Silurus glanis

Famille : Siluridae


Texte © Sebastiano Guido

 

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Traduction en français par Serge Forestier

 

Le Silure glane (Silurus glanis) peut atteindre les 80 ans avec des tailles record de 5 m et 300 kg © Giuseppe Mazza

Le Silure glane (Silurus glanis) peut atteindre les 80 ans avec des tailles record de 5 m et 300 kg © Giuseppe Mazza

Le Silure glane (Silurus glanis Linnaeus 1758) est un poisson d’eau douce appartenant à la classe des Actinopterygii, les poissons aux nageoires soutenues par des rayons, à l’ordre des Siluriformes, et à la famille des Siluridae, privés de rayons rigides dans la dorsale et dépourvus de nageoire adipeuse et qui présentent de petites ventrales (parfois manquantes) et une très longue nageoire anale.

Un ensemble de barbillons allongés, présents sur les deux mâchoires, complète les caractéristiques des Siluridae.

Le nom de genre vient du latin « silurus », qui avait la même signification que le nom italien actuel désignant ce gros poisson d’eau douce. Le nom d’espèce « glanis » a probablement une origine étrusque et signifie, dans cette langue, de « rivière boueuse ».

Mostro viscido senza squame con 2 smisurati barbigli accanto agli occhi ed altri sul mento che completano la gamma dei sensori © Giuseppe Mazza

Monstre visqueux sans écailles à deux barbillons démesurés près des yeux et d’autres sur le menton complétant la gamme des capteurs © Giuseppe Mazza

Zoogéographie

D’origine danubienne probable, ce poisson s’est répandu dans presque tous les fleuves et lacs européens, souvent introduit par l’homme, ainsi que dans les bassins de la mer Caspienne et de la mer d’Aral, colonisant également l’Anatolie, le sud des pays Baltes et même des régions de Grande-Bretagne et d’Espagne. En Italie, il a été introduit depuis une cinquantaine d’années et il a maintenant colonisé presque toutes les eaux du bassin padan et les fleuves Arno et Tibre. De nouveaux signalements continuent de se produire car son aire de répartition s’étend progressivement.

 Écologie-Habitat

Silurus glanis vit dans tous les cours d’eau aux courants modérés et dans les lacs et les canaux artificiels, préférant les fonds pas trop profonds, riches en crevasses ou abris d’autres sortes, où il passe la journée dans un état semi-léthargique.

Bouche énorme, lèvres charnues et mâchoires puissantes aux dents minuscules qui ne pardonnent pas à ceux qui sont aspirés © Giuseppe Mazza

Bouche énorme, lèvres charnues et mâchoires puissantes aux dents minuscules qui ne pardonnent pas à ceux qui sont aspirés © Giuseppe Mazza

Avec les premières ténèbres, il sort de cette apathie et commence sa recherche méticuleuse. Il fouille chaque crevasse et cachette parmi les algues avec ses longs barbillons supérieurs que, comme des canes blanches d’aveugle, il fait osciller pour sonder les environs. Il nage lentement, ondulant la longue nageoire anale qui garnit son corps du ventre à la queue, mais il est capable de plonger soudainement quand il est indigné par un plongeur importun ou s’il doit attraper une proie.

Morphophysiologie

La longueur maximale enregistrée est de cinq mètres, mais les spécimens que l’on trouve actuellement en Italie ne dépassent guère les deux mètres, notamment parce que les spécimens les plus gros sont les plus vieux et qu’ils peuvent atteindre un âge de 80 ans ; visiblement ceux présents en Italie devront croître encore pendant quelques décennies avant d’atteindre des dimensions record.

Les silures passent la journée dans des abris impénétrables et chassent la nuit : amphibiens et poissons dans leur jeunesse, mais aussi petits mammifères et oiseaux aquatiques © Giuseppe Mazza

Les silures passent la journée dans des abris cachés et chassent la nuit : amphibiens et poissons dans leur jeunesse, mais aussi petits mammifères et oiseaux aquatiques © Giuseppe Mazza

L’autre facteur limitant la croissance est la quantité de nourriture. Les eaux intérieures italiennes sont très appauvries et cette pénurie ne favorise certes pas des dimensions importantes.

Le profil du poisson peut rappeler un poignard néolithique avec une poignée massive et une longue lame (tout en remarquant qu’à cette époque les lames étaient courtes). La partie antérieure est robuste et presque aplatie sur la tête. Le plus frappant sont les impressionnants barbillons, dont la longueur est approximativement deux fois celle de la tête, et qui sortent latéralement en face des yeux. En-dessous d’eux, une grande bouche aux lèvres charnues et des mâchoires puissantes aux dents minuscules, qui ne pardonnent pas à ceux qui sont aspirés.

Celui-ci a repéré une perche qui finira probablement mal © Sebastiano Guido

Celui-ci a repéré une perche qui finira probablement mal © Sebastiano Guido

Sur les côtés extérieurs du menton, deux autres paires de barbillons complètent la gamme de capteurs. Deux petits yeux, à la pupille circulaire, se distinguent latéralement au-dessus des marges buccales.

Les autres « accessoires » sont minuscules en proportion : deux nageoires pectorales peu dignes de la taille du poisson, deux petites nageoires pelviennes et une courte dorsale, parfois dressée pour servir de pivot dans un virage.

La nageoire anale qui accompagne plus de la moitié de la longueur du poisson sert de lame imaginaire au « poignard » long et effilé du corps. La nageoire caudale est également peu développée.

La couleur est gris foncé sur le dos et descend sur les hanches avec une marbrure dans laquelle les clairs et les obscurs se mêlent irrégulièrement, jusqu’à finir en un ventre blanc terne.

Selon l’habitat, la teinte peut varier, ajoutant des nuances plus ou moins accentuées, tendant vers le vert et le jaune.

Le ventre clair est la zone des surprises : rarement dégonflé, il présente souvent des protubérances qui en disent long sur l’appétit du poisson. La peau est lisse, dépourvue d’écailles et recouverte d’un mucus glissant.

 Éthologie-Biologie reproductive

Introduit en Italie et dans de nombreuses parties de l’Europe à des fins ludiques, pour procurer de grandes satisfactions aux pêcheurs amateurs, il n’a pas fallu longtemps, avec la complicité de l’homme, pour qu’il fasse tache d’huile. On le trouve caché sous de nombreuses embarcations coulées ou dans du bois (des tas de fagots immergés dans l’eau pour favoriser la reproduction et la croissance des poissons), dans les anfractuosités de rochers, les enchevêtrements impénétrables de longues algues et dans tous les lieux, boueux compris, pouvant offrir un refuge diurne sûr. La nuit, il erre en vagabondant et en plongeant sa grosse tête sur les proies que ses longs barbillons, toujours occupés, ont révélées. Celui qui finit entre ses lèvres n’a pas d’échappatoire. Les perches et les gobies dressent en vain leurs épines pointues sur leur dos. Serrant avec force les mâchoires, il étouffe progressivement la victime en fermant ses branchies tandis, qu’en même temps, il les retourne afin que les épines ne s’opposent pas au chemin menant à l’estomac.

Au fur et à mesure qu’il grandit, la taille de la proie augmente également. En plus de leur régime alimentaire habituel fait de poissons et d’amphibiens, les spécimens les plus gros capturent également de petits mammifères et des oiseaux aquatiques. À la rencontre de l’homme il se montre indifférent bien que, lorsque le rapprochement est excessif, avec un virage foudroyant, il prend la fuite.

Un sursaut, un nuage de poussière, et ceci aussi est saisi sans aucune chance. D'origine danubienne probable, le silure s'est propagé, grâce à l'homme, dans presque tous les fleuves et lacs européens avec de graves dégâts aux espèces locales. La chair est bonne même si, à cause de la pollution, avant de la manger il faudrait analyser l'eau © Sebastiano Guido

Un sursaut, un nuage de poussière, et ceci aussi est saisi sans aucune chance. D’origine danubienne probable, le silure s’est propagé, grâce à l’homme, dans presque tous les fleuves et lacs européens avec de graves dégâts aux espèces locales. La chair est bonne même si, à cause de la pollution, avant de la manger il faudrait analyser l’eau © Sebastiano Guido

Étant un gros mangeur, qui consomme chaque jour près de 2 % de son propre poids, et trouvant de nouveaux environnements où bien peu d’ennemis naturels ont été introduits (seulement les grands brochets et les sandres), il se révèle être un véritable fléau, au point que dans certaines régions, sa pêche subaquatique est autorisée y compris avec un appareil respiratoire autonome.

Dans d’autres endroits, il est interdit, cependant, aux pêcheurs qui le tirent au sec de le remettre à l’eau. Par ailleurs, sa chair est bonne bien que, en raison de la pollution, avant de le manger il soit préférable de consulter les services vétérinaires.

Dans les pays d’origine, outre sa chair consommée fraiche ou fumée, sa peau est utilisée pour la production de colle et dans l’industrie du cuir.

Ce jeune albinos semble sourire d'un air débonnaire. La nageoire anale, très longue, rend le corps semblable à une lame ondulante entre les 6 barbillons aplatis © Giuseppe Mazza

Ce jeune albinos semble sourire d’un air débonnaire. La nageoire anale, très longue, rend le corps semblable à une lame ondulante entre les 6 barbillons aplatis © G. Mazza

Lorsque la température de l’eau dépasse les 20 °C, les mâles creusent de petites cuvettes qui seront recouvertes d’algues et de brindilles où les œufs seront déposés. Après la fécondation, ils les défendront et les ventileront de temps à autre jusqu’à l’éclosion. Celle-ci peut survenir de deux à dix jours après la ponte, en fonction de la température de l’eau. On estime que le nombre d’œufs tourne autour de 30 000 par kilogramme de poids de la mère. Les nouveau-nés resteront dans le nid jusqu’à ce qu’ils aient absorbé complètement le sac vitellin et ils atteignent la maturité sexuelle en l’espace de deux ou trois ans.

Synonymes

Siluris glanis Linnaeus, 1758;  Silurus silurus Wulff, 1765;  Silurus glanis aralensis Kessler, 1872.

 

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