Macaca silenus

Famille : Cercopithecidae


Texte © Dr. Roberto De Simone membre API

 

catherine_collin.gif
Traduction en français par Catherine Collin

 

Macaca silenus

Macaca silenus évoque un lion: crinière, touffe de poils au bout de la queue et canines évidentes chez le mâle © Benny ng

Le Macaque à queue de lion (Macaca silenus Linnaeus, 1758), connu aussi comme Ouandérou ou Silène, appartient à la famille Cercopithecidae.

Le nom de genre Macaca vient du portugais “macaco”, adaptation d’un mot africain.

Le nom d’espèce silenus est celui, latinisé, d’êtres mythologiques de la Grèce antique, les “Silènes”, représentés sous une forme humaine, avec des oreilles, une queue, et parfois aussi des jambes, de cheval.

Au sein du genre Macaca, cette espèce est souvent placée par les scientifiques dans la branche évolutive “silenus-sylvanus”, dans laquelle sont aussi placés Macaca nemestrina, Macaca sylvanus ainsi que les espèces du Sulawesi.

Zoogéographie

Macaca silenus est aujourd’hui endémique de la forêt pluviale des Ghâts occidentaux au sud-est de l’Inde.

Écologie-Habitat

M. silenus est, parmi les espèces de macaques, l’une des plus étroitement liées à la forêt pluviale tropicale à feuilles persistantes et parmi celles-ci, une de celles présentant les habitudes les plus étroitement arboricoles, ne passant que de 1% à 10 % de son temps au sol.

Bien qu’il s’adapte à une alimentation très variée, comme les autres espèces de macaques, le Ouandérou a en fait un régime alimentaire assez sélectif.

Dans la forêt pluviale tropicale les ressources alimentaires peuvent se trouver limitées momentanément par les variations climatiques et réparties sur une très grande superficie.

Macaca silenus

C’est une espèce en danger, dont il ne reste peut-être pas plus de 2 500 adultes à l’état sauvage, endémique de la forêt pluviale des Ghâts occidentaux au sud-est de l’Inde © Giuseppe Mazza

Sa nourriture principale se compose des fruits des arbres appartenant au genre Ficus.

Quand ces fruits sont moins abondants, il peut ajouter à son régime alimentaire une grande variété d’aliments tels que graines, sève, fleurs, pousses, feuilles, escargots, insectes, œufs d’oiseaux, grenouilles arboricoles et autres petits animaux comme des lézards, chauve-souris et bébés de l’Ecureuil géant de l’Inde (Ratufa indica).

Macaca silenus

Il ne descend que rarement au sol à la recherche de nourriture, quand les fruits des Ficus, qu’il aime deviennent rares sur les arbres. Ici, il ajoute un insecte à son repas © Roger Wasley

L’habitat occupé par le Macaque à queue de lion change rapidement en raison de l’intrusion des activités humaines, amenant des incendies et le développement des cultures intensives. Les grands arbres sont coupés ou brûlés afin de laisser place aux cultures de plantes non endémiques.

La population en baisse, a dû s’adapter, commençant par exemple à se nourrir de plantes non endémiques, comme le caféier.

Macaca silenus

Le Macaque à queue de lion est un animal diurne qui ne néglige pas les feuilles, les fleurs, les pousses, les escargots, les œufs d’oiseaux, les grenouilles arboricoles et d’autres petits vertébrés qu’il trouve dans les branches © G. Mazza

La pâture dans les aires cultivées et la concurrence avec les agriculteurs locaux qui en résulte, constitue une menace supplémentaire pour sa survie.

Outre la saisonnalité, qui, surtout entre septembre et novembre, rend moins disponibles les fruits dont il se nourrit, c’est surtout le déboisement qui l’oblige à passer beaucoup plus de temps à s’alimenter au sol, l’exposant ainsi à des risques accrus de prédation, y compris de la part de l’homme.

Le Macaque à queue de lion joue un rôle écologique important dans la dispersion des graines.

En transportant les fruits dans ses abajoues et en les consommant sur de longues distances, il en laisse tomber les graines ou les dépose avec ses excréments, loin de la plante qui les a générées.

Il contribue de cette façon à la survie et à la propagation de nombreuses espèces végétales dans leurs milieux.

Morpho-physiologie

Le Macaque à queue de lion est une des espèces les plus petites parmi les macaques, mesurant de 40 à 60 cm pour un poids moyen de 8,9 kg pour les mâles et 6,1 kg pour les femelles. La queue, qui mesure entre 24 et 38 cm, l’aide à garder l’équilibre quand il se déplace sur les arbres.

La majestueuse et spectaculaire crinière blanc-argenté, apparaît chez les deux sexes vers l’âge de deux ans et demi. Elle contraste vivement avec le manteau noir et la face noire glabre, et évoque, avec la touffe de poils pointue à l’extrémité de la queue, l’aspect d’un lion, d’où son nom commun ainsi que le terme “Singalika”, utilisé en Inde, qui signifie “semblable à un lion”.

Le museau est long, avec de grandes narines. Les mâles présentent de longues canines pointues qu’ils exposent pour tenir à distance les autres mâles. Les petits naissent avec la face plus claire que celle des adultes.

Comme les autres espèces de macaques, le Ouandérou lui aussi possède des abajoues capables de contenir une importante quantité de nourriture, caractéristique utile pour emmagasiner un surplus de nourriture lorsqu’il s’alimente.

Macaca silenus

Celui-ci, après s’être désaltéré, cherche quelque chose dans le cours d’eau: une racine à ronger ou un fruit tombé là © Giuseppe Mazza

Éthologie-Biologie reproductive

Le Macaque à queue de lion est un animal diurne qui vit généralement en groupes de 10 à 20 individus.

Selon certaines études démographiques, un seul mâle adulte dans le groupe serait la situation la plus commune, mais des recherches plus récentes suggèrent que cette composition se retrouve principalement dans les habitats appauvris.

Une étude de population, conduite en suivant 8 groupes pendant quelques années, a montré que les groupes comportaient en moyenne 20-21 individus, dont 1-2 mâles adultes (> à 6 ans), 1-2 mâles subadultes, 8 femelles adultes et 9-10 individus immatures.

Toutefois, même quand il y a plusieurs mâles adultes dans un même groupe (il peut y en avoir jusqu’à trois), il n’y a qu’un seul dominant.

Au sein des groupes étudiés, le rapport entre les mâles adultes et les femelles était en moyenne de 1 à 5,7.

Les mâles dominants protègent les autres membres du groupe des groupes voisins.

Les femelles restent dans leur groupe d’origine et acquièrent un statut social hiérarchiquement plus élevé à mesure qu’elles vieillissent.

Une des manifestations les plus communes d’un statut social élevé est la plus grande fréquence de l’épouillage, “grooming” (l’activité typique de nettoyage de la fourrure qui, chez les primates non humains, revêt une valeur sociale importante), dont bénéficient ces femelles.

À l’inverse, les mâles tendent à quitter le groupe au sein duquel ils sont nés lorsqu’ils atteignent la maturité sexuelle, à l’âge moyen de 4,7 ans.

À la recherche d’un nouveau groupe dans lequel s’établir, ils s’unissent à d’autres mâles émigrants, formant des groupes de célibataires plus ou moins stables dans le temps.

Macaca silenus

Macaca silenus

C’était vraiment délicieux, à s’en lécher les doigts ! Il regarde sa main désormais vide, à l’aspect presque humain, et continuera ses recherches. Il vit principalement en groupes de 10-20 individus maximum. Il passe environ la moitié de la journée à s’alimenter et l’autre moitié à se reposer ou à se déplacer à la recherche de nourriture © Giuseppe Mazza

Pour les jeunes mâles, la compétition est rude dans cette période de leur vie.

Souvent, lors de leur migration, ils changent plusieurs fois de groupes, au sein desquels il leur arrive parfois de rivaliser avec le mâle dominant pour prendre sa place afin de s’établir définitivement dans le groupe.

La majeure partie des naissances coïncide avec le pic de la saison des pluies, moment où les ressources alimentaires sont abondantes.

Macaca silenus

Femelle en position dressée. Elle allaite encore mais se trouve au sol à la recherche de nourriture © Roger Wasley

Lors de l’œstrus, en plus de montrer un gonflement sous la queue, la femelle émet un rappel de séduction pour signaler aux mâles qu’elle est prête à s’accoupler.

Même si le groupe comporte plusieurs mâles, seul le mâle dominant peut s’accoupler, non sans avoir d’abord inspecté et reniflé les parties génitales des femelles.

Les femelles ont leur première mise bas vers l’âge de 6 ans.

Elles donnent d’ordinaire naissance à un seul petit, après une période de gestation de 170 jours.

Elles le portent sur la poitrine ou sur le dos jusqu’au sevrage, c’est-à-dire vers 15 mois environ.

Entre deux naissances, il se passe au moins deux ans et demi.

Le Macaque à queue de lion passe environ la moitié de sa journée à s’alimenter et l’autre moitié à se reposer ou à se déplacer à la recherche de nourriture.

Il consacre beaucoup de temps à des activités sociales comme le nettoyage du pelage (grooming) ou le jeu. Les mâles, en particulier, interagissent moins souvent avec les autres membres du groupe par rapport aux mâles d’autres espèces de macaques.

À l’état sauvage, on a observé des comportements d’emploi d’instruments, comme des feuilles utilisées pour ôter les aiguillons venimeux des chenilles avant de les manger ou comme éponges pour extraire l’eau des cavités des arbres.

En captivité, un groupe de Macaque à queue de lion a réussi à concevoir des instruments utiles pour extraire le sirop d’un conteneur mis à leur disposition.

Les mâles dominants émettent des appels vocaux aux confins de leurs territoires pour les définir et tenir à distance les groupes voisins. Les vocalisations dents découvertes, sont quant à elles des démonstrations de force, d’ordinaire suffisantes pour prévenir un conflit. Toutefois, si un challenger ne recule pas, la lutte entre mâles peut mener à de graves blessures, le plus souvent des lacérations infligées avec les longues canines. Comme chez d’autres espèces de macaques, le comportement de monte peut être utilisé comme démonstration de force et de dominance envers un individu subordonné.

Macaca silenus

Les petits naissent avec la face bien plus claire que celle des adultes. Celui-ci, n’ayant pas de tétine, suce son pouce © Safi Kok

Secouer les branches énergiquement est aussi un comportement agressif ou démonstratif, qui a pour but de montrer sa force ou son mécontentement a un ou plusieurs congénères.

Les manifestations agressives et les rappels d’avertissement sont aussi utilisés contre d’autres espèces comme les écureuils géants de l’Inde, quand ils entrent en concurrence pour les mêmes ressources alimentaires.

Le “lips making” est le typique signal amical des macaques, également utilisé pour montrer sa soumission aux membres du groupe ayant un statut social plus élevé.

Conservation

Le Macaque à queue de lion peut vivre jusqu’à 20 ans à l’état sauvage et près de 40 en captivité.

Il est classé par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) comme espèce en danger et inscrit sur la liste rouge.

Il pourrait rester moins de 2 500 individus adultes à l’état sauvage et les prévisions montrent que l’espèce devrait baisser encore de 20 % au cours des 25 prochaines années.

Ses prédateurs naturels, tels que le Serpentaire bacha (Spilornis cheela), l’Aigle montagnard (Nisaetus nipalensis) et le Dhole (Cuon alpinus), ne représentent pas de danger aussi sérieux pour la survie du Macaque à queue de lion que celui, bien plus grave, qu’est la fragmentation de son habitat.

Depuis 1860, la forêt des Ghâts occidentaux a été exploitée pour les plantations de thé ou de café et pour la récolte du bois, conduisant à la création de zones de forêt de buissons qui rendent plus difficile la survie de cette espèce.

Dans certaines zones, comme le haut plateau de Vālpārai ou les collines d’Anaimalai, certains groupes de ces macaques ne réussissent pas à trouver de nourriture et utilisent les décharges pour subvenir à leurs besoins.

Ces dernières années, de nombreux individus ont été tués, heurtés par des voitures qui circulent toujours plus nombreuses et rapides depuis l’élargissement de l’autoroute pour Vālpārai, voulue pour faciliter la circulation des résidents et des touristes.

Macaca silenus

Une petite famille dans les branches. Les femelles donnent généralement naissance à un seul petit, et entre deux accouchements il se passe au moins deux ans et demi © Giuseppe Mazza

Les espaces vides causés par la déforestation poussent ces primates à descendre au sol pour traverser les parcelles de forêt de buissons: certains sont tués par l’homme tandis que d’autres trouvent la mort dans des accidents, pas seulement de la route, en utilisant les lignes électriques comme chemin en hauteur pour leurs déplacements par exemple.

Son territoire se réduisant toujours plus, pour manger le Ouandérou se voit contraint de quitter l’abri sûr de la forêt.

Macaca silenus

Celui-ci, qui prend déjà le pelage des adultes, ne reste jamais en place © Giuseppe Mazza

Cela augmente les occasions de conflit avec les humains, par exemple dans les zones où les macaques ont appris tout seuls à enlever les tuiles pour pénétrer dans les maisons et y voler de la nourriture.

D’autres menaces importantes incluent le braconnage pour la viande sauvage et le trafic d’animaux exotiques.

En outre, quand la faune sauvage et les installations humaines sont en étroite proximité, il existe toujours un risque de propagation de maladies d’une espèce à l’autre. En ce qui concerne le Macaque à queue de lion, une grande quantité de parasites gastro-intestinaux a été trouvée dans des groupes vivant à côté des établissements humains et des élevages bovins. On pense également que la présence de ces parasites est un facteur qui agit de manière significative sur la baisse du taux de natalité et de survie de ces groupes.

Le Macaque à queue de lion est inscrit à l’appendice 1 de la convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES), il est aussi protégé en vertu de l’annexe 1, partie 1 de l'”Indian Wildlife Protection Act” de 1972. Divers parcs nationaux et aires protégées ont été reconnus comme d’importantes aires à préserver par l’Inde.

Cependant, la gestion des aires forestières est rendue difficile par le fait que nombres de ces aires se trouvent sur des terrains privés qui ne sont pas sous la juridiction du département forestier. Lors des 20 dernières années, la population de ces primates n’a cessé de diminuer et dans certaines parties des Ghâts occidentaux l’espèce semble avoir disparu.

Certaines parcelles de forêt ont été séparées depuis des décennies déjà et l’isolement génétique entre les groupes constitue un réel et grave danger.  D’où l’urgence de créer des corridors forestiers permettant de relier les différents groupes, favorisant la diversité génétique et assurant à ces animaux la possibilité de se reproduire et de prospérer. Cet objectif pourrait être atteint grâce au reboisement, en plantant des espèces endémiques. Non seulement cela reconstituera les zones forestières disparues, mais fournira également de nouvelles ressources alimentaires pour ces primates.

Macaca silenus

Sa mère l’observe, pensive. Il peut vivre jusqu’à 20 ans à l’état sauvage et presque 40 ans en captivité © G. Mazza

Les organismes de conservation doivent travailler en étroite collaboration avec le département forestier local, les propriétaires fonciers privés, les communes et les résidents locaux.

L’instruction publique pourrait aussi contribuer à modifier l’image négative que certaines personnes peuvent avoir de ces animaux.

Enseigner à ne pas nourrir les animaux sauvages, empêcher le dépôt des déchets à ciel ouvert, en garantir la collecte régulière (y compris des déchets sanitaires) et adopter des mesures pour protéger les maisons des “incursions” des macaques, sont autant d’actions qui peuvent être mises en place afin de prévenir et réduire les conflits entre les singes et les humains.

Enfin, les efforts de conservation comprennent également l’élevage en captivité.

Les premiers macaques à queue de lion ont été introduits dans les parcs zoologiques américains au XIXème siècle.

Quand on a commencé à prêter attention à la diminution des populations sauvages, un programme d’élevage a été mis en œuvre et l’espèce a été incluse dans le Plan pour la Survie des Espèces (SSP), de ce qui est aujourd’hui connu comme Association des zoos et aquariums (AZA). L’objectif était d’établir une population viable en captivité.

L’Europe s’est jointe à cet effort en 1989 et l’Inde en 1996. Malheureusement, jusqu’à présent, en Inde, l’élevage en captivité n’a pas montré les résultats espérés.

Synonymes

Cercopithecus vetulus Erxleben, 1777; Simia ferox Shaw, 1792; Simia silenus albibarbatus Kerr, 1792.

 

→ Pour des notions générales sur les Primates voir ici.

→ Pour apprécier la biodiversité des PRIMATES cliquez ici.