  un peu comme s’il possédait une version olfactive du téléphone portable. Le mâle, en particulier, frotte ses glandes pré-orbitales sur les arbustes et les tiges des plantes situés sur tout le périmètre de son territoire, souvent à quelques mètres de distance.

Les signaux sonores consistent en des sifflements flûtés, faibles et brefs, répétés un petit nombre de fois, qui maintiennent également le contact entre les membres du petit groupe “familial” alors qu’un sifflement plus sonore et plus “dur” est un signal d’alerte. Un troisième mode de communication, le plus typique peut-être, est la “danse des crottes”. La femelle abaisse son arrière-train pour uriner ou déféquer ce qui constitue  un mode d’appel visible par le mâle. Celui-ci accourt en général et se livre à la danse des déjections qui est typique de cette espèce. Le rite commence par un flairage de la zone génitale de la femelle puis le mâle s’éloigne de quelques mètres et se met à marquer les tiges des herbes avec ses glandes pré-orbitales. Ensuite il renifle les excréments ou l’urine de sa compagne et les “piochent” énergiquement avec la patte avant de déposer à son tour ses propres excréments à côté de ceux de la femelle ou d’uriner au même endroit. En réalité, chez d’autres espèces de Néotraginés aussi la femelle s’accroupit de façon bien visible pour déféquer et uriner, en signe d’appel, et le mâle lui aussi défèque et urine (avant ou après la femelle) mais le “piochage” et le “marquage” associés à ce comportement sont uniquement propres à l’Ourébi.

La territorialité se manifeste aussi chez la femelle qui, plus que chez d’autres espèces, défend vigoureusement son territoire contre d’autres antilopes du même sexe mais pas seulement : le lien femelle/territoire est si fort que même si le mâle meurt la femelle reste au même endroit toute sa vie et le mâle souvent est alors remplacé par un “étranger” qui s’installe au “poste” de mâle laissé vacant. Les fils sont chassés par le mâle lorsqu’ils atteignent ce que l’on pourrait appeler l’adolescence et que le chef de famille se rend compte qu’ils pourraient devenir des rivaux potentiels. Si le jeune n’accepte pas de s’en aller il est parfois tué ou grièvement blessé par les cornes pointues du mâle.

L’activité de l’Ourébi est essentiellement diurne mais au moins en quelques occasions dont une fois en Tanzanie et une autre fois en Afrique centrale j’ai rencontré des ourébis qui étaient en train de paître la nuit. Il est par ailleurs admis couramment qu’il y a encore beaucoup à découvrir dans la vie secrète de cet animal.

Il est amusant d’observer le comportement de deux mâles dont les territoires sont frontaliers quand ils se rencontrent à leur … frontière. Tous deux adoptent une attitude menaçante qui consiste à se tenir droits, le dos arqué, le cou baissé, les cornes dressées à la verticale et la queue soulevée. L’un et l’autre s’échinent à marquer comme des forcenés tout ce qui est à leur portée puis ils se retirent sur leurs bases arrière respectives après avoir déployé toute leur panoplie. Si l’un d’eux toutefois ou si un étranger ose franchir la frontière le propriétaire adopte la même attitude menaçante mais en s’avançant vers l’ennemi ce qui peut constituer le prélude à une attaque sérieuse. Les combats à mort sont rares parce que le moins fort (ou le moins motivé, habituellement l’envahisseur) s’enfuit en général mais ils peuvent se produire ce qui entraîne d’ordinaire de graves blessures ou la mort d’un combattant (la corne pointue pénètre aisément dans la cavité abdominale et si la blessure n’est pas immédiatement mortelle elle cause en peu de temps la mort par suite d’une péritonite ou d’une hémorragie interne).

Biologie reproductive

L’Ourébi ne semble pas connaître une véritable saisonnalité. Les pics de naissance se produisent pendant la saison des pluies et par conséquent entre octobre et décembre en Afrique australe et de mai à juillet en Afrique centrale. La femelle devient sexuellement mature avant l’âge d’un an  et le mâle vers son quinzième mois d’existence. La gestation est longue pour un animal aussi petit : environ 7 mois.

Après la naissance le petit reste caché pendant au moins un mois et c’est seulement vers l’âge de 3 mois qu’il suit sa mère dans tous ses déplacements. Ensuite, passé l’âge d’un an, il est en général mis à la porte par son père avant qu’il puisse commencer à devenir un rival potentiel. S’il ne consent pas à s’en aller de son plein gré il y est souvent contraint par la manière forte et parfois tué : cela pourrait ne pas plaire à certains vu le fait qu’il s’est répandu aujourd’hui un certain animalisme  qui tend à considérer tous les animaux comme des êtres bons et gentils mais en réalité il s’agit, non pas certes de cruauté, mais de l’ instinct et de l’obéissance à une loi de la Nature dont les règles semblent parfois impitoyables mais qui ont toujours pour but la conservation de l’espèce.

Noms communs : Oribi (anglais, espagnol, italien), Oortbietjie (afrikaans), Bleichböckchen, Oribi (allemand), Iwula (amawula au pluriel) (isiZulu), Giabaré (Cameroun), Taya (swahili).

 

 

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