Ochlerotatus caspius

Famille : Culicidae


Texte © Prof. Santi Longo

 

michel.gif
Traduction en français par Michel Olivié

 

Ochlerotatus caspius

Ochlerotatus caspius est très agressif vis-à-vis de l’homme. La femelle, en courbant sa lèvre inférieure, injecte dans la peau de sa victime avec ses stylets buccaux une salive anesthésiante et fluidifiante. Puis elle commence à sucer © Giuseppe Mazza

Le Moustique des rizières (Ochlerotatus caspius) est un Diptère de la famille des Culicidae.

Le nom du genre Ochlerotatus vient du grec ancien “ochliros” qui veut dire gênant, désagréable. À ce terme qui souligne cette particularité a été ajouté le suffixe superlatif “otatos”.

Le nom latin de l’espèce caspius fait référence à la zone de la mer Caspienne que l’on croyait être l’origine de cette espèce.

Le nom commun se réfère aux rizières qui constituent souvent l’habitat idéal pour son développement.

En Europe le Moustique des rizières est douloureusement connu depuis des temps reculés parce que les femelles, à la différence des autres espèces de moustiques endémiques, sont actives et piquent les hommes et les animaux même en plein jour.

Il n’est pas exclu que la troisième plaie d’Égypte rapportée par la Bible fasse référence à ce Diptère anthropophile dont la vie est étroitement liée aux inondations annuelles du Nil.

“Le Seigneur dit à Moïse : Tends ton bâton et frappe la poussière de la terre et les moustiques en sortiront sur toute la terre d’Égypte…Aaron frappa avec son bâton la poussière de la terre et les moustiques assaillirent les hommes et le bétail. Toute la poussière de la terre devint des moustiques”.

Encore au Moyen-Âge les nuées de moustiques qui envahissaient les centres habités étaient considérées comme un châtiment divin.

Au début du siècle, du fait de l’intensité et de la rapidité des échanges commerciaux, des espèces exotiques dont le comportement est comparable ont été introduites : Le Moustique tigre (Aedes albopictus) et le Moustique de Corée (Aedes koreicus). Le second a une capacité de reproduction élevée et est très résistant aux basses températures.

Zoogéographie

Le Moustique des rizières a une aire de répartition paléarctique qui s’étend de l’Afrique à l’Eurasie. Il est répandu, de l’Ouest à l’Est, de la côte du Pacifique à la côte atlantique.  Du Nord au Sud il est présent de la Finlande à l’Afrique du Nord.

Dans beaucoup de pays il est endémique et actif le long des zones côtières où il se reproduit dans l’eau saumâtre des marais.

Autres milieux convenant à son développement : les terrains périodiquement inondés du fait de causes naturelles ou de pratiques agricoles. Les rizières où la culture comporte une inondation périodique des plantes constituent un milieu optimal.

Ochlerotatus caspius

À la fin du repas le sac abdominal est archiplein. Les femelles ont souvent besoin d’un repas à base de sang pour mûrir leurs œufs © Giuseppe Mazza

Lorsque le sol est sec, les femelles pondent de nombreux œufs qui éclosent dès qu’il est inondé.

Morphophysiologie

Les mâles ont des antennes plumeuses et ne se nourrissent pas de sang.

Les femelles qui sont dotées d’un appareil buccal perforant conçu pour piquer et sucer les liquides alimentaires, ont souvent besoin de prendre un repas à base de sang pour faire mûrir leurs œufs.

Les pattes sont longues et fines. Les ailes, étroites et longues, ont de nombreuses nervures et de petites écailles.

Dans l’abdomen des mâles se trouvent des structures génitales de forme complexe. On observe en effet, aussitôt après la naissance, une rotation de 180°.

Ochlerotatus caspius

La rizière est un lieu idéal pour sa reproduction. Les œufs, pondus quand le sol est sec, sont collés en grappes et ont une couche protectrice qui bloque leur développement et permet de surmonter de longues périodes de sécheresse © Stefano Contin

Il existe chez les femelles des organes appelés cerques qui servent à l’accouplement. Les glandes annexes des organes génitaux sécrètent au moment de la ponte un liquide qui colle les œufs entre eux sous forme de grappes.

Les larves sont vermiformes. Leur tête est large (eucéphale). Les orifices respiratoires (les stigmates) sont situés dans le dernier segment de l’abdomen.

Les adultes de Ochlerotatus caspius ont un corps long d’environ un centimètre et de couleur marron plus ou moins foncé. Dans la forme type la surface dorsale des segments abdominaux comporte un motif brunâtre avec des rayures transversales de couleur claire. Un ligne claire apparaît dans le sens longitudinal.

Il y a aussi sur les nervures des ailes des écailles de couleur marron et jaune. Il existe sur les pattes des rayures claires caractéristiques.

L’appareil buccal des femelles est muni de stylets buccaux longs et fins, connectés aux glandes salivaires, avec lesquels elles piquent et sucent le sang nécessaire à la maturation des œufs.

Les mâles, facilement reconnaissables à leurs antennes plumeuses caractéristiques, se nourrissent seulement de liquides sucrés et non pas de sang.

Il est possible d’identifier l’espèce à partir de l’examen au microscope de préparations spécifiques de leurs structures génitales particulières.

Les œufs sont munis d’une couche protectrice appelée chorion. Dès qu’ils ont été pondus sur un sol sec ils bloquent leur développement embryonnaire et sont capables de surmonter de longues périodes de sécheresse.

La larve est de type vermiforme et une tête bien développée (eucéphale). Elle est dépourvue de pattes.

Les larves nouveau-nées sortent de l’œuf en le cassant grâce à un dispositif spécial situé dans la

tête. Elles achèvent leur développement dans l’eau et captent l’oxygène grâce à leurs stigmates respiratoires placés dans un organe qui les relie à l’extérieur, appelé siphon, situé dans le segment terminal de l’abdomen. Leur appareil buccal complexe est apte à la mastication et muni de brosses buccales avec lesquelles elles filtrent le substrat.

La pupe a une tête et un thorax renflés. Le thorax comporte deux spiracles respiratoires. L’abdomen est relativement mince par rapport à la partie antérieure du corps.

Ochlerotatus caspius

Quand le lieu où ils ont été pondus est inondé, les œufs éclosent aussitôt. Les larves se nourrissent de plancton et émergent avec un siphon afin de respirer. La pupe en haut à droite a le curieux aspect d’une virgule. La tête est renflée comme le thorax qui porte deux spiracles respiratoires. L’abdomen, mince, a une paire de palettes natatoires © Giuseppe Mazza

Écologie-Biologie reproductive

La stratégie de reproduction du Moustique des rizières est basée sur la rapidité de la croissance démographique et du développement des stades juvéniles qui sont très vulnérables. Indépendamment de son fort investissement dans le domaine de la reproduction cette espèce vit dans des milieux instables où la mortalité est élevée et survient souvent de manière soudaine. Du fait de ses caractéristiques biologiques décrites plus haut ce Diptère atteint rapidement de fortes densités de population en fonction de ressources environnementales qui sont vouées à s’épuiser rapidement et souvent de façon subite, ce qui entraîne une mortalité très élevée.

La survie de l’espèce dépend de la rapidité du développement larvaire et de la capacité des adultes à se répandre et à coloniser les milieux appropriés.

Les adultes qui vivent jusqu’à trois mois sont très mobiles et si les conditions thermo-hygrométriques sont favorables ils peuvent se déplacer à de nombreux kilomètres depuis leur site d’envol grâce aux courants aériens.

Ochlerotatus caspius

Facilement reconnaissables à leurs antennes plumeuses caractéristiques, les mâles se nourrissent seulement de liquides sucrés et non pas de sang. Ici une femelle vient d’émerger. Après l’accouplement elle ira à la recherche de sang en s’attaquant aussi aux animaux domestiques. Elle n’entre cependant que rarement dans les maisons © Mirella Zeeders

Les essaims, en suivant des traces de composés volatils, atteignent souvent des zones convenant à la ponte en les repérant parmi celles qui ont déjà été inondées ou qui le seront vraisemblablement.

Leur intense activité estivale diminue en automne et cesse avec la baisse des températures. Normalement l’espèce passe l’hiver au stade d’œuf.

Les adultes s’envolent tous ensemble et se déplacent en masse en formant de véritables nuées qui occasionnent de sérieux désagréments dans les zones anthropisées où, lors seulement de fortes pluies estivales, il peut se former des foyers temporaires d’infestation qui sont renforcés par des individus venus de l’extérieur.

Les femelles piquent au cours des heures les moins chaudes de la journée, surtout dans les endroits à l’ombre et au coucher du soleil. Leurs attaques incessantes sont très pénibles pour l’homme et les animaux domestiques. À l’occasion elles s’introduisent dans les bâtiments.

Les piqûres, en plus d’être désagréables, causent souvent des cloques surtout chez les individus sensibles aux anti-coagulants et aux autres substances salivaires que la femelle injecte à travers le trou de succion.

Ce Culicidé est un vecteur potentiel de virus qui sont porteurs de maladies, telles que les helminthiases des animaux, véhiculées par des Nématodes du genre Dirofilaria et qui peuvent parfois être transmises à l’homme. Actuellement en Italie et dans les autres pays européens on n’ a pas observé de problèmes sanitaires graves.

Les œufs sont pondus l’un après l’autre ou en petits groupes sur un sol humide ou au bord de flaques d’eau même peu profondes. Leur éclosion est simultanée et ne se produit qu’après une immersion prolongée.

Les larves qui sortent de l’œuf en perçant le chorion achèvent habituellement leur développement au bout d’environ 15 jours. Les températures estivales élevées permettent de réduire cette durée jusqu’à 4 ou 5 jours.

Une fois achevé son dernier stade de développement la larve commence sa métamorphose et se transforme en pupe. Deux jours après l’adulte émerge et se libère de son exuvie nymphale. Il s’envole après le durcissement du tégument.

Synonymes

Connu autrefois sous le nom de Aedes caspius il a été transféré après la révision effectuée par Reinert en 2000 dans ce qui était considéré précédemment comme un sous-genre. Par conséquent son nom scientifique actuel est Ochlerotatus caspius (Pallas, 1771).