Ophrys lutea

Famille : Orchidaceae


Texte © Dr. Salvatore Cambria

 

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Traduction en français par Michel Olivié

 

Ophrys lutea

Ophrys lutea est une orchidée terrestre largement répandue dans l’aire méditerranéenne © Giuseppe Mazza

Ophrys lutea Cav. est une orchidée largement répandue dans la zone méditerranéenne. Son aire de distribution englobe en effet une vaste partie du Sud de l’Europe, de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient comprise entre le Portugal et la Turquie.

En Italie elle a été observée en Ligurie, en Campanie, dans la Basilicate, dans les Pouilles, en Calabre, en Sicile et en Sardaigne.

Cette espèce a été décrite en 1793 par le botaniste espagnol Antonio José Cavanilles. L’épithète de l’espèce lutea vient du latin “luteus” = jaune, par référence à la couleur principale du labelle.

Ophrys est le nom du genre qui a été décrit par Linné en 1753 et qui vient, quant à lui, du grec ancien “ophrys” = sourcil, par allusion à la présence d’une pilosité assez marquée sur le labelle.

Auparavant Gouan en 1764 avait en revanche décrit cette espèce comme étant un simple synonyme de Ophrys insectifera.

Il s’agit étrangement, à l’intérieur d’un genre sujet à de continuelles révisions de nomenclature tel que Ophrys, de la seule espèce avec O. scolopax, parmi celles qui ont été décrites par Cavanilles, qui ait conservé sans modification son binôme spécifique jusqu’à aujourd’hui.

Bien que cette espèce ne présente pas une grande variété morphologique si on la compare à d’autres taxons du même genre certains auteurs distinguent de nombreuses sous-espèces à l’intérieur de O. lutea dont la répartition géographique est plus limitée, telles que subsp. corsica en France, subsp. laurensis en Sicile, subsp. quarteirae dans l’Algarve, etc…

Au point de vue écologique il s’agit d’une plante qui est répandue depuis le niveau de la mer jusqu’à 1500 m d’altitude. Elle a une préférence pour les milieux ouverts tels que les pâturages, les clairières arborées, les pelouses sèches et les garrigues, en plein soleil ou à mi-ombre.

C’est une plante géophyte bulbeuse, c’est-à-dire une plante pérenne dotée d’un organe souterrain (le bulbe) grâce auquel elle passe la période de l’été qui présente des risques du fait de l’absence de précipitations. Son cycle biologique s’accomplit de ce fait en l’espace de quelques mois entre l’hiver et le printemps avec l’apparition des feuilles et de la floraison (en général entre mars et mai).

La plante, au maximum de son développement, est haute de 5 à 40 cm. Elle a des feuilles basales ovées-lancéolées et obtuses alors que les feuilles caulinaires sont acuminées et enserrent une tige droite, parfois sinueuse.

L’inflorescence, faible, ne compte que peu de fleurs ( de 2 à 6) qui sont relativement grandes (de 15 à 24 cm). Les trois sépales sont vert jaunâtre et ont un apex arrondi. Celui du milieu est plié sur le gynostème alors que ceux situés sur les côtés sont recourbés vers l’avant. Les deux pétales supérieurs sont très courts, oblongs et tournés vers l’avant et ont un apex tronqué. Le labelle est trilobé de façon peu marquée (le lobe central est, quant à lui, bilobé), long jusqu’à 18 mm et large jusqu’à 15 mm, jaune sur les bords et de couleur marron foncé au centre avec une macule bilunulée de couleur gris-bleuâtre qui forme un V caractéristique renversé.

Ophrys lutea

Elle fleurit de mars à mai depuis le niveau de la mer jusqu’à 1500 m. Comme d’autres Ophrys elle attire les pollinisateurs en imitant leurs femelles © Giuseppe Mazza

Les organes reproducteurs, c’est-à-dire les étamines et le pistil, sont soudés dans le gynostème qui forme un angle aigu avec le labelle.

Comme pour les autres espèces du genre Ophrys, ici aussi, la morphologie du labelle imite la forme et les couleurs des femelles de certains insectes ce qui attire et trompe les mâles et les incite à effectuer une fausse copulation qui permet la pollinisation.

Celle-ci se produit notamment par l’intermédiaire de certaines espèces d’abeilles appartenant au genre Andrena (Andrenidae) dont A. cinerea, A. senecionis et A. nigroolivacea. Le fruit est une petite capsule qui contient de très nombreuses graines de petites dimensions. Leur germination est liée à la présence de champignons symbiotiques dont les hyphes contaminent la graine qui, sinon, du fait de l’insuffisance des réserves de nourriture disponibles, ne serait pas en mesure d’assurer le développement de la plantule.

Synonymes : O. vespifera (Brot.) (1800) ; Arachnites luteus (Cav.) Tod. (1842).

 

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