Antennarius commerson

Famille : Antennariidae

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Texte © Giuseppe Mazza

 

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Traduction en français par Michel Olivié

 

Antennarius commerson

Où sont l’œil et la bouche ? Antennarius commerson est un vrai champion du mimétisme. Si vous ne les trouvez pas regardez attentivement en bas à droite © Francois Libert

Antennarius commerson

Il est ici perché sur le cordage d’un vieux bateau coulé. Sa bouche à demi ouverte est à gauche © Keoki Stender

Antennarius commerson

On dirait vraiment une éponge mais c’est encore un Poisson-grenouille géant mimétisé qui attend tranquillement une proie © Keoki Stender

Antennarius commerson (Lacépède, 1798) appartient à la classe des Actinopterygii et à l’ordre des Lophiiformes qui a des fossiles à l’ère Tertiaire et qui réunit les 18 familles suivantes : Antennariidae (cf Antennarius pictus et Antennarius striatus), Brachionichthyidae, Caulophrynidae, Centrophrynidae, Ceratiidae, Chaunacidae, Diceratiidae, Gigantactinidae, Himantolophidae, Linophrynidae, Lophichthyidae, Lophiidae (cf Lophius piscatorius), Melanocetidae, Neoceratiidae, Ogcocephalidae (cf Ogcocephalus radiatus), Oneirodidae, Tetrabrachiidae et Thaumatichthyidae.

Antennarius commerson

Voici, si vous avez encore des doutes, un gros plan de l’œil et de la bouche entrouverte © Keoki Stender

Ce sont des espèces benthiques qui se caractérisent par le premier rayon épineux de la nageoire dorsale situé sur la tête qui s’est transformé en une canne à pêche mobile dotée d’un leurre qui est  luminescent dans les profondeurs et servant à attirer vers une énorme bouche les poissons sans méfiance à la recherche de nourriture.

On les  rencontre dans tous les océans entre 20 m et plus de 1000 m de profondeur. Leurs dimensions vont de 3 cm aux 2 m de la célèbre Baudroie (Lophius piscatorius) qui, du fait de sa taille et de sa renommée,  a donné son nom à l’ordre.

Avec ses 45 cm de long Antennarius commerson, connu communément sous les noms de Poisson-grenouille de Commerson ou de Poisson-grenouille géant, est en revanche le plus grand représentant de la famille des Antennariidae.

Le nom du genre Antennarius vient du latin “antenna” qui veut dire hampe, antenne,  par allusion au “fil de pêche” cité plus haut. Le nom de l’espèce commerson rend hommage à la mémoire du botaniste et ichthyologue français Philibert Commerson (1727-1773) qui prit part à la célèbre expédition scientifique de Bougainville autour du monde.

En violation des règles il avait fait monter à bord son épouse, déguisée en domestique, et pour le punir on le débarqua à l’île Maurice où il resta jusqu’à sa mort.

Lacépède l’a cité ici, en marque de reconnaissance, en raison des notes qu’il a laissées et qui ont été utiles pour décrire cet étrange poisson.

Zoogéographie

Antennarius commerson possède une très vaste aire de répartition dans le bassin Indo-Pacifique tropical.

C’est une espèce lessepsienne maintenant entrée, comme beaucoup d’autres, en Méditerranée via le canal de Suez. On la rencontre à titre indicatif, au départ de la mer Rouge, au Mozambique et en Afrique du Sud.

Elle est présente à l’île Maurice, aux Seychelles et aux Maldives et a colonisé les îles Andaman et les côtes de la Thaïlande, de l’Indonésie, des Philippines et de Taïwan jusqu’à la partie Sud du Japon. Côté Sud, après les îles Palaos, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et l’Australie elle atteint la Nouvelle-Calédonie et l’île de Lord Howe.

Antennarius commerson

Ici en regardant bien il y en a deux. Un rose parmi les madrépores et un noir, en bas, avec les nageoires étalées © Paddy Ryan

Côté Est on la rencontre aux Samoa, en Polynésie française, aux îles Hawaï et jusqu’aux côtes de l’Amérique centrale, au Panama, en Colombie et en Équateur.

Écologie-Habitat

C’est une espèce qui se déplace sur les fonds marins et ne descend pas en général au-dessous de 70 m.

On peut aussi la trouver dans les ports sous les jetées. Elle aime les épaves des vieux bateaux qui ont coulé où elle se fixe aux structures corrodées par le temps ou bien se perche sur un cordage d’une façon inconcevable.

Son milieu naturel se situe toutefois près des éponges qui grandissent dans le monde inextricable des madrépores. Elle s’installe à côté, aux points de passage, et imite à la perfection leurs couleurs et leurs motifs, toujours prête à avaler les poissons sans méfiance intrigués par son étrange leurre en mouvement.

Morphophysiologie

Le Poisson-grenouille géant a globalement un corps massif et arrondi.

Quand il est immobile il est très difficile de le repérer et de comprendre où sont ses yeux minuscules et sa grande bouche à demi fermée.

Les nageoires pectorales et pelviennes se sont transformées en pattes. Sa peau, élastique, rugueuse et dépourvue d’écailles, est recouverte de motifs et de taches blanches, roses ou rouges qui imitent des incrustations ou les ostioles dont les éponges se servent pour expulser l’eau.

Sa couleur de fond, extrêmement variable, est à l’origine de nombreux synonymes. Elle peut être grise, blanche, noire, jaune, violette, verte, marron ou rouge vif.

Antennarius commerson est capable de changer de livrée mieux qu’un caméléon mais ce changement de couleur et de motifs n’est pas instantané et prend, suivant le milieu, des jours ou des semaines.

En fait les changements rapides de couleur ne sont pas utiles à ce poisson très paresseux car, une fois qu’il a trouvé un emplacement convenable où il ne manque pas de proies, le Poisson-grenouille géant est capable d’y rester même un mois.

Antennarius commerson

Ici enfin il est plus facile de distinguer son contour. La couleur de fond peut être violette, rouge, rose ou noire mais aussi blanche, grise, marron, jaune ou verte. Le corps parfois tacheté, massif et arrondi, comporte des motifs ressemblant à des incrustations ou aux ostioles, les trous utilisés par les éponges pour expulser l’eau © Paddy Ryan

Antennarius commerson

Suivant le milieu, il est capable de changer de livrée mieux qu’un caméléon mais ce changement n’est pas instantané et prend des jours ou des semaines. Les nageoires pectorales et pelviennes se sont transformées en pattes pour bouger sur le fond. Il est évident que c’est un très mauvais nageur mais s’il doit s’échapper il le fait au moyen d’énergiques coups de queue ou en se propulsant à réaction comme les poulpes en avalant de grandes quantités d’eau qu’il rejette violemment par ses trous branchiaux © Francois Libert

La bouche, orientée vers le haut et armée de nombreuses dents villiformes, fines et regroupées par rangées comme les poils d’une brosse, est protractile et aussi large que le corps. Elle s’ouvre en se projetant en avant, d’un coup, en à peine 10 millièmes de seconde, ce qui crée une forte dépression qui permet à l’animal d’avaler entiers même des poissons d’une taille analogue à la sienne.

Antennarius commerson

La bouche, aussi large que son corps, est protractile. Elle s’ouvre en se projetant en avant, d’un coup, en à peine 10 millièmes de seconde ce qui crée une forte dépression qui lui permet d’avaler des poissons de la même taille. Dans l’estomac, dilatable comme sa peau, il y a toujours de la place et si la proie est trop longue il l’enroule © Paddy Ryan

Dans l’estomac d’un Poisson-grenouille géant qui est dilatable tout comme sa peau il y a toujours de la place. En examinant un de ces poissons  qui a été pêché on s’est aperçu que lorsqu’ il avale une espèce particulièrement longue celle-ci vient s’enrouler à l’intérieur de son estomac sans la moindre difficulté.

La nageoire dorsale qui est vraiment étrange est formée au total de 3 rayons épineux et de 12 à 13 rayons mous.

Elle est de fait divisée en quatre sections.

La première est constituée par l’ancien rayon épineux placé au-dessus de la tête qui s’est transformé en s’allongeant démesurément pour devenir le fil de pêche mobile caractéristique.

Il y a ensuite 2 excroissances charnues dont la seconde est plus grosse et qui recèlent chacune une épine.

La quatrième section, à l’aspect normal et non adipeuse, n’a que des rayons mous, tout comme la nageoire anale qui est également inerme et possède 8 rayons, et la nageoire caudale.

Les ouvertures branchiales, presque invisibles et situées derrière les nageoires pectorales, se réduisent à un simple orifice circulaire.

Antennarius commerson se déplace en général à pied ou se laisse tomber en faisant de brefs crochets d’un madrépore à l’autre.

Les nageoires pectorales et pelviennes, transformées en pattes, lui servent à se fixer et à se déplacer sur le fond . Quand il est en danger il peut pour s’échapper nager sur des distances relativement longues au moyen d’énergiques coups de queue ou même se propulser à réaction comme les poupes en avalant de grandes quantités d’eau qu’il expulse ensuite violemment par les deux orifices branchiaux.

Éthologie-Biologie reproductive

Le Poisson-grenouille géant ne présente pas de dimorphisme sexuel à la différence d’autres Lophiiformes chez qui les mâles sont souvent plus petits ou même minuscules et réduits en fait à des parasites qui passent toute leur existence attachés au corps de la femelle à qui ils offrent leurs gamètes en échange de la nourriture qu’ils sucent en l’extrayant de la peau de leur compagne.

Antennarius commerson

C’est un poisson qui pêche. Il attire ses proies en remuant un filament dit illicium placé sur sa tête. Ici à droite on le voit projeté en avant avec le leurre © Keoki Stender

Les femelles d’Antennarius commerson ont un aspect pratiquement identique à celui des mâles mais on peut les différencier pendant la période de reproduction du fait de leur ventre rempli de milliers d’oeufs et gonflé à éclater.

Antennarius commerson

La bouche, orientée vers le haut, est armée de nombreuses dents villiformes, fines et rassemblées à la façon d’une brosse. Il n’y a pas de dimorphisme sexuel chez Antennarius commerson. Les femelles se distinguent seulement en période de reproduction par leur ventre bien rempli d’œufs. Ils sont des milliers réunis dans des étranges cordons gélatineux flottants, fécondés pendant que la femelle les expulse à plusieurs reprises par des secousses vigoureuses © Keoki Stender

Après une sorte de danse ritualisée les couples montent à la surface pour se reproduire et confier aux vagues leur progéniture.

Les œufs sont rassemblés dans des cordons gélatineux flottants et fécondés par le mâle pendant que la femelle les expulse à plusieurs reprises par des secousses vigoureuses.

Tout de suite après les deux se séparent.

Chacun retourne à sa vie solitaire ce qui s’explique d’autant plus que les cas de cannibalisme ne sont pas rares et que la femelle, épuisée et affamée, pourrait même dévorer son époux.

Les œufs éclosent peu de jours après. Les larves sont planctoniques et mènent pendant 1 ou 2 mois une vie errante, entraînées par les courants.

Au cours de cette phase elles ont déjà l’illicium et une grande tête. Elles grandissent en se nourrissant de zooplancton et de petites proies.

Après la métamorphose la livrée des juvéniles est généralement jaune, parfois plus ou moins tachetée.

Il va sans dire que du fait de son aspect étrange l’antennaire géant  pourrait se mettre en vedette dans des aquariums de taille appropriée mais étant donné sa voracité il faudrait le laisser seul et en général par conséquent il n’est pas recherché par le marché de l’aquariologie.

Antennarius commerson peut par ailleurs se prévaloir d’une très bonne résilience, les populations décimées par des catastrophes pouvant doubler en moins de 15 mois.

Son indice de vulnérabilité en 2021 était par conséquent très bas et s’établissait à à peine 23 sur une échelle de 100.

Synonymes

Lophius commerson Lacepède, 1798; Lophius commersonii Shaw, 1804; Antennarius commersonii (Cuvier, 1817); Chironectes caudimaculatus Rüppell, 1838; Antennarius caudimaculatus (Rüppell, 1838); Antennarius moluccensis Bleeker, 1855; Chironectes rubrofuscus Garrett, 1863; Antennarius rubrofuscus (Garrett, 1863); Antennarius goramensis Bleeker, 1864; Lophiocharon goramensis (Bleeker, 1864); Antennarius lutescens Seale, 1906; Antennarius lateralis Tanaka, 1917.

Antennarius commerson

Les larves sont planctoniques. Après la métamorphose la livrée des juvéniles, plus ou moins tachetée, est généralement jaune. Fréquent dans l’Indo-Pacifique tropical le Poisson-grenouille géant est une espèce entrée comme tant d’autres en Méditerranée par le canal de Suez. Elle n’est pas pêchée et a un très faible indice de vulnérabilité © Keoki Stender

 

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