Famille : Pempheridae

Texte © Dr. Giuseppe Mazza

Traduction en français par Michel Olivié

Pempheris schomburgkii est un petit poisson des Caraïbes nocturne. Le jour, il vit caché en bancs compacts dans des crevasses rocheuses et des abris madréporiques © Kevin Bryant
Celui qui plonge dans la mer des Caraïbes remarque souvent une étrange silhouette argentée qui se déplace dans les crevasses du récif. Il suffit en effet d’attendre la tombée du jour pour voir ces poissons sortir en masse de leurs abris et se muer d’habitants discrets des grottes en chasseurs infatigables de plancton.
La vie en groupe constitue en effet l’une des stratégies de survie les plus efficaces du monde aquatique.
En se déplaçant en bancs compacts les individus courent moins le risque d’être capturés par des prédateurs grâce à l’effet de dilution et à la confusion visuelle générée par le banc. De plus la présence de nombreux yeux augmente la probabilité de détecter immédiatement un danger et permet aux poissons de coordonner rapidement leurs mouvements.
Ces petits poissons, connus sous le nom de Pempheris schomburgkii Müller & Troschel 1848 et appelés vulgairement en anglais “Glassy sweeter”, c’est-à-dire “nettoyeurs vitrés” en référence à l’ aspect argenté et à moitié transparent de leur corps, qui est particulièrement marqué chez les juvéniles, appartiennent à l’ordre des Acropomatiformes et à la famille des Pempheridae également connue comme étant celle des poissons ramoneurs.

À la tombée du jour le banc s’anime : les poissons sortent en pleine mer pour se nourrir de zooplancton et capturent surtout les stades larvaires de nombreux invertébrés © Kevin Bryant
Cuvier créa le genre Pempheris en 1829 en reprenant le nom par lequel le philosophe grec Numenius d’Apamée (IIe siècle après J.C.) avait désigné un petit poisson qu’il est aujourd’hui impossible d’identifier. Le nom de l’espèce schomburgkii rend, quant à lui, hommage à l’explorateur Robert Hermann Schomburgk (1804-1865) qui parle de ce curieux poisson dans” Histoire des Barbades”.
On parle aujourd’hui pour le genre Pempheris, de loin le plus riche des Pempheridae, de plus de 70 espèces reconnues vivant entre le bassin Indo-Pacifique et l’Atlantique. Certaines toutefois sont synonymes et sont analysées en détail par les taxonomistes qui comptent le nombre de rayons présents sur leurs nageoires, les écailles de leur ligne latérale, les dégradés de couleur et la proportion entre la tête et les yeux sans parler de la biologie moléculaire.
Zoogéographie
Pempheris schomburgkii est un poisson fondamentalement caribéen présent de la Floride aux côtes de l’Amérique centrale, aux Antilles et au Venezuela.

Les adultes atteignent 15 cm. Son corps comprimé, sa livrée cuivrée et ses grands yeux favorisent sa vie nocturne © www.carlosestape.photoshelter
Écologie-Habitat
Il fréquente les eaux côtières entre 3 et 30 m de profondeur, dans des eaux dont les températures sont comprises entre 25 et 28,1 °C et s’abritent le jour dans de petites grottes rocheuses ou madréporiques.
Morphophysiologie
Pempheris schomburgkii atteint une longueur de 15 cm. Son corps est oblong, très élevé et fortement comprimé. Le profil supérieur de la tête est moyennement oblique.Après la tête le dos s’étire horizontalement. La poitrine est carénée peu avant les nageoires pelviennes.
Vu qu’il vit dans l’obscurité ses yeux sont grands. Ils occupent un tiers du corps. Son museau est très court. Sa bouche, oblique et comportant de petites dents, s’ouvre vers le haut.

Deux stades juvéniles après la métamorphose. Leur transparence rend visibles leurs organes internes. En grandissant leur livrée définitive apparaît et ils rejoignent le banc © www.carlosestape.photoshelter
Sa nageoire dorsale, dont la base est courte et qui débute avant la nageoire anale, a 4 à 6 rayons épineux et 8 à 10 rayons inermes. L’anale, beaucoup plus longue, a, quant à elle, 3 rayons durs et 29 à 36 rayons inermes. Les pectorales, longues et pointues, ont 15 à 18 rayons. La caudale est fourchue
La ligne latérale, haute, fortement arquée et entière, s’étend presque jusqu’aux bouts des rayons centraux de la queue.
Les écailles sont cténoïdes le long du dos, après la nageoire dorsale et sur la partie ventrale de la tête et du corps. Dans les autres parties elles sont par contre cycloïdes et cuivrées. On observe enfin une bande foncée à la base de la nageoire anale.
Éthologie-Biologie reproductive
Pempheris schomburgkii se nourrit la nuit de zooplancton, essentiellement des stades larvaires de nombreux invertébrés. Ensuite, aux premières lueurs de l’aube, son tour s’achève. Il retourne alors dans son abri corallien et rejoint le banc jusqu’à la prochaine tombée du jour.

Aux premières lueurs de l’aube la sortie s’achève. Les poissons retournent à leurs abris coralliens où ils reforment leur banc et restent cachés jusqu’au soir suivant © www.carlosestape.photoshelter
Sa reproduction est mal connue mais est sûrement ovipare. La fécondation est externe. Les œufs, pélagiques, sont confiés aux courants.
Les larves, elles aussi, sont pélagiques. Après leur métamorphose les juvéniles s’établissent dans les mêmes abris que les adultes et adoptent le comportement grégaire typique de cette espèce.
Sa résilience est élevée, le temps minimal nécessaire au doublement de ses effectifs étant inférieur à 15 mois. Sa vulnérabilité à la pêche, très faible, s’établit à peine à 10 sur une échelle de 100. Pempheris schomburgkii figure depuis 2013 en tant que “LC, Least Concern”, c’est-à dire “Préoccupation mineure” dans la Liste Rouge de l’UICN des espèces menacées.
Synonymes
Pempheris mexicana Cuvier, 1831; Pempheris muelleri Poey, 1860.
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