Equus africanus somalicus

Famille : Equidae

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Texte © Dr. Davide Guadagnini

 

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Traduction en français par Michel Olivié

 

Equus africanus somalicus

L’âne sauvage de Somalie (Equus africanus somalicus) fait partie des ancêtres de l’âne domestique © G. Mazza

L’âne sauvage de Somalie (Equus africanus somalicus) est la seule des trois sous-espèces d’ânes sauvages africains qui ne soit pas éteinte. Il appartient au vaste ordre des Périssodactyles (Perissodactyla), à la famille des Équidés (Equidae), au genre Equus, à l’espèce des ânes africains (Equus africanus) et à la sous-espèce Equus africanus somalicus.

L’âne sauvage de l’Atlas ou algérien (Equus africanus atlanticus) est considéré comme éteint depuis approximativement 300 avant J.C., probablement victime de la chasse.

L’âne sauvage de Somalie ainsi que  l’âne sauvage de Nubie (Equus africanus africanus) sont protégés par la CITES 1 et inscrits comme étant « en danger critique » dans la liste rouge de l’IUCN.

L’âne sauvage de Nubie était présent dans le désert de Nubie, dans le Nord-Est du Soudan, probablement aussi dans le Nord-Ouest de l’Éthiopie et dans quelques zones de l’Érythrée. L’absence d’observations récentes d’ânes sauvages de Nubie dans les régions où il vivait à l’état sauvage joint au fait qu’il n’existe pas d’individus en captivité de cette sous-espèce amène à penser que cet âne sauvage africain a disparu dès 1950 environ. Une chasse excessive et l’hybridation avec des ânes domestiques sont les principales causes de l’effondrement massif des populations d’ânes sauvages. La concurrence avec le bétail domestique pour la nourriture et l’eau, en particulier en période de sécheresse, peut également avoir de fortes répercussions sur la survie fragile de ce superbe animal.

Quand on parle d’espèces animales en voie d’extinction la plupart des gens pensent au panda géant (Ailuropoda melanoleuca), au tigre (Panthera tigris), au loup (Canis lupus) et à toute une série d’animaux qui sont charismatiques, renommés pour leur beauté ou par la force et la taille qui les caractérisent.

Ce sont en même temps des animaux qui, à cause de leur raréfaction, sont devenus tristement célèbres. En parlant d’animaux rares à protéger presque personne ne pense à l’âne sauvage de Somalie, un animal traité de la pire façon par l’homme qui est aujourd’hui enfin protégé mais avec beaucoup de retard et qui est confronté en permanence à des problèmes longs à résoudre.

Nous devons nous efforcer de songer à l’importance que cette espèce sauvage a eue et continue à avoir dans l’histoire des hommes : l’âne sauvage africain (Equus africanus spp.) a été capturé et domestiqué par les peuples de l’Égypte et de la Mésopotamie environ 5.000 ans avant J.C. et est donc l’ancêtre de l’âne domestique (Equus asinus) et de ses innombrables races actuelles.

Sa force, sa résistance, sa robustesse et son pas assuré ont fait de l’âne ( Equus asinus ) le compagnon de travail idéal de l’homme. Aujourd’hui encore cet animal, à l’immense portée éducative, est utilisé dans beaucoup de zones rurales du monde entier.

Le nom du genre « equus » désigne un genre de mammifères qui regroupe tous les chevaux, les ânes et les zèbres existants. Il est issu du latin et veut dire « cheval ». Le nom de l’espèce « africanus » et de la sous-espèce « somalicus » vient du latin et fait référence au continent africain et à son aire géographique d’origine.

Zoogéographie

L’âne sauvage de Somalie, le dernier âne sauvage d’Afrique encore existant, est, comme nous l’avons dit, fortement menacé dans la nature et s’avère l’espèce d’équidés la plus menacée au monde.  Sa population a diminué depuis 1970 de 90 %. On estime que la population sauvage actuelle n’excède pas quelques petites centaines d’individus qui survivent dans des secteurs reculés  de l’Érythrée, de l’Éthiopie et de la Somalie. L’espèce était auparavant principalement répartie en Érythrée, en Éthiopie, en Somalie et à Djibouti où elle est considérée aujourd’hui comme éteinte. Les réserves qui abritent cette espèce sont la Réserve des ânes sauvages de Mille-Serdo et le Parc National Yangudi Rassa en Éthiopie bien qu’aucune observation récente n’ait été faite dans la seconde. En Somalie les derniers individus subsistants survivent dans la vallée du Nugaal. La plus grande population sauvage subsistante vit en Éthiopie sur le plateau Messir.

Écologie-Habitat

Les ânes sauvages de Somalie sont adaptés à la vie dans les milieux arides typiques des zones désertiques ou semi-désertiques où ils peuvent rester sans boire même pendant plusieurs jours. Cette espèce a subi des adaptations physiologiques qui lui permettent de vivre dans des milieux où les précipitations sont inférieures à 200 mm/an. La plupart des individus, peu nombreux, qui subsistent vivent dans des zones protégées où ils doivent toutefois faire face à de sérieuses menaces comme la persécution dont ils sont victimes  de la part des bergers locaux qui les considèrent comme des concurrents pour leur bétail. Ils sont aussi chassés par les populations locales pour leur viande et leur peau. Pour finir les guerres civiles qui ont lieu dans les zones où ils vivent, la transformation de leur habitat en terres agricoles , la création de nouvelles implantations humaines et l’hybridation avec des ânes domestiques rendent très difficile la survie de cette espèce.

Heureusement l’âne sauvage de Somalie a été inscrit depuis 1973 dans un Studbook international dans le but de le protéger et d’étendre son élevage en captivité. Depuis 1990 un programme spécifique de l’EFP ( European Endangered Species Programme ) a également été lancé. Les EFP sont des modèles de gestion très poussés qui concernent des espèces particulièrement rares et qui sont mis en oeuvre dans des parcs zoologiques remplissant les conditions requises pour accueillir ces espèces rares. Ces deux programmes ( Studbbok et EFP ) sont coordonnés en ce qui concerne l’âne sauvage de Somalie par le Tierpark de Berlin enAllemagne. À la fin de 2002 114 individus étaient élevés et enregistrés officiellement dans 26 différentes institutions d’accueil. D’autres individus sont détenus en captivité, surtout dans des zoos américains. L’élevage de l’âne sauvage de Somalie dans des structures protégées a été un pas important pour la sauvegarde cette espèce. Le nombre des individus doit cependant être augmenté d’urgence afin d’obtenir une meilleure garantie de survie de cette espèce.

Equus africanus somalicus

Cette espèce en très grand danger d’extinction est aujourd’hui reproduite en captivité © Giuseppe Mazza

Morphophysiologie

Cet âne sauvage a une forme, des dimensions et une couleur assez semblables, si on les compare sommairement, à celles de beaucoup d’ ânes domestiques mais il porte des marques et des raies noires caractéristiques qui le rendent plus élégant. La robe est constituée d’un poil court et lisse à l’aspect velouté. Il est de couleur gris clair avec des tons jaunâtres et des reflets rougeâtres très clairs dans la partie dorso-latérale du corps. Cette couleur s’estompe et vire au blanc dans la partie inférieure ( ventre de serpent).

La couleur de fond  des pattes et le bas de la queue sont  blanchâtres. La crinière, qui n’est pas très longue, est raide, dressée et noire dans la partie distale du poil ( la base des poils,  d’abord claire,  devient noire dans le reste des parties distales ). La touffe de la queue qui est  longue de 30 à 50 cm est noire. Est également de couleur noire une ligne très fine semblant tracée avec un pinceau à l’encre de Chine qui court sur le dos de l’animal ( la raie mulassière) de la crinière à la queue et qui est légèrement plus épaisse au niveau du garrot.

On note parfois la présence de l’ébauche d’une fine ligne transversale noire ( une ébauche de croix) au niveau des épaules qui n’a rien à voir avec la raie mulassière croisée ( une seconde ligne qui croise la ligne mulassière en partant du garrot et en traversant l’épaule ) typique du pelage de beaucoup d’ânes domestiques mais qui a été très probablement héritée de la sous-espèce nominale éteinte où cette croix était nettement présente. Chez l’âne sauvage, par contre, cette marque transversale, quand elle est présente, est très fine, courte et  ne rejoint pas toujours la raie dorsale . Elle a l’aspect d’une marque de coup de fouet mais est de couleur noire ( c’est une ligne mulassière croisée incomplète ou ébauchée ).

Les oreilles sont grandes et nettement entourées de noir. En ce qui concerne le museau la zone des lèvres et des naseaux est foncée et porte des taches de couleur fauve. Deux taches allongées de couleur blanche apparaissent après les mâchoires. La zone entourant les yeux est également plus claire. La caractéristique propre à cette espèce est la présence de raies irrégulières, également disposées horizontalement ou inclinées, de couleur noire  et situées dans les deux tiers de la zone distale des pattes.

Au final ces raies noires créent une zébrure qui est localisée dans cette zone. Espérons que la zébrure élégante et rare de l’âne africain de Somalie ne disparaisse pas pour toujours comme ont disparu les zébrures tout aussi élégantes de son cousin le quagga (Equus quagga) et du thylacine (Thylacinus cynocephalus). Les sabots de l’âne sauvage de Somalie sont fins, petits et durs. Typiques des animaux des zones arides /désertiques ils ont approximativement le même diamètre que les pattes. L’âne sauvage de Somalie adulte a une longueur d’environ 2 m et une hauteur au garrot d’environ 1,2 m à1,5 m. Son poids varie d’un peu plus de 200 kg à près de 300 kg. Il a de grands yeux d’un noir profond, brillants, larmoyants, expressifs et doux. En le regardant dans les yeux on a le sentiment de percevoir les débuts de l’alliance atavique qui s’est établie entre un animal sauvage et l’homme et qui a conduit à la domestication du premier au service du second.

Éthologie-Biologie reproductive

L’âne sauvage de Somalie peut digérer des herbes de très faible valeur nutritive. Pour chercher les maigres fourrages dont il se nourrit il erre en parcourant de vastes distances à la recherche de nouveaux pâturages et en se déplaçant aussi en fonction des précipitations rares et faibles éparpillées  sur les territoires où il vit. Il peut en fait survivre dans des milieux qui semblent totalement inhospitaliers. L’appareil digestif de cette espèce permet d’extraire de la nourriture la plus grande quantité de liquide possible. Dans des cas extrêmes on a vu des ânes en train de s’abreuver d’eau saumâtre ou salée. Les ânes sauvages de Somalie se nourrissent d’herbes, de feuilles, de petites branches et d’écorce. Ce sont des animaux qui ont une bonne ouïe et de grandes oreilles qui leur servent à rafraîchir leur corps.

En raison de la rareté de leurs ressources alimentaires les ânes sauvages de Somalie vivent seuls  ( à l’exception de la  mère et de son petit ) ou bien un  peu éloignés les uns des autres mais en gardant un  contact vocal grâce à leurs braiments puissants qui sont audibles à plusieurs kilomètres de distance. Les vocalises émises par ces animaux les aident à maintenir  une sorte de contact qui s’étend aux vastes espaces désertiques.

Cette espèce est surtout active pendant les heures les plus fraîches de la journée, le matin et la fin de l’après-midi, et reste à l’ombre durant les heures les plus chaudes ( à proximité des rochers ou des collines ). Abstraction faite de son allure qui est moins élancée que celle du cheval (Equus caballus) c’est un animal agile qui court vite ( avec des pointes atteignant 70 km/h ). La gestation dure environ un an. Le petit, qui pèse à la naissance aux environs de 25 kg, reste avec sa mère pendant environ un an ( jusqu’à la mise bas suivante ). Les gestations de jumeaux sont très rares et, comme chez les autres équidés, parviennent difficilement à terme. Les étalons défendent de vastes territoires ( jusqu’à plusieurs dizaines de km2 ) qu’ils marquent par des tas de crottin. Les mâles dominants restent avec les femelles réceptives jusqu’à leur grossesse.

La défense du territoire n’est cependant pas absolue  et d’autres individus sont tolérés. Ces ânes, en général, bien qu’étant des animaux considérés comme »proie », fuient en réalité moins que les chevaux. Face à un danger ils cherchent à évaluer la situation et se décident à affronter d’éventuels ennemis en donnant des coups de sabot tant avec les pattes avant qu’avec les pattes arrière  ou bien en cherchant à mordre leur ennemi ( leurs morsures sont très puissantes ). Cette particularité de leur comportement est également observée chez leurs descendants domestiques. L’âne domestique est un animal précieux pour la thérapie d’assistance aux personnes ( thérapie animale ou, dans ce cas précis, onothérapie )  mais tous les individus ne conviennent pas pour cette activité. Les ânes curieux, expansifs, doux, aptes à être socialisés et qui n’ont pas peur des autres animaux domestiques du type « animal prédateur » comme les chiens sont davantage portés à devenir des animaux qu’il est possible d’ employer dans la thérapie d’assistance aux personnes ayant des problèmes de diverses sortes.

L’âne sauvage de Somalie peut vivre 20 ans ou plus. Pour tout ce que nous devons historiquement à l’âne, tant sauvage que domestique, le minimum que nous devons faire est de faire connaître le plus possible l’âne sauvage de Somalie parce que « en le connaissant nous apprenons à l’aimer et qu’en l’aimant il sera plus simple de le protéger ».

Synonymes

Equus asinus somalicus Sclater, 1884, Asinus taeniopus var. somaliensis Noack, 1884, Asinus africanus Fitzinger, 1858.

 

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