Juniperus sabina

Famille : Cupressaceae

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Texto © Prof. Giorgio Venturini

 

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Traduction en français par Michel Olivié

 

Le genévrier sabine ou sabine ou sabinier (Juniperus sabina Linné, 1753) est un arbuste sempervirent appartenant à la famille des Cupressaceae, à la distribution circumboréale, présent dans les zones tempérées-froides en Europe et en Asie occidentale, moins fréquent en Amérique du Nord. Il aime les versants ensoleillés, les bois très clairsemés et les milieux rocheux situés entre 1.000 et 2.500 m d’altitude.

Le nom du genre Juniperus par lequel les Romains désignaient le genévrier est d’origine incertaine. Il vient peut-être du latin « junix » = génisse et de « pario » = j’accouche, par référence au fait que le genévrier sabine était administré aux vaches pour provoquer la mise bas. Selon d’autres il serait issu du celtique « gen » = buisson et « prus » = rude à cause de ses feuilles piquantes. Les Grecs d’ailleurs appelaient le genévrier « arkeuthos », du verbe « arkeo » = écarter, repousser, par allusion à ses feuilles piquantes.

Le nom de l’espèce, « sabina », fait référence à sa présence dans la Sabine, un territoire du Latium situé entre Rome et Rieti.

On a identifié deux variétés que certains auteurs considèrent comme étant des espèces distinctes : Juniperus sabina var. sabina et Juniperus sabina var. davurica qui se différencient essentiellement par la persistance plus grande ou moindre des feuilles jeunes chez l’adulte.

Juniperus sabina est un arbuste sempervirent au port très rameux et couché, de 1 à 1,5 m de haut. Sa distribution est cicumboréale. Il aime les versants ensoleillés, les bois très clairsemés et les milieux rocheux entre 1.000 et 2.500 m d'altitude. Toutes les parties de cette plante sont très vénéneuses pour les animaux comme pour les hommes © Giuseppe Mazza

Juniperus sabina est un arbuste sempervirent au port très rameux et couché, de 1 à 1,5 m de haut. Sa distribution est cicumboréale. Il aime les versants ensoleillés, les bois très clairsemés et les milieux rocheux entre 1.000 et 2.500 m d’altitude. Toutes les parties de cette plante sont très vénéneuses pour les animaux comme pour les hommes © Giuseppe Mazza

En Italie le genévrier sabine ne dépasse pas en général 1 à 1,5 m de haut et a un port très rameux et couché, plus rarement droit et une forte odeur de résine. Sa couronne est de forme irrégulière et de couleur vert foncé. Le tronc se ramifie déjà près du sol en formant des branches souvent tordues et rampantes, très ramifiées et caractérisées par une écorce brun rougeâtre qui se défibre et s’écaille. Les jeunes rameaux sont rougeâtres ou verts, minces et flexibles.

Les jeunes feuilles sont en forme d’aiguille, très pointues et longues de 4 à 6 mm. Les feuilles adultes sont en général en forme d’écaille, longues de 1 à 3 mm, opposées, fermement appliquées contre les branches, de couleur verte à l’extérieur et vert bleuâtre à l’intérieur. Parfois les branches adultes présentent également des feuilles aux caractéristiques juvéniles. Chaque feuille est dotée à la base de son côté externe d’une grosse glande et toutes les parties vertes, quand elles sont coupées, exhalent une odeur pénétrante et caractéristique. Les feuilles situées dans la partie basse des branches sont étroitement imbriquées alors qu’elles sont plus espacées vers l’extrémité des branches.

Il s’agit d’une espèce en général dioïque, c’est-à-dire comportant des individus mâles et femelles distincts, bien qu’elle puisse être plus rarement monoïque, la même plante présentant alors les deux sexes. En ce cas les organes reproductifs mâles et femelles sont portés sur des rameaux différents.

Les strobiles mâles laissent s'échapper au printemps sous l'effet d'un choc ou du vent d'impressionnants nuages de pollen © Giuseppe Mazza

Les strobiles mâles laissent s’échapper au printemps sous l’effet d’un choc ou du vent d’étonnants nuages de pollen © Giuseppe Mazza

Les organes mâles sont des strobiles de 2 à 4 mm, de couleur rouge brun, abondamment pourvus de sacs polliniques. Les organes féminins sont axillaires, très petits, de couleur jaune brun ou rougeâtres et portés sur de courts pédoncules. La fécondation a lieu en général, selon les climats, entre avril et juin.

Les fruits sont des pseudo-baies (les galbules). Ils sont clairsemés, dotés d’ une pulpe tendre, verts puis bruns et enfin bleus, pruineux. Ils ont un diamètre de 4 à 6 mm et 2 à 4 graines jaunâtres.

Les racines sont robustes et capables de se glisser dans les fissures entre les roches.

Le genévrier sabine, qui est souvent cultivé dans les parcs et jardins, peut être facilement reproduit par des bouturages et des semis.

Il est l’hôte d’une des étapes de développement du champignon microscopique parasite Gymnosporangium fuscum qui s’attaque au poirier auquel il transmet la rouille. Pour cette raison sa proximité avec les cultures de poiriers est considérée comme risquée.

Histoire, toxicité et usages pharmacologiques

Toutes les parties de cette plante sont très vénéneuses tant pour les animaux que pour l’homme en raison de la présence de diverses substances et huiles essentielles toxiques. À cause de cette toxicité elle était en fait utilisée dans le passé à des fins criminelles. Tout usage thérapeutique quel qu’il soit est à éviter. Les utilisations exposées ci-après ont seulement un intérêt sur le plan historique.

Dioscoride (Ier siècle apr. J.-C.) l’appelle brathu et fait état de son utilisation pour des affections cutanées,de son action abortive et de ses effets nocifs sur les reins (bu avec du vin il fait excréter du sang par les voies urinaires). L’herbe sabine est mentionnée comme étant une des plantes les plus importantes utilisées dans les anciens rites romains. Elle avait été adoptée pour les rites funéraires comme symbole de l’immortalité en lieu et place de l’encens. Ovide, dans les « Fastes », cite cet usage (Ovide, Fastes, I, 337) « ara dabat fumos herbis contenta sabinis » (de l’autel se contentant d’herbes sabines montaient les fumées). Le nom vulgaire italien, « cyprès des sorciers », est dû à son ancien emploi comme amulette contre les sortilèges.

Gli organi femminili, piccolissimi e giallastri, attendono il polline con goccioline vischiose per catturarlo al passaggio © Giuseppe Mazza

Les organes femelles, très petits et jaunâtres, attendent le pollen qu’elles attrapent au passage grâce à des gouttelettes visqueuses. La fécondation a lieu en général, selon les climats, en avril-juin © Giuseppe Mazza

Le genévrier sabine était autrefois utilisé dans les campagnes pour le bétail afin de faciliter  l’expulsion du placenta après la mise bas.

Un des produits les plus utilisés dans le passé en thérapie était l’huile de sabine qui est caractérisée par une odeur piquante et désagréable et que l’on obtenait en distillant les fruits et les jeunes rameaux de la plante. En usage externe cette huile était employée pour le traitement des verrues, des ulcères syphilitiques et autres affections cutanées. En usage interne elle était utilisée comme emménagogue, c’est-à-dire pour provoquer le flux menstruel, et comme abortif, mais souvent avec des résultats très nocifs ou même mortels en raison de sa toxicité élevée. Elle était aussi considérée comme efficace contre la goutte et les rhumatismes, comme hémostatique et comme vermifuge.

Malgré sa toxicité avérée les médecins à la fin du XIXème siècle utilisaient l’huile de sabine pour diverses prescriptions. On lit dans un traité médical de 1879 (Materia medica and Therapeutics de Charles D.F. Phillips) « l’huile de sabine est un poison violent …elle cause une inflammation gastro-entéritique … son effet irritant sur les reins provoque une hématurie … on a constaté de nombreux cas d’empoisonnement mortel quand cette huile est prescrite dans le but de provoquer des avortements … les morts causées par cette substance sont beaucoup plus fréquentes que ce que l’on croit généralement … les effets abortifs sont le résultat d’une grave intoxication qui met la vie en danger … » Et ensuite il conclut de façon paradoxale : « je considère que la sabine est un des remèdes les plus sûrs et les plus efficaces et présente l’avantage de pouvoir être administrée sans aucun risque ».

La toxicité du genévrier sabine touche aussi le bétail qui le consomme en provoquant des avortements ou de graves dégâts au niveau des reins et de l’appareil digestif. Des études de la toxicité d’extraits de Juniperus sabina sur des animaux de laboratoire ont mis en évidence la forte sensibilisation à ce produit des femelles en gestation et un net effet embryotoxique.

Un problème important a été posé par la production artisanale de liqueurs à base genièvre. La production du gin comporte la macération dans l’alcool de baies de genièvre (Juniperus communis ). On a constaté en Espagne des cas où les récolteurs ont confondu les baies du genévrier sabine avec celles du genévrier commun avec pour résultat des intoxications parfois graves.

I frutti, con 2-4 semi, sono pseudo-bacche di 4-6 mm, dapprima verdi, poi azzurre e pruinose © Giuseppe Mazza

Les fruits qui ont 2 à 4 graines sont des pseudo-baies de 4 à 6 mm, d’abord vertes puis bleues et pruineuses © Giuseppe Mazza

L’effet toxique du Juniperus sabina est dû principalement à des terpènes comme la sabinène, le sabinol et l’acétate de sabinyl et à la podophyllotoxine. Les feuilles écrasées ont également des effets irritants et vésicants et provoquent, si elles sont avalées, des lésions irréversibles des appareils digestif et urinaire qui aboutissent finalement à une nécrose rénale.

Même le pollen de cette plante est toxique. Pour cette raison on doit éviter de consommer le miel produit par les abeilles qui le butinent. De plus ces mêmes abeilles peuvent être intoxiquées par le pollen. Les symptômes de l’intoxication à faible dose sont une irritation de la bouche, des diarrhées, des vomissements et des coliques. Des doses élevées provoquent un grave empoisonnement avec de la tachycardie, des difficultés respiratoires, des crampes, des paralysies, le coma et la mort dans 50 % des cas. Du fait de sa toxicité élevée la vente de l’huile  a été interdite dans de nombreux pays.

Des propriétés toxiques et abortives sont présentes chez des espèces voisines, y compris même celles qui sont souvent cultivées dans les jardins, comme Juniperus virginiana L. et Juniperus thurifera L. Le genévrier commun lui-même a des propriétés toxiques, bien que moins affirmées, qui se manifestent  chez les animaux qui broutent les jeunes pousses. En herboristerie le remède appelé Sabinae ramuli est constitué par les petits rameaux terminaux que l’on récolte en avril et mai et qui sont desséchés. Ils ont sous cette forme une couleur vert pâle qui jaunit avec le temps, une odeur de térébenthine et un goût amer et brûlant.

Ce remède contient tous les principes toxiques même si leur concentration est moindre que dans l’huile. Bien qu’il soit inscrit dans plusieurs pharmacopées il est généralement déconseillé et son utilisation est dangereuse parce que son effet emménagogue et, à  doses élevées, abortif (c’est l’usage pour lequel il est employé à des fins délictueuses, en particulier dans les campagnes) s’accompagne fréquemment de dangereuses métrorragies, de néphrites hémorragiques, de violentes irritations du tube digestif avec des brûlures de la bouche et de la gorge, de vomissements, de douleurs abdominales et de diarrhées qui peuvent s’aggraver et conduire même à une perforation intestinale ou à une péritonite. Les pronostics sont graves parce que dans cinquante pour cent des cas la mort survient dans un délai qui peut varier de quelques heures à quelques jours dans un état d’inconscience totale. On l’emploie également en usage externe  sous forme de poudre pour le traitement d’ulcères atoniques, de l’alopécie séborrhéique et aussi pour la destruction des condylomes. Il convient toutefois d’insister sur les dangers inhérents à l’usage de ce produit.

Les parties ligneuses desséchées de Juniperus sabina sont souvent mélangées frauduleusement avec celles de Juniperus phœnicea qui ont les mêmes propriétés.

Synonymes : Sabina officinalis Garcke ; Sabina vulgaris Antoine.

 

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