Papaver somniferum

Famille : Papaveraceae

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Text © Eugenio Zanotti

 


Traduction en français par Jean-Marc Linder

 

Papaver somniferum, Papaveraceae, Pavot domestique, Pavot à opium

Papaver somniferum s’est propagé en accompagnant les céréales, et aussi pour ses propriétés narcotiques © Giuseppe Mazza

Le genre Papaver comprend environ 125 espèces des régions tempérées et subtropicales, plus rarement alpines et froides, d’Europe, d’Asie, d’Amérique du Nord, d’Afrique et d’Australie. Il comprend des plantes herbacées vivaces ou annuelles ; 16 espèces en sont présentes dans les pays européens.

En Europe et dans le bassin méditerranéen entre l’Iran et le Pamir, région d’origine des blés de culture, les coquelicots, accompagnant les cultures, ont très probablement été introduits avec les graines de ces céréales (espèces archéophytes) et liées à elles, comme le bien connu Papaver rhoeas.

Le Pavot domestique ou Pavot à opium (Papaver somniferum L. 1753) est d’origine incertaine, peut-être venu d’Asie Mineure (Turquie?) ou dérivé par culture de Papaver setigerum, ouest-méditerranéen qui lui est apparenté. Son aire naturelle était centrée sur les pays européens riverains de la Méditerranée avant qu’il ne devienne sub-cosmopolite et largement cultivé pour la production d’opium, avant tout dans les pays d’Europe sud-orientale, d’Asie sud-orientale (particulièrement en Inde) et d’Asie Mineure. On le trouve aussi dans de nombreux autres pays, comme plante ornementale et pour les graines, utilisées comme condiment et pour l’extraction d’huile. Il pousse souvent dans les sols calcaires, récemment remués, bien exposés, de la plaine jusqu’à environ 1500 m d’altitude.

Le nom de genre “papaver” vient du latin “papa” = bouillie (des enfants), parce que dans l’antiquité on incorporait les pétales, le jus ou les graines dans la nourriture pour favoriser le sommeil des enfants. Il peut aussi être rapproché de “pap” = éclosion, dont dérive « papula », vésicule, ou au terme scanscrit papavara, jus toxique. Le nom de l’espèce vient des termes latins “somnium” = sommeil et “fero” = je porte, en référence aux propriétés narcotiques de cette espèce.

C’est une plante herbacée annuelle haute de 20 à 140 cm, à racine pivotante, à tige dressée, simple ou peu ramifiée, robuste, creuse, subglabre et glauque.

Les feuilles sont vert-bleuâtre, les inférieures généralement à pétiole court, les caulinaires alternes, ovales à lancéolées ou oblongues, longues de 6-12 cm, sessiles, ondulées, glauques-cireuses, à base cordée embrassante, au limbe profondément lobé et obtus.

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Détail du fruit et vue en coupe avec les graines. Elles sont très nombreuses et, exemptes d’alcaloïdes, sont utilisées en boulangerie, confiserie et cuisine. © Giuseppe Mazza

En Europe, les boutons floraux initialement pendants (0,8 x 1,5-2 cm) éclosent en mai-juin avec des fleurs terminales sur des pédoncules allongés. Les deux sépales tombent à la floraison, les quatre pétales font 2-3 x 5-7 cm, ils sont blanc, rose ou violet tacheté foncé à la base et souvent lobé-érodé sur le bord.

Nombreuses étamines filiformes ou en massue à filet blanc portant une anthère jaune, verte ou marron ; stigmates discoïdes comportant 6-18 rayons ; capsule poricide ovoïdale à sub-sphérique, glabre, de 3-5 x 4-8 cm, qui contient à maturité de nombreuses graines très petites (0,8-1,5 mm), réniformes, à surface réticulée-alvéolée évoquant le sporophyte d’une morille, de couleur blanc cassé (var. album, répandue en Inde, en Iran, en Chine et en Yougoslavie) ou rougeâtres et devenant gris-bleu ardoise en mûrissant (var. nigrum, la plus répandue en Europe) suivant les cultivars. La fécondation est assurée par les insectes (entomogamie), qui sont attirés par les couleurs et le nectar des fleurs.

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Une forme cultivée de Papaver somniferum avec des couleurs vives et des pétales effilochés © G. Mazza

Lorsqu’elles sont incisées, toutes les parties de la plante laissent exsuder un latex blanchâtre issu des canaux laticifères présents dans le mésocarpe de la capsule. Au contact de l’air, ce latex coagule rapidement et s’assombrit, c’est « l’opium ». Il contient plus de 35 alcaloïdes opiacés, principalement de la morphine (de 9 à 17%), de la codéine, de la thébaïne, de la papavérine, de la narcine, de la narcéine, de la laudanine, de la narcotine, de la noscapine etc. S’y ajoutent résines, protéines, gommes, sucres, sels, acide méconique et autres acides organiques ainsi que du mucilage.

La culture (à l’exception de quelques spécimens de variétés d’ornement ou de semences), la détention et l’utilisation de pavot à opium et de ses dérivés sont illégales (en Italie, Loi 685 du 22/12/1975 articles 26 et 28) et très dangereux pour la santé. La plante a un goût très amer et une odeur désagréable, caractéristique ; elle a des propriétés sédatives, hypnotiques et narcotiques, déprimant les centres bulbaires, stupéfiante, lui conférant une action antalgique, antispastique, antitussive, sudorifique et anti-diarrhéique.

La morphine, son dérivé principal, est un analgésique très puissant qui crée toutefois une dépendance et qui n’est prescrit en médecine que dans le cas de maladies en phase terminale ou de douleurs insupportables, ou pour arrêter une diarrhée violente.

C’est Friedrich Wilhelm Sertürner (1783-1841), pharmacologue et pharmacien allemand qui, en 1806, isola en laboratoire le “principium somniferum”, substance alcaline que plus tard, en 1811, le même chercheur a qualifié de “morphium”, inspirée du dieu grec du sommeil Morphée.

Les premiers documents attestant de l’utilisation de l’opium comme analgésique remontent à plus de 5000 ans, à la civilisation sumérienne (Asie mineure et Moyen-Orient), mais des hypothèses plausibles feraient remonter l’utilisation de cette plante à 8000 ans. Plus tard, l’opium a été utilisé par les Assyriens et les Egyptiens, suivis par les Grecs et les Romains. Hippocrate et Galien diffusent la connaissance des propriétés analgésiques en décrivant diverses préparations. Au Moyen Âge, ce savoir a également été transmis aux Arabes, qui l’ont ensuite diffusé en Inde, puis en Chine vers le IXe siècle, où il a été utilisé comme anti-dysenterique. Ce n’est qu’après le XVIIe siècle que l’opium s’est répandu comme une drogue de consommation ; en tant que tel, a atteint l’Europe vers la fin du XVIIIe siècle et s’y est répandu. Je ne m’attarderai pas sur ce sujet douloureux et sur ses conséquences sur les peuples, je ne cite qu’une phrase d’un médecin chinois qui a écrit en 1578 :  « Le coquelicot produit un médicament qu’on suppose guérir, alors qu’il ne fait que tuer comme une épée ».

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Il ne faut pas l’oublier : le pavot à opium est aussi une fleur © Giuseppe Mazza

Les symptômes d’empoisonnement sont: rougeur du visage, vertiges, atonie en général, ralentissement du rythme cardiaque, voire mort par arrêt cardiaque.

Seules les graines mûres sont exemptes d’alcaloïdes car elles se développent après que la plante ait perdu le potentiel de production de latex ; en particulier, celles des variétés glabrum (également cultivée pour l’opium en Turquie) et nigrum sont utilisées pour parfumer le pain et les desserts traditionnels, ainsi que des viandes épicées et garnies, notamment dans la tradition juive, dans le nord et l’est de l’Europe et dans les régions montagneuses et alpines.

Le pressage à froid des graines permet d’obtenir une huile sans odeur, riche en acides oléique et linoélique, au goût d’amande, d’excellente qualité et aux propriétés émollientes et apaisantes ; le reste donne une huile qui ne convient pas à la consommation mais qui peut être utilisée pour les pommades, les savons et les couleurs.

Les coquelicots devraient toujours avoir un coin ensoleillé dans le jardin où ils peuvent exprimer leur beauté pendant la floraison. Parmi les plantes dites « coquelicots », on trouve des plantes de différents genres comme le Glaucium (corniculatus et luteum), l’Eschscholzia californica, en plus des espèces les plus connues du genre Papaver comme Papaver alpinum, Papaver bracteautum, Papaver glaucum, Papaver nudicaule, Papaver orientale, Papaver rhoeas, etc.

Il existe également de nombreuses variétés de Papaver somniferum comme la ‘Carnation-Flowered’, la ‘Flore Pleno Laciniato’ et la ‘Pink Chiffon’ à fleurs doubles et aux pétales plus ou moins laciniés.

Les espèces annuelles et bisannuelles sont semées en automne, entre fin septembre et début octobre, ou au printemps entre mars et avril dans un sol léger, sablonneux et bien drainé, recouvrant à peine les graines de terre. Les vivaces (Papaver orientale, Papaver bracteatum, etc.) sont semées en avril, dans des caissons ou en serres froides dans des pots en tourbe de 4 cm de diamètre. Quand les semis sont assez grands, ils sont transplantés dans la pépinière avant plantation à l’automne ou au printemps suivant.

Synonymes : subsp. nigrum Schübler & Martens (1834), non var. nigrum DC. (1821) ; Papaver somniferum var. setigerum (DC.) Boiss. subsp. hortense (Hussenot) Syme in Sowerby (1863) ; Papaver somniferum var. setigerum (DC.) Boiss. (1867) ; Papaver somniferum L. subsp. setigerum (DC.) Arcang. (1882) ; proles officinale (C.C. Gmelin) Rouy & Foucaud in Rouy (1893) ; proles setigerum (DC.) Rouy & Foucaud in Rouy (1893) ; var. hortense (Hussenot) Rouy & Foucaud (1893) ; Papaver somniferum subsp. setigerum (DC.) L.Corb. (1894) ; Papaver somniferum subsp. somniferum L. (1894) ; subsp. officinalis Bonnier & Layens (1894) ; subsp. nigrum (DC.) Thell. (1908), non subsp. nigrum Schübler & Martens (1834) ; Papaver somniferum L. convar. tarbagataicum (Basil.) Vessel. (1975) ; Papaver somniferum L. var. violiflorum Vessel. (1975) ; Papaver somniferum L. var. album (Mill.) Vessel. (1975) ; Papaver somniferum L. var. austroviolaceum Vessel. (1975) ; Papaver somniferum L. convar. drogist (Basil. & Zhuk.) Vessel. (1975) ; Papaver somniferum L. convar. indicum Vessel. (1975) ;  Papaver somniferum L. var. pullatum Vessel. (1975) ; Papaver somniferum L. var. genuinovilaceum Vessel. (1975) ; Papaver somniferum L. var. rubellum Vessel. – (1975) ; Papaver somniferum L. var. leucum (Rothm.) K.Hammer ; (1987) ; Papaver somniferum L. nothosubsp. authemanii (Rouy) B.Bock (2012).

 

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