Prognathodes aculeatus

Famille : Chaetodontidae

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Texte © Dr. Giuseppe Mazza

 

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Traduction en français par Michel Olivié

 

Commun dans l’Indo-Pacifique tropical, Prognathodes aculeatus est aussi présent aux Caraïbes. Une douzaine d’espèces du genre Prognathodes vivent jusqu’à 90 m.

Commun dans l’Indo-Pacifique tropical, le poisson-papillon est aussi présent aux Caraïbes. Une douzaine d’espèces du genre Prognathodes vivent jusqu’à 90 m © www.carlosestape.photoshelter

Quand on pense aux poissons-papillons ce qui nous vient à l’esprit ce sont les eaux cristallines du bassin Indo-Pacifique où des dizaines d’espèces aux couleurs très vives animent les barrières de corail à quelques mètres de la surface.

Ce que l’on sait moins c’est que la famille des Chaetodontidae, incluse dans l’ordre des Acanthuriformes, est également présente dans les Caraïbes avec une douzaine d’espèces qui vivent en eaux profondes et appartiennent au genre des Prognathodes.

Créé par Gill en 1862 son nom vient des termes grecs “pro”, devant, “gnathos”, mâchoire, et”-oides” ayant la forme de, ce qui fait allusion de façon évidente au caractéristique museau proéminent de cette espèce.

Prognathodes aculeatus atteint 10 cm. Son corps est élevé et fortement comprimé sur les côtés.

Prognathodes aculeatus atteint 10 cm. Son corps est élevé et fortement comprimé sur les côtés © www.carlosestape.photoshelter

À la différence de la plupart des poissons-papillons qui peuplent les eaux peu profondes éclairées par le soleil ces espèces vivent le long des parois et des versants extérieurs de la barrière de corail où pendant de nombreuses années elles sont restées pratiquement inconnues des scientifiques.

Décrit par Felipe Poey en 1860 Prognathodes aculeatus, dont le nom d’espèce aculeatus, épineux en latin, est dû aux longues et robustes épines de sa nageoire dorsale, est probablement le poisson le plus farouche de son  genre :  un habitant élégant des parois et des versants extérieurs des barrières de corail jusqu’à 90 m de profondeur qui se laisse rarement observer par les plongeurs.

Il est longtemps resté en effet une espèce mal connue qui n’a presque exclusivement été étudiée que grâce aux individus recueillis occasionnellement.  C’est seulement au cours des dernières décennies que les techniques de plongée avec un recycleur et l’utilisation de sous-marins de recherche ont permis de se documenter de façon plus suivie sur son comportement en milieu naturel et de mieux connaître son écologie.

Zoogéographie

Il est présent de la partie Ouest du golfe du Mexique et des Bahamas aux côtes du Venezuela.

Écologie-Habitat

Il est rare de rencontrer Prognathodes aculeatus à moins de 20 m de profondeur. Il fréquente surtout les parois rocheuses, les talus et les versants extérieurs de la barrière de corail où la lumière parvient de façon très atténuée et où les courants permettent à l’eau de demeurer limpide et riche en oxygène.

Il préfère des températures comprises entre 22,9 et 28 °C et les milieux parsemés de crevasses, de petites anfractuosités et de coraux incrustants qui lui offrent un abri et d’abondantes ressources alimentaires. Là il introduit son long museau dans les fentes afin de capturer de minuscules crustacés, des polychètes et d’autres invertébrés benthiques. Il n’est pas rare qu’il inspecte aussi les piquants des oursins pour se nourrir de leurs pédicellaires et de la petite  faune qui se protège parmi leurs épines.

La vie à ces profondeurs qui se caractérisent par une faible luminosité et une moindre variabilité environnementale par rapport aux eaux de surface explique du moins en partie le comportement farouche de cette espèce et la relative rareté de ses observations directes.

Morphophysiologie

 Prognathodes aculeatus atteint au maximum une longueur de 10 cm. Son corps, élevé et fortement comprimé sur les cotés, est protégé par des écailles cténoïdes.

Sa livrée noirâtre vire au jaune orangé et au blanc. Un bandeau cache l’œil. Les troisième et quatrième rayons épineux sont plus longs. Le museau se termine en pince.

Sa livrée noirâtre vire au jaune orangé et au blanc. Un bandeau cache l’œil. Les troisième et quatrième rayons épineux sont plus longs. Le museau se termine en pince © www.carlosestape.photoshelter

La ligne latérale comporte 39 à 43 écailles. La nageoire dorsale a environ 13 ou 14 rayons durs et 18 ou 19 rayons mous. Sa troisième et sa quatrième épine sont plus longues. L’anale a 3 rayons épineux et 14 à 16 rayons mous. Les pectorales ont 12 à 14 rayons. Les pelviennes sont longues et pointues. La caudale est plus ou moins tronquée.

Le museau qui est allongé en forme de pincette et comporte une bouche protractile constitue une des adaptations les plus visibles de cette espèce. Il permet en effet d’atteindre de minuscules proies cachées dans les fissures des roches et parmi les organismes de la barrière de corail et de se nourrir en puisant dans des niches alimentaires inaccessibles aux poissons dont le museau est plus court.

Celui-ci lui permet d’atteindre avec sa bouche protractile de minuscules proies dans les fissures et d’exploiter des niches inaccessibles aux poissons au museau court.

Celui-ci lui permet d’atteindre avec sa bouche protractile de minuscules proies dans les fissures et d’exploiter des niches inaccessibles aux poissons au museau court © www.carlosestape.photoshelter

La moitié supérieure du corps passe d’une teinte noirâtre au niveau du dos au jaune orangé alors que la partie inférieure est blanche. Des barres orangées existent sur la tête et le pédoncule caudal

tandis qu’une bande foncée camoufle les yeux ce qui contribue probablement à rendre leur position   moins visible des prédateurs. Chez les juvéniles cette bande est à l’origine divisée en deux raies parallèles qui finissent par fusionner quand ils grandissent.

Dans l’ensemble la livrée, qui est moins voyante que celle des poissons-papillons qui vivent dans les eaux peu profondes, s’avère particulièrement adaptée au milieu faiblement éclairé des versants situés en profondeur.

Éthologie-Biologie reproductive

Prognathodes aculeatus vit seul ou en couple pendant la période de reproduction. Les œufs fécondés et les larves sont planctoniques.

Il vit seul ou en couple pendant la période de reproduction. Les œufs fécondés et les larves sont planctoniques © www.carlosestape.photoshelter

Prognathodes aculeatus vit seul ou forme des couples stables pendant la période de reproduction. Comme chez les autres Chaetodontidae les œufs sont fécondés dans la colonne d’eau et confiés aux courants marins qui facilitent leur dispersion.

Les larves sont pélagiques et passent par le stade caractéristique appelé “tholichthys” au cours de laquelle leur tête est protégée par de minces plaques osseuses avant qu’elles atteignent le fond en prenant progressivement la forme et la livrée des adultes.

De nombreux aspects de sa biologie reproductive  et de son  comportement social restent cependant mal connus du fait précisément que cette espèce vit à des profondeurs qui sont rarement explorées de façon continue.

Un juvénile de Prognathodes aculeatus. Son corps, comme le montre son grand œil, a des proportions légèrement différentes de celles des adultes. La zone noirâtre est visible, mais la barre au-dessus de l’œil est coupée en deux.

Un juvénile. Son corps, comme le montre son grand œil, a des proportions légèrement différentes de celles des adultes. La zone noirâtre est visible, mais la barre au-dessus de l’œil est coupée en deux © Barry B. Brown/coralreefphotos

Les techniques modernes de plongée tendent à combler progressivement ces lacunes mais de nombreux détails de son éthologie attendent encore d’être élucidés. Sa résilience est élevé, le temps minimal nécessaire au doublement de ses effectifs étant inférieur à 15 mois. Sa vulnérabilité à la pêche, très basse, s’établit à peine à 10 sur une échelle de 100.

Compte tenu aussi de sa grande aire de répartition et de la faible pression exercée par la pêche sur les populations de poissons des profondeurs Prognathodes aculeatus figure depuis 2009 en tant que “LC, Least Concern”, c’est-à-dire “Préoccupation mineure” dans la Liste Rouge de l’UICN des espèces menacées.

Synonymes

Chelmon aculeatus Poey, 1860; Chaetodon aculeatus (Poey, 1860); Chelmon pelta Günther, 1860; Chaetodon unicolor Sauvage, 1880.

 

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