Sylvia atricapilla

Famille : Sylviidae

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Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

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Traduction en français par Catherine Collin

 

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

En printemps-été le mâle Fauvette à tête noire délimite un petit territoire de sa voix de stentor flûtée © G. Colombo

Parmi tous les petits oiseaux qui fréquentent nos jardins et nos campagnes la Fauvette à tête noire est sans aucun doute l’un des plus communs et des plus connus.

Il n’est pas de tradition qui ne la cite, de folklore qui ne la rappelle, de récit qui ne la mentionne et de musique qui ne l’imite.

Au fil des millénaires, depuis que la connaissance humaine a vaincu notre ignorance primitive, ce petit oiseau, en compagnie d’autres qui montraient des caractéristiques plus intéressantes que les autres, a su attiser la curiosité de l’homme.

Sa popularité est peut-être due à son omniprésence ou à la simultanéité de son chant avec l’arrivée de l’été ou encore à sa discrétion mais sans aucun doute ce qui frappe le plus chez cet oiseau c’est sa voix de stentor flutée.

Mais dans ce cas aussi on est face à une contradiction. Pourquoi, plutôt que de lui choisir un nom en rapport avec ce chant si agréable à notre oreille, avoir simplement voulu l’appeler Fauvette à tête noire, nom ne s’inspirant que de cette particularité de sa livrée.

En effet, cet oiseau ne montre aucune caractéristique morphologique qui aurait pu le rendre célèbre, par exemple sa beauté ou la forme particulière de son corps, si ce n’est ce petit signe distinctif ressortant sur sa livrée insignifiante : sa calotte noire.

En outre, peut-être inconsciemment, teintant ce choix de machisme, on lui a donné un nom de genre féminin mais en faisant référence à une caractéristique concernant le mâle, alors qu’aurait pu lui être donné le nom de Fauvette à tête rousse puisque c’est la couleur de la calotte de la femelle.

En fait, dans toutes les langues euro-asiatiques, à quelques exceptions près, son nom commun reflète cette même caractéristique déjà indiquée dans le nom scientifique, faisant ressortir la couleur noire de la calotte du mâle plutôt que celle, noisette, de la femelle.

La Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla (Linnaeus, 1758) appartient à l’ordre Passeriformes et à la famille Sylviidae même si dans des temps anciens on l’a souvent vue classée comme appartenant à la famille Turdidae ou à la famille Muscicapidae.

Le binôme scientifique montre une origine latine pour les deux noms: Sylvia de “sylvia” = petit elfe des bois et atricapilla de “ater” = noir et “capillum” = chapeau.

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

Les femelles arrivent un peu plus tard sur les sites de nidification montrant leurs calottes noisette. Cette calotte est typiquement noire chez les mâles © Gianfranco Colombo

Ses noms communs internationaux sont: en anglais Blackcap, en allemand Mönchsgrasmücke, en espagnol Curruca Capirotada, en italien Capinera, en portugais  Toutinegra de barrette preto et en japonais un divertissant Zuguromushikui.

Zoogéographie

La Fauvette à tête noire a une aire de répartition étendue et variée qui comprend pratiquement toute l’Europe à l’exception des aires les plus septentrionales, l’Asie jusqu’au sud-ouest de la Sibérie, s’étendant au Sud de la Turquie jusqu’au Caucase, tout le bassin méditerranéen des côtes africaines au Moyen-Orient et les îles de l’Atlantique de Macaronésie puis, en suivant la côte Ouest de l’Atlantique, s’étend jusqu’au Cap Vert.

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

Femelle curieuse à côté d’un plan d’eau © Pierandrea Brichetti

C’est une espèce sédentaire ou partiellement résidente dans les secteurs méridionaux de son aire alors qu’elle est migratrice en ce qui concerne les populations qui vivent plus au Nord.

L’aire méditerranéenne et l’Afrique subsaharienne sont concernées par la migration de ses populations qui s’y concentrent à la mauvaise saison pour éviter les rigueurs de l’hiver sous des latitudes plus élevées.

Les populations d’Asie Centrale rejoignent les pays d’Afrique de l’Est jusqu’à la Tanzanie.

Pour la Fauvette à tête noire comme pour d’autres espèces migratrices comme la Cigogne blanche, il existe une ligne imaginaire qui traverse l’Europe continentale et qui sépare le flux migratoire occidental qui concerne la péninsule ibérique de celui de l’Est dirigé vers le Bosphore.

Une ligne longitudinale traversant le continent européen, allant approximativement du Danemark au lac de Garde.

En Europe, on assiste maintenant à une sédentarité plus marquée durant l’hiver, due aux changements intervenus dans nos climats tempérés lors des dernières décennies.

Certaines populations du Centre de l’Europe et de la Scandinavie, fortes de la capacité que montre cette espèce à totalement changer son régime alimentaire, passant d’insectivore à frugivore, choisissent de plus en plus souvent comme quartiers d’hiver les Iles britanniques, vivant pratiquement dans les jardins et les parcs publics où elles trouvent des baies et d’autres aliments en suffisance pour passer l’hiver.

Les fauvettes à tête noire qui migrent abandonnent les aires de nidification dès le mois d’août et commencent le voyage de retour dès la fin du mois de mars.

La population mondiale est très importante, estimée à environ 150 millions d’individus (BirdLifeInternational).

Écologie et Habitat

Comme tous les sylvidés, la Fauvette à tête noire montre elle aussi une grande prédisposition à accepter de vivre dans les milieux les plus divers.

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

Elle a vu, non loin, deux mâles occupés au bain et s’approche. L’un deux lui montrera peut-être le nid qu’il a préparé pour les noces © Pierandrea Brichetti

C’est par nature un oiseau de sous-bois et d’arbustes, de ronciers et de petits arbres denses dont les ramifications atteignent le sol mais qui ne dédaigne pas les bords de fossés dans des aires densément cultivées, les tiges emmêlées au sol et les enchevêtrements de sureaux adossés à de vieilles habitations rurales.

On la rencontre souvent dans les jardins en ville, y compris les petits mais dotés de plantes et d’arbustes lui permettant de se cacher durant la journée et de trouver un endroit où bâtir son nid.

En automne et en hiver elle est attirée par les baies et les fruits de toutes sortes, baies de sureaux ou de la Phytolaque, figues ou kakis, sans oublier quelques miettes de gâteau ou restes de pommes lorsqu’elle visite les mangeoires installées par les jardiniers pour nourrir d’autres petits passereaux.

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

Le nid est une plateforme d’apparence irrégulière et décousue mais garnie de brins d’herbes sèches liés aux petits rameaux. Il est instable et fragile, mais en même temps sûr et flexible avec une coupe moelleuse au milieu. 4 ou 5 œufs crème y sont pondus, souvent saupoudrés de rose et pointillés de taches rougeâtres © Museo Civico di Lentate sul Seveso

Morpho-physiologie

La livrée de la Fauvette à tête noire n’est pas particulièrement variée et colorée et paraîtrait même plutôt terne et uniforme s’il n’y avait pour l’égayer la calotte noire chez le mâle et plutôt noisette chez la femelle. Chez le mâle comme chez la femelle la livrée est grisâtre sur le manteau et les rémiges alors que la partie inférieure du corps est plus claire, plutôt cendrée.

Les jeunes, dans leur livrée d’immatures, montrent une tête ambrée mais, en se livrant à un examen plus approfondi uniquement possible si l’on a l’individu en main, on peut voir sous la calotte noisette les premiers signes des plumes noires à venir.

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

L’incubation est principalement effectuée par la femelle pour une durée d’environ 15 jours, alors que la couvée implorant de la nourriture est nourrie par les deux parents © Museo Civico di Lentate sul Seveso

La Fauvette à tête noire est un sylviidé de forte conformation même si sa longue queue, ses pattes minces, et l’irrésistible agitation qu’elle montre en mouvement lui donnent une apparente finesse et un semblant de légèreté naturelle.

Cette attitude se manifeste clairement quand elle saute dans les buissons de ronces les plus épais, esquivant avec une grande dextérité épines et enchevêtrements de brindilles qui rendent ces buissons quasiment impénétrables.

Le bec grisâtre est robuste mais en même temps fin et pointu, typique des oiseaux insectivores mais il peut aussi, à l’automne, se transformer en un outil très maniable capable de détacher, afin de les avaler, les grosses baies de phylothaques.

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

Pendant 10 jours, jusqu’à l’envol des petits, la femelle et le mâle ne cessent de chercher des insectes pour les nourrir, puis ils les surveillent pendant une courte période © Alvaro Dellera

Bien qu’elle compte parmi les plus gros sylviidés, la Fauvette à tête noire est assez petite. Elle ne fait que 15 cm de long pour un poids de 20 g et une envergure d’environ 25 cm.

Son aire de répartition étant assez vaste, on a identifié quelques sous-espèces spécifiques à certaines aires bien définies montrant des nuances dans le plumage légèrement différent de l’holotype bien que difficiles à remarquer sur le terrain. Sylvia atricapilla atricapilla, typique d’Europe continentale et de la bande septentrionale asiatique, Sylvia atricapilla dammholzi de la bande méridionale asiatique, Sylvia atricapilla gularis des Açores et du Cap Vert, Sylvia atricapilla heineken des îles Canaries, Madère et des côtes ouest de l’Afrique, Sylvia atricapilla pauluccii, de l’aire méditerranéenne.

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

Ce juvénile a appris comment manger les figues. Au début il est assez difficile de dire s’il s’agit d’un mâle ou d’une femelle, à moins de soulever à la main les plumes de la calotte pour voir dessous si pointent des plumes noires © Gianfranco Colombo

Éthologie et Biologie reproductive

Le mâle de la Fauvette à tête noire précède de quelques jours l’arrivée et l’installation de la femelle sur le territoire de nidification, juste le temps de conquérir une aire disponible et adaptée à ses exigences, après bien sûr, avoir signalé sa présence de sa voix de stentor et éloigné les nombreux prétendants.

Le territoire conquis est assez réduit et ne se trouve souvent qu’à quelques dizaines de mètres de celui de l’adversaire qui, comme son voisin continue, imperturbable, de crier aux quatre vents la possession de son territoire.

Au printemps et en été tous les bosquets résonnent des mélodies incessantes de ces petits oiseaux qui, inlassablement et tout au long de la journée, signalent et défendent leur propriété avec toute une série de gazouillis, bavardages, vocalises, cliquetis et sifflements stridents, qui font du chant de ces oiseaux l’un des plus mélodieux de nos bois.

Un chant aux mêmes nuances que celui du fameux Rossignol Philomèle (Luscinia megarhynchos), très semblable aussi à celui de la Fauvette des jardins (Sylvia borin) et que l’on peut confondre avec celui de la Fauvette grisette (Sylvia communis) mais unique dans sa fréquence et sa persistance.

Son tac-tac d’alarme, agité et étouffé, émis depuis l’épaisseur des buissons quand un prédateur s’introduit sur son territoire, est très caractéristique.

La Fauvette à tête noire est très discrète mais sociable et courageuse, elle s’avance à quelques mètres de quiconque s’approche mais reste toujours à couvert, ce qui la rend pratiquement invisible.

Elle installe son nid dans de bas buissons, dans d’épais ronciers ou camouflé dans une plante grimpante à faible hauteur du sol. Le mâle, monogame pour la saison de reproduction, dès qu’il occupe un territoire, bâtit plusieurs nids afin que la femelle choisisse le mieux adapté pour y pondre ses œufs. Elle en garnit l’intérieur de petites racines et de matériaux doux.

Ce nid est une plateforme d’apparence décousue et irrégulière pourtant bien tissée avec des brins d’herbes attachés aux rameaux sur lesquels elle repose qui la rendent instable et bancale mais en même temps sûre et flexible.

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

Mâle gourmand surpris à dévorer un kaki. Quand, fin août, elle ne migre pas vers l’Afrique, la Fauvette à tête noire change de régime alimentaire passant d’insectivore à frugivore et vit souvent dans les jardins à côté de l’homme © Pierandrea Brichetti

Au centre est formée une coupe moelleuse, bien marquée mais pas très profonde.

La femelle y pond 4-5 œufs de couleur crème, souvent saupoudrés de rose, fortement pointillés sur toute la coquille de taches rougeâtres, parfois grisâtres, très semblables à celle des œufs du Rouge-gorge familier (Erithacus rubecula) ou du Gobemouche gris (Muscicapa striata).

L’incubation est dévolue à la seule femelle pendant 15 jours puis les deux parents s’occupent des petits pendant 10 jours jusqu’à ce qu’ils prennent leur envol et encore pour une brève période jusqu’à l’indépendance totale.

La maturité sexuelle se produit après un an.

Cette fauvette effectue habituellement deux couvées par an, se terminant mi-juillet, laissant à tous le temps nécessaire pour se préparer pour la migration automnale.

Comme nous l’avons déjà dit, la Fauvette à tête noire est insectivore durant l’été et la période de nidification et devient exclusivement frugivore durant l’automne et l’hiver.

Son chant mélodieux a été considéré dans la littérature classique comme une douce lamentation amoureuse émise par un oiseau en cage qui préfèrerait mourir d’inanition plutôt que perdre sa liberté, à tel point que Giovanni Verga dans son “Histoire d’une Fauvette” reprend cette idée et l’adapte à la vie d’une religieuse contrainte à la réclusion.

Bien qu’elle fréquente des milieux discrets et cachés la Fauvette à tête noire a ses prédateurs.

L’Épervier d’Europe (Accipiter nisus) avec sa chasse soudaine et sournoise est son principal prédateur mais les chats domestiques font aussi de gros dégâts dans les jardins que fréquentent ces petits oiseaux.

Les corvidés eux aussi pillent les nids, prélevant les œufs ainsi que les oisillons. Lors de la migration automnale, durant le long voyage vers les rivages africains, elles sont immanquablement accompagnées par un nombre incalculable d’oiseaux de proie.

Sylvia atricapilla, Capinera, Sylviidae

Mâle frileux au milieu de l’hiver. Avec les changements climatiques, les Fauvettes à tête noire du sud de l’Europe deviennent de plus en plus sédentaires © G. Colombo

Sur les côtes orientales de la Méditerranée, du Liban à la Lybie, à la fin de l’automne ce petit passereau est l’objet d’une chasse impitoyable qui, chaque année, en extermine des millions au nom d’une tradition difficile à éradiquer.

Malgré cela l’espèce n’est pas considérée en danger d’extinction et maintient une population globale plus que stable.

Synonymes

Motacilla atricapilla Linnaeus, 1758.

 

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